Brian Jones assassiné?

01 SEPTEMBRE 2009
PHOTOS: DR
TEXTE: Marcia Burnier avec AFP
brian jones rolling stones assassinat

Personnage sulfureux, le guitariste des Stones avait laissé beaucoup d'interrogations quant à sa mort "accidentelle" par noyade en 1969. Quarante ans après, l'enquête est réouverte.

Après quarante ans, la police britannique a annoncé lundi qu'elle allait rouvrir l'enquête sur la mort de Brian Jones. Le guitariste des Rolling Stones avait été retrouvé noyé dans sa piscine le 3 juillet 1969, après avoir été exclu du groupe. Alors que sa mort avait été classée comme un accident, les rumeurs sur un meurtre restaient malgré tout encore très vivaces. Un porte-parole de la police du Sussex, dans le sud-est de l'Angleterre, a déclaré que les enquêteurs allaient examiner des documents transmis par "un journaliste d'investigation sur l'affaire de la mort de Brian Jones" mais "il est trop tôt pour faire des commentaires sur les résultats" de ces examens, a-t-il ajouté.

Selon le journal dominical Mail On Sunday, le journaliste Scott Jones qui n'a pas de liens de famille avec Brian Jones, a rassemblé 600 documents sur le musicien mort à l'âge de 27 ans et les a transmis à la police. Ces documents pourraient corroborer le témoignage troublant d'une employée de maison, qui, toujours selon le journal Mail on Sunday, avait déclaré avoir vu le garde du corps du guitariste sauter dans la piscine et "faire quelque chose à Brian". Malheureusement, le garde du corps est décédé et ne pourra donc jamais répondre aux questions qui pourraient être soulevées.

Brian Jones était un membre fondateur des Rolling Stones et aurait trouvé le nom du groupe de rock. Son influence au sein du groupe a diminué au fur et à mesure que s'imposaient Mick Jagger et l'autre guitariste, Keith Richards. Ces relations avec ce dernier sont devenues explosives quand le mannequin Anita Pallenberg a quitté Jones pour Richards. Dépendant de plus en plus de drogues et d'alcool, Brian Jones a quitté le groupe un mois avant sa mort en juillet 1969 dans sa propriété du Sussex, où il a été découvert noyé dans sa piscine. En 2006, le film Stoned de Stephen Woolley lui était consacré.

 

Commentaires

Dopey
18:12 22 OCTOBRE 2009

First, a huge thumb up to Luc Baranger for his excellent novel.

Mon hommage à Brian Jones et à Gainsbar :

Rolling… affirmatif, Stone… no comment!


Vince Peinture Myspace
07:02 16 OCTOBRE 2009

je suis la réincarnation de brian jones.....keith richards m'a tué....


Fabsy
10:46 02 SEPTEMBRE 2009

ca fait tres longtemps que TERRY RAWLINGS avance cette these...il a meme ecrit un bouquin la dessus. Le mec qui l;aurait tuE est lui-meme....MORT!

Mais depuis ce temps, des GENS devaient savoir...et ils se sont tus !

Y'avait une fete, les deux builders sont venus reclamer de l;argent pour des travaux dans la maison du gratteurx au chomage...ils l'ont un peu rudoye...comme l'autre devait etre pas mal defait...il a piquer une tete dans la piscine et il n'est jamais remonte a la surface que...raide !

C'est aussi con que Ca... LES STONES etaient le groupe de JONES. Richards pouvait plus l'encadrer et il etait de plus en plus dejante voire ingerable...humainement, musicalement...le meurtre? c'est juste une connerie a cause des deux brutes qui l'ont marave...mais en effet, le (les) tueurs ont reussi a passer outre les mailles de la justice.


Kaoc'hkidu
09:41 02 SEPTEMBRE 2009

tiens c'est marrant la remarque de Varg à propos de sa coupe de douilles , moi hier je suis été chez le merlan et j'y ai demandé la même , un hommage en quelque sorte, faut dire que j'ai 59 balais et qu' à l'époque c'était plus tendance ( voir Ronnie Bird ou la grosse à Charden avant l'augmentation du prix des allumettes ;-))) que la coupe iroquois ou les dreadlocks... on pouvait pas savoir que la Mimi de Pro'vinsse allait en faire son fonds de commerce...
en tout cas depuis hier les mecs m'appellent Mireille et les meufs me trouvent plus sexy... chercher l'erreur ;-)))
once again thanks to you Brian for everything and so long !


