Jérôme Cahuzac est donc coupable. Il l’a reconnu lui-même dans un communiqué demandant pardon au Président de la République, au gouvernement, aux parlementaires, à ses électeurs et aux Français. On le remercie de tant d’humilité. Il reste que son aveu est impardonnable. Sa stratégie judiciaire personnelle, visant désormais à reconnaître ses fautes pour en limiter les sanctions, prend le contrepied d’une stratégie politique fondée, depuis plusieurs mois, sur un déni systématique face à la curiosité légitime des médias et aux soupçons inévitables qui en découlaient. Ce faisant, il contribue à abîmer un peu plus la noble fonction de politique aux yeux de citoyens déjà échaudés par tant d’affaires. Surtout, il discrédite la notion même de communication, érigée, en l’occurrence, en logique du mensonge.
L'Etat et la représentation nationale pris en otages
Il y a aura une première conséquence politique à l’aveu de Jérôme Cahuzac. Les Français, à qui l’on demande ce que leur inspire le mot politique, répondent en premier la méfiance (à 38 %), en deuxième le dégoût (à 26 %), selon l’édition 2012 du baromètre annuel du Cevipof. Nul doute que la reconnaissance de culpabilité de l’ex-ministre du budget, fût-elle de son propre fait, apportera de l’eau au moulin du désenchantement général. Le sujet est d’autant plus sensible qu’il s’agit d’un membre du gouvernement en charge de l’impôt qui, en détenant un compte en Suisse, s’est volontairement soustrait à la solidarité fiscale nationale. On imagine les réactions d’en bas face au manque d’exemplarité d’en haut.
Le plus grave est que l’aveu, compréhensible dans une mécanique de plaidoirie face à la justice, révèle avant tout un choix personnel de défense qui ruine toute la communication politique que le ministre avait orchestrée sur ce dossier. Et dans laquelle, cohésion gouvernementale oblige, l’ensemble des plus hautes autorités de l’Etat étaient prises en otage. Autant dire que, peu gêné de mentir au Président de la République, à ses collègues ou à la représentation nationale, l’homme a soudain compris que ses propres intérêts imposaient désormais de se rétracter. La phrase de son communiqué « je suis dévasté par le remords » en dit long sur la trajectoire et l’ambition d’un élu censé défendre les valeurs de la gauche.
La communication réduite aux mensonges
Il reste une question et un constat. L’interrogation porte sur la responsabilité des communicants qui l’ont conseillé et accompagné tout au long de ces mois de soupçons. Il est probable qu’ils ne savaient pas. Du moins, il faut le leur souhaiter... Il n’empêche qu’ils ont mis tous les moyens en œuvre possibles pour tenter de justifier le déni et, par là-même, discréditer les médias, et singulièrement Mediapart à l’origine des informations. La contre-information a même séduit quelques journalistes pourtant réputés pour leur indépendance de jugement, alors même qu’aucun élément factuel ne venait infirmer des faits manifestement de plus en plus troublants.
Ce qui conduit à un triste constat. Dans cette affaire, la communication s’est élevée au rang du mensonge. Il ne s’agit pas, en la matière, de critiquer une simple faute technique qui se révélerait désastreuse au terme du feuilleton. Il s’agit de dénoncer une véritable faute morale qui a consisté, sans prendre les précautions ou le recul nécessaires, à organiser un camouflage aux conséquences désastreuses. Les professionnels de la communication, qui travaillent à rendre plus lisibles ou plus attractives telle ou telle mesure, telle ou telle conduite, telle ou telle vision, sont souvent accusés d’être des bonimenteurs. Avec l’affaire Cahuzac, les voilà un peu moins boni et un peu plus menteurs !
Photo Reuters
On peut toutefois remarquer à quelques jours d'écart pour les deux affaires qu'à Gauche personne n'aura mis en doute la probité et l'indépendance du ou des juges qui se sont penchés sur l'affaire Cahuzac
Rédigé par : jpb | 02 avril 2013 à 20:59
La Suisse aussi en prend un coup avec ce certificat de virginité délivré à J.Cahuzac.
Rédigé par : Jean-Marcel | 02 avril 2013 à 21:33
Bien, voilà une bonne chose de faite, merci médiapart. Merci les juges.
Maintenant à sarkozy...qui lui est plus protégé...
Puis ensuite VOTE DU NON CUMUL DES MANDATS....
On pourrait ausi envisager de dissoudre l'ENA et Sciences Po pour redonner tout son éclat à l'Université et éviter de faire en sorte que dès le plus jeune âge, gens de droite et de gauche ne magouillent ensemble, fréquentent les mêmes restaurants et baisent les même femmes.
