Sous l'emprise du traître

John Maccabee connaît Bernard Madoff depuis cinquante ans. Fils de riches parents new-yorkais, cet écrivain raconte comment le financier s’est immiscé dans son entourage, a gagné sa confiance avant de brûler les dollars de la fortune familiale. Derrière cette confession abrupte et sans pitié, un portrait intime de l’escroc du siècle.

15 SEPTEMBRE 2009

Kanye West, l'ego roi

Cabot, décalé mais blindé, ce seigneur du hip hop se fiche de tout sauf de ce qu’il entreprend. Touchant à force d’arrogance, Kanye West, à 32 ans, aligne les succès musicaux mais ne jure que par la mode. Portrait d’un perfectionniste.

01 SEPTEMBRE 2009

Tahar Rahim, le sensitif

Dans Un prophète de Jacques Audiard, Tahar Rahim incarne un jeune taulard qui deviendra caïd. Avec la même force tranquille, il s’impose du premier coup dans le milieu du cinéma français. Adolescent, il voulait être comédien et rien d’autre. Mission accomplie.

31 AOUT 2009

Richard Branson, l’écolo virginal

Le milliardaire est devenu vert. Après le disque, les avions, le soda et en même temps que la conquête de l’espace, l’écologie est le nouveau credo de Richard Branson qui appelle, entre autres, au contrôle des prix et de la consommation de pétrole. Il publie avec son fils un livre tiré d’un voyage alarmant au Pôle Nord et voudrait aussi sauver le monde. Interview.

07 AVRIL 2009

Nicolas Duvauchelle, le corps impatient

A l’affiche du dernier Téchiné et en tournage d’une série policière pour Canal+, l’acteur de 29 ans promène son charme canaille dans le cinéma français depuis dix ans. Son côté voyou et sa belle gueule séduisent les réalisateurs, certains le comparant même à Newman quand lui invoque Dewaere.

07 AVRIL 2009

 

Lindsay Lohan - L.A. Woman

07 OCTOBRE 2009
PHOTOS: DR
TEXTE: Françoise-Marie Santucci

A 3 ans, elle tourne ses premières pubs. A 20 ans, on la compare à Diane Keaton. Depuis, l’actrice et chanteuse a vécu aussi vite que possible. Trop vite. Talent oublié, frasques en pagaille, amours chaotiques. Elle vient de fêter ses 23 ans. L’âge, peut-être, de la rédemption. Portrait d’une enfant sauvage de la Cité des anges.

Elle a 23 ans et déjà des soucis de vieille actrice, de gloire déchue. Comment relancer sa carrière. Comment éviter la traque permanente des magazines. Comment convaincre Hollywood qu’il y a quelque chose après les nuits blêmes, les arrestations, les rehabs. Ces dernières semaines, on a parlé de Lindsay Lohan, actrice et chanteuse, pour les raisons suivantes:
- S’est fait gonfler la bouche (au Botox présume-t-on). Le résultat, qui n’a rien à voir avec les images présentées dans ce numéro, rappelle à la fois Courtney Love et Macaulay Culkin, l’ex-chéri blond de Michael Jackson.

- Sa maison sise au 459 Hollywood Hills a été cambriolée par une jeune femme et deux jeunes gens (la police de Los Angeles a diffusé les images de la caméra de surveillance). Ils ont dérobé 1,4 million d’euros de bijoux qui avaient été empruntés par l’actrice à un magasin de L.A., et nombre d’effets personnels, on parle même de vidéos et photographies intimes.

- S’est vu proposer par le magazine Playboy de poser nue ; elle avait refusé par le passé, l’offre a été réitérée assortie d’un montant spectaculaire : 900 000 dollars (620 000 euros).