Dan75011
09:39 02 SEPTEMBRE 2009

Assassiné ou pas, je crois qu'on s'en fout un peu!


Natas D'Altamont
21:44 01 SEPTEMBRE 2009

Comme le dit un esprit convaincu, le boulot, y'a que çà de vrai, çà explique tout : le succès ou bien l'échec ! Brian Jones était un fainéant, Keith et Mick de bons travailleurs. A part que...

En 69, les Stones étaient en pleine période satanique sous l'influence de leur "sorcière" (auto proclamée) Anita Pallenberg. Ils flirtaient avec Kennett Anger, lui même disciple d'Alexis Crowley (la bête 666) et ont fait des passages répètés au siège de l'église satanique dans le Dakota building, là même où a été assassiné John Lennon, là même où avait été tourné "Rosemary's baby" (remember Charles Manson, helter shelkter ! )... et j'en passe. C'est sûr, faut pas trop chercher par là, toutes ces conneries de sympathy for the devil, de pacte, de sang, de mort... Y'a vraiment que des allumés pour croire à ce qu'il ne faut pas croire quand on est un esprit libre, éclairé et sûr de lui.


Varg
19:15 01 SEPTEMBRE 2009

vous êtes gourés de photo les gars, ça c'est mireille mathieu


Scud56
18:05 01 SEPTEMBRE 2009

Chapeau bas, Monsieur Ballanger! J'ai déja dévoré vos "dernières nouvelles du blues" et "En variations des données saisonnières" ( j'espere que je me goure pas dans ce dernier titre). Cette nouvelle que vous nous offrez est EXCELLENTE. j'y retrouve tout votre talent d'écriture.
Encore merci.


Visiteur
17:48 01 SEPTEMBRE 2009

un régal, cette nouvelle !! merci.


Albat'
17:47 01 SEPTEMBRE 2009

Paul McCartney est mort en 1967.
Par contre, Elvis Presley va bien. Merci.


Visiteur
15:24 01 SEPTEMBRE 2009

Etrange tout autant qu'inquiétant...


Visiteur
15:23 01 SEPTEMBRE 2009

Etrange tout autant qu'inquiétant...


Pascal
15:22 01 SEPTEMBRE 2009

J'ai tout vu pour Jimi Hendrix: DANS UN RÊVE....

Je m'en suis aperçu en lisant la dernière conclusion sur Wikipédia, à savoir une commande de la CIA à son agent , qui a impliqué la copine du moment.

La scène décrite par Wikipédia, je l'ai vu en rêve. J'étais môme, 11 ans, et parfois les enfants ont des pouvoirs sur les rêves.

Et moi, à 11 ans, j'ai assisté à cette scène... j'ai même essayé d'intervenir... impossible... rien à faire... puis, à un moment, c'était fini, il était mort....

Je les revois encore le gavant alors qu'il était inconscient....j'étais dans une colère....

Par contre, pour Brian jones, j'étais pas là...ou je m'en souviens pas....

Pour Jimi, ça m'avait inconsciemment sans doute bien atteint, car lorsque Caco, un jeune du village, m'a appris sa mort, sur le Pont de Cormery, alors que j'étais tout content, ayant passé la journée avec et sur les chevaux, j'ai pleuré.... Sale moment: c'est la première fois que j'ai pleuré un mort.


Bob
15:14 01 SEPTEMBRE 2009

Brian Jones n'a jamais eu le talent de Jagger et Richards pour la composition , il n'a été finalement que la façade swinging London des Stones doublé il est vrai,d'un véritable talent pour les arrangements ainsi qu'un bon touche à tout musical.Pendant qu'il se pavanait dans les nuits londoniennes,les autres composaient et travaillaient.C'est ça la clé de leur succès et pas autre chose.Il suffit de regarder un concert des Stones entre 64 et 66 pour se rendre compte que Brian jones est finalement un piètre guitariste qui n'est sur scène que pour faire le beau,Jagger joue d'ailleurs assez rapidement mieux de l'harmonica que lui,il ne lui reste que les maracas pour que les filles le regarde.
Même si ses arrangements restent inoubliables,le meilleur des Stones reste à venir entre 68 et 72,ce qui n'aurait jamais vu le jour avec Brian jones.
Il faut arreter de délirer avec ce mythe du musicien génial.Le génie n'est rien sans le travail,c'est ça la musique;les autres Stones l'avaient compris.