Octobre rouge
Rédigé par : Octobre rouge | 02 avril 2013 à 21:41
ce commentaire est intéressant mais en même temps , il révèle la deliquescence de ce système où la classe politique est bien au chaud dans sa turpitude,ses affaires fictives ou pas,
ses mises en examens desquelles personne ne démissionne ,son
juteux cumul des mandats
et surtout ce qui est encore pire une parfaite, sic, incompétence pour s'occuper de gérer ne fût-ce que l'ETAT
autrement dit ce qu'il aurait dû être : au service des français
mais qu'il n'est clairement plus !
c'est une situation pré-révolutionnaire et on peut comprendre
que les français attendent la dernière minute pour se manifester
autrement que dans l'abstention, car ça risque d'être trés douloureux ...
Rédigé par : sileno | 02 avril 2013 à 21:44
1/ Supprimer l'ENA,Sciences Po,HEC
2/ Enlever des rayons ce qui peut ressembler à un carnet d'adresse
En tant que salarié, NOUS n'avons pas droit de prendre une pause pour fumer une clope, regarder ses mails, s'occuper de ses problèmes personnels. Et EUX,hauts fonctionnaires de l'état passe leurs journées avec leurs "conseillers" à élaborer des défenses pour des problèmes antérieur à leur activité. On ne nous fera pas croire qu'ils bossent pendant ce temps-là. Mais B.. d...! à quoi on les paye !!??
Rédigé par : Gilles | 02 avril 2013 à 22:00
J'espère que vous ferez un cas d'école pour vos élèves de Sciences Po, en espérant que la génération montante en prenne de la graine morale...
Rédigé par : Cécile | 02 avril 2013 à 22:01
Cher Sileno, "la deliquescence de ce système où la classe politique etc...", vous êtes sur un blog dont l'auteur apprend aux jeunes Sciences Po comment vendre les politiques comme des paquets de lessive...ce que l'on constate c'est que, plus les politiques font appel aux communicants, moins ils n'intéressent l'opinion publique. Le voilà l'aveu impardonnable!
Rédigé par : alain | 02 avril 2013 à 22:16
une ordure !!
Rédigé par : john | 02 avril 2013 à 22:23
Et surtout, quelle incroyable, voire siderante attitude du premier ministre et du president de la republique !! Soir ils savaient et doivent se demettre a l instant. Soit ils ne savaient pas et ont cru ce ministre ! Et c' est encore plus consternant car ils demontrent leur totale incompetence.......
Rédigé par : un citoyen effare | 02 avril 2013 à 22:33
Mélenchon était sans doute un homme seul, mais maintenant,Cahuzac est un homme en tôle...
Rédigé par : Blobulon | 02 avril 2013 à 22:54
Au fait, je constate que les "meilleurs d'entre nous" d'après nos amis journalistes finissent un peu rapidement en tôle.
Est ce que ça ne signifie pas qu'il faut désormais prendre systèmatiquement le contrepied des opinions de nos amis gratte-papiers? Je n'ose dire les idées parce que l'on parle quand même ici de journalistes...
Rédigé par : Blobulon | 02 avril 2013 à 22:56
Votre formulation est pour le moins maladroite : ce n'est tout de même pas le fait d'avouer qui est "impardonnable" ("Il reste que son aveu est impardonnable") !
Rédigé par : break | 02 avril 2013 à 23:03
Cahuzac n'a pas fait l'ENA. Le sacrifice des boucs-émissaires n'a jamais résolu aucun problème ! Laissons donc Octobre Rouge à ses pulsions révolutionnaires bien simplistes ...
Rédigé par : corto | 02 avril 2013 à 23:05
Je suis extrêmement en colère. Merci À Mr Cahuzac d'avoir encore dopé les scores du Front National. Quelle irresponsabilité !
Rédigé par : Yep | 02 avril 2013 à 23:07
Preuve est faite, à la lecture de nombreux commentaires ci-dessus, que cette affaire, dans son dénouement, ne fera que nourrir les pulsions populistes et démagogiques. Les réactions "de classe" contre une "classe politique" vont fuser. Alors que nos élus sont des personnes moralement honnêtes. Sauf quelques exceptions. Mais qui ne doivent pas engendrer de généralisation aussi fausse que détestable.
Rédigé par : corto | 02 avril 2013 à 23:11
La com' remplace l'honnetete et la sincérité, les exemples les plus cariaturaux ont été B Clinton et N.Sarkozy qui gouvernaient en fonction des sondages. Il faut se souvenir aussi de "moi président ..."