Lindsay Lohan est aussi la fille qui proclame depuis des années :" Je vais changer, j’en ai marre de l’étiquette “party girl” / je me concentre, j’ai changé / “I’m back on tracks”, à nouveau sur de bons rails / c’est fini de fiche ma vie en l’air. " L’an dernier, pendant la campagne présidentielle américaine, elle postait ses opinions anti-Bush sur sa page MySpace et avouait, presque étonnée par son culot : " Je ne veux pas que les gens pensent que je suis un putain de grand vide. " Et début septembre, il y a trois semaines de cela, on l’a vue traverser nuit après nuit les clubs de Los Angeles, entraînant sa petite sœur Ali, 16 ans, dans chaque party, jusqu’à l’aube, et les comptes rendus narquois d’elles deux bichant devant tel acteur de seconde zone inondèrent Internet. Vrai ou pas, qu’importe : c’est cela qu’Hollywood retient. Que le public retient. Le putain de grand vide. Encore. Au début de l’été, Lindsay Lohan, surnommée " LiLo " selon l’habitude si familière et désinvolte qu’ont les Américains de pratiquer le diminutif comme on couperait les têtes de ceux qu’on déteste adorer / adore détester, nous envoyait ce texto : " Ravie des photos, ok pour l’interview. " Des semaines de négociations débutaient, à s’arracher les cheveux puisqu’avec elle on ne sait pas vraiment qui est son agent, puisque les meilleurs agents du monde, avec elle, ne pourraient rien prévoir. De Los Angeles la rencontre fut déplacée à Paris, puis il s’est agit d’un entretien téléphonique pour lequel, nous a-t-on dit, " Tenez-vous prête anytime, L.A. time ", puis de guerre lasse fut convenu un échange par mail. " Quel est le plaisir des fêtes par dizaines ? Les sans lendemains, la légèreté ? Autre chose ? " Nos questions, celle-ci et les cinq suivantes, ont été jugées " insultantes ". Non par son agent à elle, mais par l’agent de l’agent de quelqu’un qui devait lui transmettre. On les a adoucies. On a attendu. On attend toujours. Tous les magazines ont décrit le même chaos. Dans le Elle anglais de septembre, la rédactrice en chef va jusqu’à préciser que jamais, jamais, elle n’a vécu de rendez-vous aussi apocalyptique, vu de fille aussi imprévisible et que jamais, jamais, elle ne recommencera – bienvenue à Hollywood.

UNE PROIE POUR LES PAPARAZZI

Lindsay Lohan était cette actrice à la voix rauque – à croire que sa gorge tenait le compte des fêtes où l’on s’époumone, des cigarettes, des drogues et des alcools –, cette actrice au jeu vif, impatient, précis, qui jouait des petites garces au cœur tendre dans des films légers. Pas le genre de performance qui mène aux Oscars, mais un talent à impressionner jusque Meryl Streep et Jane Fonda, avec qui elle partagea l’affiche de deux films, The Last Show (le dernier Robert Altman, en 2006), et Mères-filles, mode d’emploi, gentille comédie familiale qui valait mieux que son titre. On la comparait à Diane Keaton (les taches de rousseur, la candeur friponne), elle se rengorgeait et promettait, à 20 ans pile, d’obtenir la statuette dorée avant ses 30 ans. Les années passant, oubliée la filiation Keaton ; Lindsay ne fait plus rêver. Même pas pleurer. Elle doit supplier les réalisateurs de bien vouloir la recevoir tant on craint de l’engager sur un tournage – qu’elle éclipse les autres acteurs, qu’elle enchaîne les frasques, qu’elle attire les paparazzi, la poisse, la mauvaise réputation. Même les compagnies d’assurances rechignent à la couvrir. A son pire moment de fille à risques, aux alentours de 2007, cela donnait : deux arrestations pour conduite en état d’ivresse, deux arrestations pour possession de cocaïne, un accident de voiture, un séjour à l’hôpital pour une infection des reins et du foie, deux cures de désintoxication, un jour de prison, dix jours de travaux d’intérêt général. L’ex-enfant prodige s’est trouvée jetée dans le même sac que Britney Spears, ces demi-stars carbonisées, héritières du tragique hollywoodien versant féminin, déboussolées, incohérentes souvent, traînant comme une malédiction leurs éternels problèmes de poids, trop ou pas assez, et sans cesse jugées, ridiculisées pour tout cela qui assure néanmoins une bonne partie du spectacle mondial des célébrités. Elles ont tout eu, mais rien à elles. Toujours montrées, exhibées. Nues. Lindsay Lohan a commencé comme bébé-mannequin à l’agence Ford. Elle avait 3 ans. Des dizaines et dizaines de contrats pour des shampooings, des dessous, des crèmes l’ont déniaisée. L’objectif, la caméra, le désir de l’autre posé sur son corps – elle sait cela depuis l’enfance. Un premier film à 12 ans et d’autres suivent, dont Mean Girls et Freaky Friday, assez drôles, très populaires au box-office. En 2006, LiLo vaut cinq millions d’euros par long-métrage. Et s’avère encore plus insaisissable qu’avant. Non par arrogance, c’est certain ; plutôt par manque de concentration, par volonté de plaire à tous, de s’essayer à tout. Le cinéma, le chant, les chiffons. La trilogie de la célébrité facile. Bien sûr, ça ne l’est pas tant que ça. Elle y met, de surcroît, plus de chien que les autres. Enregistre deux albums de pop commerciale, oubliables, où sa voix voilée se déploie joliment, lance une ligne de leggings (elle ne porte que cela, ou presque), baptisée 6126 d’après la date de naissance de son idole Marilyn Monroe, et s’associe à quelques projets commerciaux du même type, peu glorieux. Puis Samantha – Samantha Ronson.