Tito
14:36 01 SEPTEMBRE 2009

Et selon l'inspecteur Clouzeaud de Scottland Yard c'est Vince Taylor qui aurait fournit à Brian Jones des pilules vertes acheté le matin même à Syd Barret.

Y'a plus de jeunesse ....


Sugar Plum Fairy
14:16 01 SEPTEMBRE 2009

Monsieur Baranger (car dans ces cas-là on donne du Monsieur), je viens de lire une des nouvelles "d'anticipation' les plus exceptionnelles qu'il m'ait été donné de savourer. C'est exceptionnel. EXCEPTIONNEL. Des moments d'anthologie. Et avec des moments d'humour de haute volée. Vous en publiez régulièrement ? dans quelle revue ? quels livres ?
Encore une fois : Bravo et Merci.


Cosmovision
13:34 01 SEPTEMBRE 2009

et si on s'en foutait complètement ?


Philippe
13:29 01 SEPTEMBRE 2009

bonjour,

comme pour hendrix ?

un seul commentaire - n'importe quoi.


Katiouchka
12:42 01 SEPTEMBRE 2009

Quand j'étais jeune et fan du groupe (Brian Jones avait quitté la scène planétaire depuis belle lurette) c'était "la" rumeur que l'on se colleportait d'avisé en néophyte : B.J avait été assassiné par M.J ou/et K.R. Moi, j'y croyais, ça en rajoutait au mythe Du groupe. Les anciens disaient "no way".
Devenu un ancien à mon tour (je les ai vu en 81,83,85,88,89... ? même plus sûr des dates, sauf la tournée Still life) une rumeur je sais ce que sais, alors j'ai fini par laisser tomber mes croyances mystiques.
Last but not least Scotland Yard se pointe en loucedé dans mes certitudes. Ah! pour le coup je rajeunis, une bouffée de nostalgie m'étreint, je me rue sur mes vinyls et je me rends compte que ma préférence va toujours à Mick Taylor.
Brian i kill you again.


ZINI
12:18 01 SEPTEMBRE 2009

Je pense que c'est le Colonel Jagger qui a assassiné le professeur Jones avec le chandelier, au bord de la piscine...


Luc Baranger
12:18 01 SEPTEMBRE 2009

La nouvelle ci-dessous (dont je suis l'auteur) a été publiée au Canada. Elle attribue la mort de Brian à quelqu'un de fort connu.

Satisfaction

Dans la pénombre du jour naissant qui forçait le passage entre les lattes des persiennes, à peine avait-il soulevé une paupière, que le résident de la villa Maybellene commençait à décliner mentalement les noms de tous les inutiles couronnés qui s’étaient succédés sur le trône d’Angleterre. De Guillaume 1er à Harry II. Puis, et là la performance imposait le respect, de Harry II à Guillaume 1er, avec, bien évidemment, pour chacun, les dates de début et de fin de règne. Le pensionnaire trébuchait souvent sur le 17ème siècle, confondant Jacques 1er (1603 – 1625) avec Charles 1er (1625 – 1649). L’exercice pouvait paraître stupide, le vieil homme en convenait, mais c’était cependant là la seule astuce qu’il avait trouvée pour tenir en respect une maladie d’Alzheimer qui se faisait chaque jour un peu plus menaçante que la veille. Il se voyait dans la position d’un assiégé réfugié au cœur d’une citadelle intellectuelle mal défendue. Perplexe, il se demandait chaque matin combien de temps encore il parviendrait à bouter la sénilité hors de son for intérieur.
Entièrement nu, il bascula péniblement ses jambes décharnées hors du lit et prit ensuite appui des deux mains sur le matelas. Pour se lever, il accompagna son effort d’un petit « hop ! » d’encouragement. En position verticale, il empoigna le déambulateur en carbone et traîna sa carcasse jusqu’à la salle de bain décorée de plantes vertes tropicales et d’orchidées les plus rares. Le vieillard sourit à l’idée de se soulager dans le lavabo de marbre vert lézardé de veinures sombres, une sale habitude dont il n’arrivait pas à se défaire.
Il se vida longtemps, d’un maigre jet que les fortes doses de vitamine C teintaient d’orangé. Le vieux pensa que ses canalisations, comme tout le reste de son anatomie, auraient besoin d’un sérieux coup de détartrage. Dans le miroir, il s’attarda sur ce sexe flétri, rabougri, dont il avait autrefois su faire bon usage en privé alors qu’en public, tantôt gainé de cuir, tantôt de satin bleu, ce même morceau de chair cambré comme un sabre d’abordage avait fait se pâmer plusieurs générations de femmes. Tiens ! A ce propos, depuis combien d’années avait-il renoncé au Tribandanon, le médicament qui avait remplacé le Viagra de la troisième génération ? Le vieillard se creusa la cervelle tout en déplaçant son regard gris bleu de sa misérable durite mollassonne vers son crâne que l’âge peinait à dégarnir. Se rappelant que le soir de ses cent ans, célébrés en grande pompe au Rock’n’roll Hall of Fame de Cleveland, il avait honoré l’intimité de l’arrière-boutique de l’arrière-petite-fille de Bruce Springsteen, il situa sa dernière partie de jambes en l’air à une date postérieure, aux alentours de 2050. L’association de l’expression « partie de jambes en l’air » et de l’adjectif « postérieure » arracha un nouveau timide sourire à ses lèvres charnues qui avaient constitué le logo de la gang d’Anglais rachitiques avec laquelle il avait écumé le monde et fait rendre gorge au showbiz.
En regagnant son lit, il se souvint qu’on était le 24 juillet et que dans deux jours il soufflerait ses cent vingt-trois bougies.

