Pour la route, voici l'entretien que j'ai donné à Paris Match (édition belge) et qui a été publié il y a quinze jours.
Nous avons interrogé Jean Quatremer, correspondant du quotidien Libération, pour lui demander quel regard le Français qu'il était portait sur l'interminable crise que traverse notre pays. A court, à moyen et à long terme. Nous avons aussi voulu savoir si un rattachement avec la France était envisageable, en cas de scission de la Belgique, et si on s'y préparait en France. Ses réponses, franches et directes, en témoignent : il ne s'est pas dérobé à nos questions, même les plus alarmantes.
Paris Match : Comment, de France, voyez-vous cette Belgique qui part à la dérive ?
Jean Quatremer : Cette évaporation accélérée de la Belgique est une vraie surprise pour les Français, car ils ont mis beaucoup de temps à réaliser qu'il y avait un vrai conflit qui se déroulait à leurs portes, un conflit entre deux cultures que tout sépare, en premier lieu la langue. Jusqu'il y a peu de temps, la Belgique était avant tout, pour nous, un pays francophone : tous les Belges connus parlaient d’ailleurs français, même si c’était parfois avec un curieux accent, comme Arno, que personne n’identifiait comme flamand. Il a fallu de nombreux articles et reportages télévisés pour expliquer qu'il y avait une majorité de Néerlandophones en Belgique, que leur région était la plus riche du pays et qu'ils percevaient le sud francophone comme un « boulet ». Mais cette prise de conscience est à éclipse. À chaque fois, nous devons réexpliquer à nos lecteurs les tenants et aboutissants d’un conflit complexe, aussi complexe que les affaires européennes, c’est dire. Mais les affaires belges fascinent : c’est au fond, une Yougoslavie froide, plusieurs peuples qui vivaient jusque-là ensemble ne se supportant plus. Mais ce conflit est froid, puisqu’il n’y a pas de violence physique.
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