Grâce à la nouvelle institution, les fondateurs, tous issus de la bourgeoise libérale et nourris aux idées philanthropiques, souhaitent contrer les risques nés de l'essor de l'ère industrielle et notamment le paupérisme qu'il engendre. Ils entendent offrir au plus grand nombre les moyens de bien utiliser son argent et de ls'émanciper de toute dépendance matérielle. Instrument de lutte contre la pauvreté, la Caisse d'Epargne est un moyen de moralisation des « classes populaires » aux yeux de ses administrateurs. À une époque où il n'existe aucun organisme de dépôts ouvert à tous, ils destinent la nouvelle institution aux travailleurs modestes, comblant ainsi un manque dans le paysage économique français. La création de la Caisse d'Epargne marque l'avènement de la démocratisation financière.
La pédagogie de l’argent
Le projet est aussi de nature pédagogique. Pour changer l’homme, il faut l’éduquer. L’éducation à l’épargne, et l’alphabétisation monétaire constituent des éléments clefs de leur projet. Pour ce faire, les fondateurs des Caisses d’Epargne créent un instrument financier novateur, ouvert à tous sans exclusive d’âge ni de sexe (il est accessible aux femmes et aux enfants mineurs), très simple d’utilisation et portant intérêt : le livret. L’apprentissage à l’épargne, dispensé dans les écoles de la région au travers de l’épargne scolaire. Ainsi, Angers, de 1896 à 1931 consacre 2000 francs chaque année à distribuer des livrets dotés à l’occasion de la remise des prix. Les actions de formation à l’éducation financière menées aujourd’hui par l’Association Finances & Pédagogie, rendent compte de la pérennité de ce projet initial.
L’ancrage sur les territoires
Les Caisses d’Epargne obtiennent une reconnaissance officielle en 1835 et deviennent « établissement d’utilité publique ». Elles conserveront ce statut sui generis si particulier jusqu’à la loi de 1999 et leur transformation en banques coopératives. Dans la foulée des premières créations, puis stimulées par le législateur, de très nombreuses Caisses d’Epargne voient le jour en Bretagne Pays de Loire au milieu des années 1830. Après Rennes, qui ouvre ses portes dès 1830, naissent coup sur coup les Caisses d’Epargne de Saint Brieuc, Lorient, Angers, Saumur, Laval, Le Mans, Dinan, etc. En 1841, 20 ans après la création pionnière des Caisses d’Epargne de Brest et Nantes, on en dénombre déjà 37. En 1885, année de l’ultime implantation à Guérande, la région compte 62 établissements autonomes. Certes, leurs débuts sont modestes. Les Caisses n’ouvrent quelques heures par semaine. A Paimboeuf par exemple, les guichets ne le sont ouverts que le dimanche, de midi à 15h. Dans le même temps, ce maillage du territoire est complété par la création de nombreuses succursales. La Caisse d’Epargne du Mans en compte ainsi 45 en 1902. La Caisse d’Epargne invente du même coup la notion de réseau d’agences dans le domaine bancaire. Son succès ne se démentira plus. Afin de mieux servir leur clientèle, dont le nombre va croissant, les Caisses de Bretagne Pays de Loire embauchent peu à peu du personnel et s’implantent dans des bâtiments plus vastes. Au départ abritées dans des locaux exigus prêtés par les mairies, les plus importantes d’entre elles se font construire, au début du XXe siècle, leurs propres hôtels, sur les façades desquels statuaires et ornementations sont utilisées pour glorifier les vertus de l’épargne.