Le vieux se sentait un peu plus fatigué qu’à l’habitude. Il fit pivoter le déambulateur, posa délicatement ses fesses pointues sur le matelas et s’allongea. Allait-il encore gagner un jour sur la mort ? Au cours des prochaines heures, verrait-il dans le regard d’une personne de son entourage la lueur de compassion qui justifierait l’effort de respirer jusqu’au soir ? Quand il avait le blues (une denrée musicale obsolète qu’il avait allègrement abusée, pillée, violée, et qui avait fait sa fortune sur le dos des Noirs), il repensait à ce qu’avait été sa vie, à la chance insolente dont il avait toujours bénéficié, aux mille saloperies dont il s’était rendu coupable, aux fructueuses machinations qu’il avait ourdies avec malice, ces dernières le réjouissant bien davantage que ses succès artistiques ou financiers.
Si le monde d’aujourd’hui, un monde où le quadragénaire lambda était pris de tremblements irrépressibles en tombant sur une publicité pour mouchoirs jetables, si ce monde-là avait oublié, ringardisé, renié, ostracisé le vieux, ce dernier se souvenait avoir été, dans la dernière moitié du siècle précédent, et le début de celui-ci, provocateur, poseur, farceur, hautain, méprisant, madré et mal embouché. N’aimait-il pas alors choquer les jeunes journalistes en G string quand, à la question : « Quelle est votre couleur préférée ? » il répondait, goguenard : « Le blanc spermatique, évidemment ». La planète était pour lui un terrain de jeux dont il revendiquait la jouissance quasi exclusive. Sans son dictat de condottiere imbuvable, sa gang de chevelus aurait connu une Bérézina précoce. D’ailleurs, un des membres fondateurs (au temps anciens du British blues boom, les bands se faisaient et de défaisaient au gré des cachets), un de ces mercenaires dont le vieux avait toujours jalousé le talent, la classe byronienne et la beauté, avait bu un bouillon de onze heures dans de curieuses circonstances mal élucidées. Adoubé sur l’autel du rock’n’roll (dont on était en droit de se demander si ce n’était pas ce qu’Elvis appelait l’Heartbreak Hotel), le successeur du noyé, un jeune troubadour aux allures quelque peu iconoclastes au milieu de cette brochette de mécréants, n’avait pas tardé à déserter après avoir tout de même aidé la troupe à buriner ses plus belles médailles dans la noirceur du vinyle, et avant d’être à son tour définitivement remplacé par un soudard au profil de pic-vert.
A défaut d’être l’âme véritable de ce groupe mythique (une entité difficilement disputable au désinvolte pirate héroïnomane), le vieux en avait été la cheville ouvrière et beaucoup le trésorier. En bon fils, il avait béni son père de lui avoir fait user ses fonds de culotte sur les bancs lustrés de la London School of Economics. Lui, dont le nom singeait celui du jaguar, y avait appris les rudiments théoriques du manuel de survie dans la jungle du music-hall, un marigot infesté d’une faune de prédateurs autrement plus dangereux que ceux des forêts amazoniennes.
Il avait fait ses adieux à la scène en 2012. Il n’y avait pas eu de come-back, une mesquinerie réservée aux ringards. Ce soir-là, le plus grand groupe de rock’n’roll du monde s’était définitivement atomisé. En fanfare et dans le champagne. Le vieux, en Crésus repu, s’était retiré en France, dans son château des bords de Loire, pour jouer au backgammon en famille et cultiver son jardin en gentleman-farmer averti.