Il faut aussi reconnaitre que les français, du moins ds leur majorité, n'apprécient pas l'honnetete et la sincérité, ils préfèrent Tapie Balkany etc a Chevenement par exemple
Rédigé par : Messager | 02 avril 2013 à 23:12
Vite : Le Pen : Jean-Marie Le Pen a raison à chaque fois qu'il parle "des coquins et des copains" !!!
Pour nettoyer les Ecuries d'Augias dont le contenu déborde : 2017 et peut être avant, ce sera le F.N. ! Ce sera pour la première fois pour ce qui me concerne, mais il est temps de remettre de l'ordre dans ce bazar immonde qu'est devenu la France.
Rédigé par : Chantecler35 | 02 avril 2013 à 23:21
"Surtout, il discrédite la notion même de communication", écrivez-vous...
C'est vrai que c'est le plus grave, l'art de la com' étant par ailleurs connu comme celui des plus vertueux et des plus sincères d'entre nous !
Je me demande bien qui a attendu Cahuzac pour se défier des "communicants" de tous poils et de toutes obédiences...
Est-ce bien sérieux ?
Rédigé par : Jacques Tage | 02 avril 2013 à 23:22
Regardant SOIR3 je suis perplexe
Comme il est étrange que monsieur Le Foll s’emporte contre monsieur Plenel
Comment ce fait qu’il soit en colère? Puisque monsieur Le Fol est d’accord de condamner (pardon, il ne veut pas juger) je reprends comme se fait-il que monsieur Le Fol ne félicite pas le travail de journalisme de Plenel ? Puisque monsieur Le Fol préfère la rectitude morale, la conduite irréprochable, etc., etc., comment se fait-il que monsieur Le Fol ne félicite pas le travail de faire la lumière de MEDIAPART ?
Rédigé par : citoyen perplexe | 02 avril 2013 à 23:23
Il faudrait quand même replacer les choses dans leur contexte et proportions relatives: il a mis de l'argent "à gauche", a menti devant toute l'assemblée mais n'a pas rançonné des entrepreneurs, frayer avec des mafieux comme d'autres personnes au responsabilité...
Rédigé par : Marquis | 02 avril 2013 à 23:26
com'ce bizarre! ah oui!
question, Cahuzac tout seul ?
Et la chaîne de mensonge c'est tout seul monsieur Cahuzac?
600.000 euros correspond à quoi? Comment a-t-il fait pour pouvoir « mettre de côté" tant d’argent ? Il est le seul capable de faire ça au PS ? Au PS il est le seul à "faire ça"?
Finalement Cahuzac n'a fait que nier un bien financier. Et les socialistes qui ont nié la volonté des français exprimé lors du REFERENDUM, la plus haute instance de notre démocratie seront tout blanc?
Rédigé par : citoyen perplexe | 02 avril 2013 à 23:28
maintenant que je pense com'c'est bizarre, j'ai une question pour monsieur Le Foll, Monsieur Le Foll je suis étonné que vous n’ayez félicité chaleureusement monsieur Plenel, pour son travail de journaliste. Comme ça nous aurions constaté qu’effectivement vous êtes pour une conduite irréprochable de la part de tous. Je suis perplexe de votre mauvaise humeur, très perplexe.
N’oubliez, monsieur Le Foll, qu’effectivement, c’est à la justice d’appliquer une sanction –au cas où l’infraction soit prouvée-. Nous citoyens nous avons le devoir de commenter et d’évaluer les actes de nos élus ! Nous avons le droit d’être informés et la liberté de commenter
Rédigé par : citoyen perplexe | 02 avril 2013 à 23:37
Si la formulation du titre est volontaire
(c'est l'aveu qui est impardonnable et non le mensonge)
vous êtes génial.
Malheureusement le billet, incohérent avec son titre, ne développe pas cette analyse.
Chez vous, la confusion entre l'aveu et son mensonge est un lapsus troublant.
Rédigé par : Fabrice d'Ici | 02 avril 2013 à 23:38
Point de vue très intéressant. Je suis impressionné par la pertinence de cet article. Bravo a son auteur.
Rédigé par : MonsieurHibou | 02 avril 2013 à 23:40
ne soyez pas si méchants ,tout le monde s arrange dans ce mirage la preuve même l exemplaire Hidalgo :http://www.atlantico.fr/decryptage/anne-hidalgo-53-ans-retraitee-depuis-juillet-2011-serge-federbusch-686927.html
Rédigé par : vois | 02 avril 2013 à 23:43