Comment échapper au défilé classique? Ces douze à quinze minutes pendant lesquelles des garçons marchent l’air fermé, le pas si rapide qu’on n’a guère le temps d’apprécier les détails de leurs vêtements, et dans une ambiance généralement terne puisqu’on est chez l’homme où est interdite, peu ou prou, l’extravagance des podiums féminins.
Pour Yves Saint Laurent, Stefano Pilati a trouvé la parade: une installation en deux temps. Dans les locaux de la maison, rue d’Artois, une pièce est aménagée en show-room, avec des tubulaires métalliques jusqu’au plafond. La bande-son signée Michel Gaubert, où l’on retrouve Bowie, Lou Reed, Portishead et LCD Soundsystem, fait écho aux vêtements présentés. Un mélange de seventies et de modernité lasse; guère d’avant-garde mais de la belle facture.
La silhouette YSL de l’hiver 2008 oscillera entre des coupes très tailleur, ajustées, avec quelques petites notes chic comme ces boutons de manchettes où deux colombes se rejoignent, et un esprit plus large, dans tous les sens du terme. Adieu les pantalons cigarettes, place aux baggy à revers et aux vestes en velours dévoré (pas par les loups, quoique, c’est une méthode d’impression qui altère légèrement la panne de velours, lui donne un côté moins uniforme). Les couleurs sont assez pétantes (framboise, anis foncé, bleu électrique), comme si on pénétrait dans le vestiaire de l’agent 007 en vacances à Gstaad, sur le point de se rendre au casino. Contrairement aux profusions de fourrure des saisons précédentes, chez les hommes et chez les femmes, la bestiole morte se fait plus discrète: notons cependant un blouson et une parka en agneau de Mongolie, c’est-à-dire noir ultra-bouclé. Il faut aimer.
Le second temps de la présentation est une vidéo de sept minutes, présentée sur trois panneaux géants, et jouant habilement de ce télescopage d’images. L’acteur britannique Simon Woods (l’excellent et inquiétant Octave de la série Rome) y joue le rôle de l’homme YSL, soit: séduisant, fragile, super-classe, pris dans une tempête mais gardant son calme… Entre vidéo-clip, mini-film et objet d’art, la chose, filmée par les Anglais Sarah Chatfield et Chris Sweeney de manière inventive et élégante, emprunte autant à Matrix qu’à James Bond. Et sera visible dès ce week-end sur le site YSL.com. Stefano Pilati aurait-il, en plus d’une belle collection, inventé une nouvelle façon de communiquer?
Le rappeur Pharrel Williams est désormais un habitué de la maison Louis Vuitton. Hier, il est arrivé à la Faculté de médecine où se déroulait le show avec ses accessoires d’usage : lunettes de mouche, jeans baggy et bodyguard XXL portant un tee-shirt siglé Billionaire Boys Club. Le tout était en léger décalage avec le pianiste qui égrenait ses gammes en prélude sur un piano gansé de gris.
Le défilé, lui, fit dans la subtilité et la réserve. Dès le départ, avec ses tonalités de bleu saphir et de gris, il était clair que la marque misait sur une élégance contenue, acquise, sans besoin de multiplier les signes ostentatoires. Baptisée «Mélodies en sous-sol», la collection se voulait graphique, urbaine, voire un poil sportive avec ses blousons aviateurs. Le célèbre motif à damiers de la marque était subtilement décliné sur les vestes et les sacs. Les pantalons oversized en flanelle apportaient une touche rétro. Quelques passages apportèrent leur effet comique, notamment ceux où les mannequins arrivèrent avec sur la tête un casque de motard (où le monogramme apparaissait en transparence).
Les sacs de ville et les bagages n’auraient pas dépareillé dans un film de hold-up à la sauce des années 1970. Le finale fut très «Back in black», avec une série très réussie de trenchs en pied-de-poule, des chemises de coton, des pulls en mérinos et des pantalons de satin, le tout entièrement noir. En jouant la discrétion, les malfrats chic de LV réussissaient un hold-up quasi parfait.
Dans un autre registre, Jean Paul Gaultier rendait lui aussi hommage aux dandys du macadam ou plus précisément à ceux d’Orange mécanique. Alex et ses Droogs déboulèrent, l’œil noir, sur le catwalk de la maison : pantalons moulants, bretelles tendues, parapluies mortels et chapeaux melon agressifs. Mais plutôt que de rester dans le noir et blanc des modèles originaux, Jean Paul Gaultier préféra plonger ses modèles dans un bain de marron glacé, leur donnant une légère touche british. Des motifs pied-de-poule adoucissaient encore l’ensemble. Aux pieds de ces petites frappes, de lourdes bottes de motard, des guêtres, voire une adaptation très personnelle de la chaussure de ski telle qu’elle se portait à Chamonix avant la naissance de Jean-Claude Killy. Un desperado des faubourgs passa ensuite avec un long manteau en astrakan marron sur les épaules. Une mannequin chinoise, en costume trois pièces, avait l’air sévère d’une banquière des triades chinoises.
Mais la figure tutélaire la plus évidente était celle de Fred Chichin, le guitariste-compositeur et dandy parisien des Rita Mitsouko récemment disparu. Le défilé lui était dédié et la bande-son martelait C’est comme ça. En coulisses, après le défilé, le couturier tentait d’expliquer à une télé américaine à quel point Fred Chichin avait été important pour lui. Dans un «frenglish» à la Maurice Chevalier, il insistait devant le reporter ébahi: «You know, this guy was a popular dandy, Fred was a man qui avait la gouaille. He was perfectionist et popular at the same time.» On repensait alors au guitariste dans Andy, ce clip de Jean-Baptiste Mondino qui donnait cette impression jouissive de secouer les postes de télévision de l’intérieur. Fred Chichin y portait beau la moustache fine, le chapeau melon, les bretelles, le short de satin et les collants rayés.
Quand tout fut terminé et que le personnel commença à remballer les chaises et à ramasser les cartons d’invitation, Catherine Ringer s’éclipsa discrètement par une porte dérobée après avoir salué le couturier d’un regard.
Commentaires
illustrer la mode masculine automne hiver par des photos de filles est une nouvelle parité ?
vous ne décrivez pas le clip de la chanson Andy, mais de "c'est comme ça" ("... ce clip de Jean-Baptiste Mondino qui donnait cette impression jouissive de secouer les postes de télévision de l’intérieur. Fred Chichin y portait beau la moustache fine, le chapeau melon, les bretelles, le short de satin et les collants rayés.")
JPG habillait DEJA les Rita Mitsouko dans les années 80...