2013 avait été l’année la plus noire de sa longue vie. Après avoir enterré sa dernière épouse, un ancien mannequin dont le regard bovin trahissait les origines texanes, il avait appris dans la foulée la mort de son alter ego, celle de l’autre Glimmer twin, le fameux guitar - héroïnomane, électrocuté dans son manoir du Sussex, de façon bien sordide, par une ancienne Gibson trafiquée ayant appartenu à Noel Gallagher et achetée sur le site Internet de Christie’s. Richards Cœur de Lion avait eu droit à des obsèques quasi nationales. Le vieux jaguar avait suivi le catafalque dans la Mercedes six portes six places de leurs jeunes années, prêtée pour l’occasion par un riche collectionneur du Qatar.
Le coup avait porté. Le vieux s’était vu attendre la mort de pied ferme dans son domaine ligérien de la vallée des rois, entouré de ses enfants eux-mêmes devenus très âgés. Comme il le craignait depuis longtemps, l’Occident s’était à nouveau embrasé. Face à l’explosion du terrorisme, après la capitulation de certains pays européens face à l’intégrisme et l’instauration de la loi islamique, l’old man farmer avait jugé bon d’aller fainéanter ailleurs. Malheureusement, dans ce monde malade, il restait bien peu d’endroits fréquentables. Il possédait bien une propriété à Martha’s Vineyard, mais les Etats-Unis avaient alors perdu tout attrait à ses yeux. Un jeudi d’octobre 2029, les Américains, tout comme les Argentins une petite trentaine d’années avant eux, s’étaient réveillés avec les établissements bancaires fermés pour cause de caisses vidées par des spéculateurs en fuite, incapables de récupérer ce qu’ils leur avaient confié. Ted Striker, le leader d’extrême droite avait aussitôt raflé la mise du pouvoir et instauré un régime orwellien, voisin de ceux qui muselaient la plupart des pays asiatiques. L’Afrique subsaharienne, dont les ressources naturelles avaient été entièrement pillées par les membres du défunt G8, connaissait le sort de la Russie. Dans l’indifférence générale, l’une et l’autre crevaient du SIDA à petit feu quand elles n’étaient pas déchirées par d’incessantes guerres intestines.
Heureusement, anticipant le pire, dès 2022, l’arrière petit-fils de son ami Richard Branson avait bâti au Vanuatu, cet archipel du Pacifique sud qui s’était autrefois appelé les Nouvelles-Hébrides, la plus fantastique des résidences pour personnes âgées. Clint Branson avait acquis le pays tout entier pour une bouchée de pain. Après le rachat de la faramineuse dette extérieure, il avait hérité en retour d’un bail emphytéotique qui en faisait le propriétaire exclusif pour quatre-vingt-dix-neuf ans. De quoi voir venir. Fritz Alright, le secrétaire général des Nations Unies en pleine déconfiture, n’avait pas levé le petit doigt. Le nouveau maître du pays, s’inspirant du New Deal rooseveltien, avait lancé de grands travaux. Il avait rasé ces affreux hôtels qui défiguraient la baie et érigé sur l’îlot d’Iririki, là où au bon vieux temps du condominium franco-britannique s’était autrefois élevée la demeure du représentant de la couronne d’Angleterre, la plus luxueuse et confortable des résidences pour centenaires fortunés. Le pétrole et l’eau devenus très rares sur toute la planète, Branson avait profité de ce que l’on nommait à tort sur l’île d’Efaté « le lagon », en fait une sorte de fjord naturel que l’océan épousait fidèlement plusieurs fois par jour, pour construire une usine marémotrice capable d’assurer l’autarcie énergétique du pays tout entier et de faire tourner le complexe de désalinisation. Il avait par ailleurs développé les plantations de cocotiers dont deux huileries ultra modernes produisaient de quoi alimenter les moteurs Diesel sans aucun problème. La population locale, que la nature portait sur l’indolence et l’histoire sur la crédulité, avait vu en lui le messie qu’elle n’espérait plus.