LA ROMANCE ELECTRIQUE

Elles se rencontrent après la tornade 2007, après que Lindsay a décidé de vivre ailleurs qu’au Château-Marmont, la grosse chose chantillesque en forme d’hôtel de luxe pour stars d’Hollywood sans famille. Samantha est DJ, son frère Mark le producteur d’Amy Winehouse, sa sœur jumelle Charlotte créatrice de mode, sa mère l’ancienne épouse d’un riche Anglais qu’elle a quitté pour Mick Jones, le fondateur du groupe de power-pop Foreigner. Donc : la musique, la jet-set, les excès, la branchitude – Samantha connaît. Et Lindsay Lohan, jusqu’alors hétérosexuelle plutôt active à la réputation d’allumeuse de vieux (Colin Farrell), de se balader main dans la main avec Samantha, de l’assumer vraiment, de pousser la porte du placard d’Hollywood où tant de squelettes moisissent depuis des décennies, où tant se terrent encore aujourd’hui. Sans même s’en rendre compte, elle a mené la révolution, elle a montré qu’on pouvait être une fille douée, connue, super-sexy, sur le fil, touchante – tout en vivant une histoire d’amour avec une fille également douée, connue, super-sexy, sur le fil, touchante. Aux étiquettes d’imprévisible, de droguée et d’alcoolique, ajouter celle de lesbienne aurait pu l’achever. Mais l’histoire était mignonne, toutes les deux étaient mignonnes, grandes gueules, enragées (contre Sarah Palin, contre Bush, contre le projet de loi visant à interdire les mariages gay en Californie), volcaniques aussi. Elles se quittaient / se retrouvaient chaque semaine et ce temps laissé à l’amour, Lohan ne le passait pas dans les clubs jusqu’à l’aube, contre n’importe qui, avec n’importe quoi dans le nez. Les tabloïds finirent par donner crédit à Samantha ; mettre un cadre, presque une corde, au cou de la casse-cou, chapeau. En comparaison, la mère, Dina Lohan, est " cool ", de cette race de copine / manageuse suffisamment décontractée pour dire : " Ma fille n’a aucun problème ; elle sort et s’amuse comme toutes les filles de son âge. " Dina et ses trois plus jeunes enfants, des adolescents, furent l’objet d’une émission de télé réalité, Living Lohan, que Lindsay regardait derrière son poste, riant de cette mère et de ces frères et sœur qu’elle a toujours trouvé hystériques. C’est souvent ainsi qu’à Hollywood on prend des nouvelles, et l’on prend soin, de sa famille. De loin. Et l’éloignement est l’affaire des Lohan ; Michael, le père, a passé plus de temps en prison qu’avec ses enfants. Cet ex-trader et entrepreneur condamné pour fraude fiscale, conduite en état d’ivresse, agressions, y compris physiques, y compris sur sa femme et ses enfants alors qu’il n’avait plus le droit de les approcher, les a également menacés de mort, expliquait Dina en remplissant les papiers du divorce, il y a quatre ans. Lindsay le hait. C’est même au-delà. Pourtant, malgré l’embarras qu’il lui cause, les coups de couteau dans le dos qu’il lui plante (il détestait Samantha Ronson, l’a fait savoir haut et fort), elle raconte, après avoir entendu un présentateur télé le traiter de " loser ", s’être surprise de sa propre réaction, offensée : " C’est quand même mon père ! " Actuellement séparée de Samantha Ronson, Lindsay Lohan vient de se faire embaucher comme consultante chez Ungaro, la maison de couture à l’image vieillissante. On se demande ce qu’elle y fera. Qui s’en soucie. A l’aune de la modernité, donc de la sauvagerie policée, la starlette déchue mais jolie reste une valeur appréciable. Surtout lorsqu’elle annonce son énième retour. Après quelques apparitions dans Ugly Betty (moins longues que prévues puisqu’elle se serait crêpé le chignon avec la star de la série), Lindsay Lohan tournera bientôt dans deux films. L’un est fantastique, l’autre, Machete, sera dirigé par Robert Rodriguez avec Robert de Niro et ce dernier, glisse la collègue de la collègue de l’agent de Lindsay Lohan, a " personnellement demandé qu’elle fasse partie du casting ". En juin, LiLo s’est fait graver son sixième tatouage à l’intérieur du bras : " Tout le monde est une étoile et mérite de briller. " Une citation de son idole Marilyn. Comme Marilyn, elle dit connaître la solitude. Le regard des autres. L’incapacité à faire les bons choix lorsque tout le monde vous aime si mal, depuis si longtemps. Le putain de grand vide. Mais Lindsay Lohan va changer. C’est promis. Regardez ses yeux. Promis.

 

 

Commentaires

B. Pivot
13:40 07 OCTOBRE 2009

On ne fait pas gonfler ses lèvres au BOTOX mais au collagène. Le Botox sert à détendre les muscles qui provoque des rides.
Il est cependant vrai que Lindsay, malgré ses 23 ans, a déjà des soucis d'actrices avec le visage recouvert de rides et ferait donc bon usage du BOTOX


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