Le financement d’œuvres d’intérêt général
Depuis 1837, les fonds du livret sont confiés à la Caisse des dépôts et consignations, qui en assure seule la gestion. Ce faisant, les Caisses d’Epargne deviennent de simples collecteurs de fonds, sans aucune initiative sur l’emploi qu’il en est fait. Elles peuvent néanmoins, à partir de 1895, utiliser une partie de leur fortune personnelle pour financer des œuvres et associations d’intérêt général. C’est ainsi que de nombreuses Caisses d’Epargne de Bretagne Pays de Loire consentent dès la fin du XIXe siècle des prêts pour la construction des habitations à bon marché : à Nantes, la Caisse fait bâtir et gère deux lots d’habitations à bon marché dès 1903. A Mamers, en 1933, on érige « des maisons ouvrières destinées aux familles nombreuses » et même … une piscine pour la population de la région. Les Caisses d’Epargne financent également, dans l’entre-deux-guerres, la mise en place de jardins ouvriers et la construction de bains-douches. Elles consentent enfin des subventions à de très nombreuses associations de proximité qui œuvrent pour le bien-être des populations locales : dons aux bureaux de bienfaisance, aides multiples aux associations, comme à Nantes celles spécialisées dans la protection de la petite enfance, distributions de subsides (nourriture, couverture…) aux plus démunis, etc. En 1950, une loi autorise les Caisses d’Epargne à utiliser une partie de leurs fonds à des prêts aux collectivités locales et organismes de logement sociauxsocial. Les Caisses d’Epargne de Bretagne Pays de Loire participent alors pleinement à la modernisation de leur région, grâce aux financements d’HLM, d’écoles, de maisons de retraite, de bâtiments municipaux, de ponts, ou d’importants travaux de voiries et d’assainissement.
La bancarisation des activités
Dans les années 1966-67, sous l’impulsion de la réforme des institutions financières, les Caisses d’Epargne sont invitées à développer de nouveaux produits et à moderniser leurs services, pour faire face à la concurrence. La palette de leurs produits s’enrichit rapidement. Dans le même temps, le nombre de salariés augmente, les ouvertures d’agences se multiplient, l’informatique s’inscrit dans le quotidien des agences, les premiers distributeurs automatiques sont installés au début des années 1980. En 1983, les Caisses d’Epargne sont consacrées « établissements de crédit » et deviennent une des banques de plein exercice. Elles peuvent désormais proposer l’ensemble des services et produits bancaires à leur clientèle et s’ouvrent, en 1987, au marché des professionnels et entreprises.
La naissance d’une grande banque régionale
Pour répondre à la diversification de leurs métiers entraînée par la libéralisation de l’environnement économique et financier et la pression de la concurrence, les Caisses d’Epargne rationalisent leur organisation. Cette rationalisation passe par des fusions successives, afin de créer des entités régionales à l’assise financière plus puissante. Dès 1952, alors que le nombre de Caisses d’Epargne atteint nationalement son niveau maximal, de premiers rapprochements s’amorcent en Pays de Loire avec les fusions précoces des Herbiers avec la Roche-sur-Yon et des Sables d’Olonne avec Challans. Déjà bien entamés en Pays de Loire, ces regroupements ne commencent en Bretagne qu’en 1983 pour s’accélérer en quelques années. À l’aube de 1990, on ne compte plus que 14 Caisses d’Epargne autonomes dans la région. En 1991, suite à une grande reconfiguration nationale, deux grandes Caisses régionales voient le jour : les Caisses d’Epargne de Bretagne (15 octobre 1991) et des Pays de Loire (6 juillet 1993). En 2008, ces deux entités sont à leur tour regroupées au sein de la Caisse d’Epargne Bretagne Pays de Loire.
La transformation en banque coopérative
En 1999, les Caisses d’Epargne adoptent le statut coopératif. Leur capital est alors ouvert aux sociétaires, par souscription de parts sociales. Aujourd'hui, elles ont plus de 4 millions de sociétaires. Acteur bancaire régional de premier plan sur le marché des particuliers, la Caisse d'Epargne Bretagne Pays de Loire pérennise les liens qu’elle a tissé, depuis l’origine, au plus proche de son territoire, au travers des activités menées auprès des « décideurs en régions », comme au travers des actions d’engagement sociétal qu’elle engage chaque année (microfinance et philanthropie).