Le Iririki Island Resort disposait d’une dizaine de villas de rêve baptisées par Branson lui-même de titres de chansons de Chuck Berry, un lointain pionnier du rock qui s’était éteint avec sa musique dans la deuxième décennie du siècle. C’était là que le vieux avait élu domicile depuis trente-huit ans, dans la villa Maybellene, celle qui donnait à la fois sur la baie et sur l’îlot voisin d’Ifira et la subtile rotondité du Pacifique.
Rien n’était jamais trop beau ou trop cher, comme cet hôpital doté d’un bloc opératoire ultra moderne, d’un centre anti-cancéreux, d’un autre d’études de gérontologie, d’unités de réanimation, de soins intensifs et palliatifs où s’activaient (peu, mais pour des honoraires princiers) la cream of the crop du gotha médical mondial. Au début, l’ambiance n’avait pas manqué. On avait importé de Phuket et d’ailleurs les professionnelles du sexe les plus aguerries. Outre un petit personnel hôtelier essentiellement d’origine britannique, Clint 1er n’avait pas lésiné sur les zéros pour décider à faire venir les meilleurs chefs français. Un escadron de pilotes de Lear jets se tenait à la disposition des pensionnaires sur l’aéroport de Bauerfield, prêt à les emmener faire leur marché à Canberra ou Sydney à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, l’Australie étant devenue l’un des derniers pays fréquentables de la planète.
Malgré cette débauche de moyens, le vieux avait vu les premiers locataires s’en aller pour de bon un à un. A commencer par Elton, de la villa Little Queenie, mort d’une longue et pénible maladie qui ne s’attrapait pas en oubliant de mettre sa petite laine pour sortir, suivi de peu par Julio, le client de la suite My Ding-a-Ling, disparu d’une embolie en pleins ébats avec une vraie fausse blonde camerounaise. Puis était venu le tour de Rod, l’Ecossais de la Sweet Little Sixteen, qui, à cent quatre ans, ne pouvant renoncer à sa séance de bronzage quotidienne, malgré les mises en garde du personnel soignant au sujet du gouffre dans la couche d’ozone, avait été emporté en moins de deux mois par un mélanome. Le mélomane de la villa Roll Over Beethoven, l’unique rocker français de ces lieux enchanteurs, à l’idée de rester forever young, était mort d’une fracture ouverte de la cheville, écrasé, à l’arrêt, par son antique Harley-Davidson Electra Glide. Fait comme un rat dans sa tapette, l’artère sectionnée par le repose-pied de l’énorme Américaine, son beeper resté entre son paquet de couches confort et son tube de mélatonine, Johnny s’était vidé de son sang tout neuf dialysé la veille. Mais au moins était-il mort en rocker. Un des Lear jet avait rapatrié le corps meurtri vers la France où l’imam el-Khader, qui présidait alors le gouvernement et le Conseil de la Révolution Islamique, avait refusé les obsèques nationales à cet ancien suppôt de Satan.
A Iririki, les disparitions successives de ces boute-en-train avaient salement plombé l’ambiance. L’équilibre financier de la résidence battant de l’aile, la direction avait été contrainte de remplacer les stars éteintes par des escrocs internationaux de haut vol qui, s’ils avaient de quoi régler le montant astronomique de la pension, manquaient singulièrement d’humour. Dans les soirées karaoké, des clans s’étaient formés : les anciennes gloires du rock et de la chansonnette d’un côté, les Gates, Trump et consort de l’autre.

Le vieux se décida à sonner le personnel. Une jeune femme apparut aussitôt. Pas très grande, des yeux noisette et mutins, une mèche blonde lui balayait le front et une courte blouse rose à l’opacité discutable mettait ses seins et son G string en valeur.
- Bonjour monsieur ! lança la jeune nurse. Je suis Angie Jones. Avez-vous bien dormi ?
- Vous êtes nouvelle ? répondit le vieux en lui tendant machinalement le bras afin qu’elle lui prenne la tension. Je ne vous ai jamais vue.
- Je travaillais jusqu’à présent à la villa Too Much Monkey Business mais monsieur George Soros junior, dont vous avez sûrement appris la ruine subite, nous a quitté hier. Alors on m’a mutée ici en remplacement de Betty qui a pris quelques jours de congés aux Fidji. Soyez rassuré, j’ai passé la nuit à lire le dossier vous concernant… 190 sur 80, fit-elle en retirant le tensiomètre, une vraie tension de centenaire !
- Vous avez un accent anglais, remarqua le vieux, vous êtes de quelle région ?
- Cheltenham.
- Ah ? Comme c’est curieux. J’ai eu un ami autrefois qui était de là-bas. Et il s’appelait Jones aussi.
- Vous savez, les Jones, dans la banlieue de Londres, quand j’étais gamine, c’était comme les Nilson à Oslo ou les Ben Saïd à Paris.
Elle l’installa sur la terrasse. On apporta le petit-déjeuner. Le vieux, qui n’était vraiment pas dans son assiette, chipota. Il but deux gorgées de Darjeeling et délaissa le bacon, préférant picorer quelques grains de raisin. Il voulut lire en diagonale les nouvelles du jour sur l’écran ultra plat d’ordinateur posé devant lui mais le monde allant de mal en pis, il y renonça.
- Apportez-moi mes cahiers, dit-il à Angie de manière autoritaire.
Ce qu’il appelait ses « cahiers » étaient en fait la collection de cent cinquante-six classeurs dans lesquels l’ancien bassiste du groupe, un autre déserteur qui avait quitté le navire quand il prenait un peu l’eau, avait consigné la mémoire de l’équipage en découpant, collant et annotant avec une patience d’enlumineur de fond, toutes les coupures de presse sur le band que de fidèles rabatteurs lui envoyaient du monde entier. A sa mort, sa dernière veuve en avait fait cadeau au vieillard qui aimait les feuilleter pour raviver sa jeunesse.
Il passa la matinée, plongé dans ses souvenirs de papier jauni. Toutes les demi-heures, Angie, qui bronzait quasiment nue à ses côtés sur un transat, se levait, faisait claquer la ficelle de son string comme un dompteur de cirque l’aurait fait de son fouet, passait sa blouse et s’en venait orienter le parasol pour ne pas que le vieillard souffre du soleil. A midi, il déjeuna de deux fois rien en écoutant du Brahms. Quand il eut terminé, Angie le ramena à son lit où il fit semblant de s’abandonner à une longue sieste. A quatre heures, il entreprit un tour de jardin au bras de la jeune femme.
- Depuis que je vous ai vue, vous me rappelez quelqu’un, lui dit-il tout en louchant dans son décolleté.
- Une fille que vous avez connue peut-être ?
- Je pencherais plutôt pour un homme.
- J’ignorais que vous aviez aussi été gay.
- Mais… Je ne vous permets pas.
Sans rien rétorquer, Angie sortit soudain de sa poche de blouse un vulgaire collier à chien muni de sa laisse. Elle alla subitement se planter derrière le vieux et, d’un mouvement brusque, lui passa le collier autour du cou. Elle serra la boucle sur la peau flétrie du vieillard. Manquant d’air, il battit l’air de ses bras décharnés. Angie tira sur la laisse, contraignant l’ex rock star à la suivre vers la piscine dans laquelle elle le jeta sans ménagement avant d’y plonger elle-même. Il tenta de nager mais les forces lui manquaient. Par la laisse, elle l’entraîna vers le plongeoir, là où il n’aurait bientôt plus pied. Elle s’arrêta, lui prit la tête entre les mains et lui dit, très calme, la frange plaquée par l’eau sur le front.
- Je suis l’arrière arrière-petite-fille de Brian Jones. Tu te souviens du soir où il est mort noyé dans sa piscine ?
Sur la pointe des pieds, les yeux exorbités, l’eau jusqu’au menton, le cou serré par la ceinture de cuir, le vieux, paniqué, secoua la tête de droite et de gauche. Son visage congestionné virait déjà au bleu.
- Oserais-tu nier ? reprit-elle. On sait que tu étais là quand Brian a fait sa crise d’asthme et qu’il a fini par crever étouffé dans la piscine. Et toi, tu t’es bien gardé d’aller lui chercher sa Ventoline et de lui porter secours, tu le jalousais tellement que ça t’arrangeait bien, hein ? Fumier ! Tu étais tanné de son talent, de le voir te faire de l’ombre, de se taper toutes les plus belles filles et de te laisser le deuxième choix. Mais tout finit par se payer dans la vie.
Et elle l’entraîna vers le fond en fredonnant le refrain de Bitch : « When you call my name, I salivate like a Pavlov dog… »

FIN


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