Le trois-mâts goélette d'exploration La Boudeuse trace son sillage depuis une semaine sur le cours du Maroni, en Guyane. Une expédition que Libévoyage suivra en direct a partir la mi-mars.
Le voilier de 42 m construit en 1916 avait appareillé du port de Fécamp (Seine-Maritime) en octobre dernier. Cette expédition de deux ans est consacrée "aux études scientifiques et humaines concernant la biosphère, le réchauffement climatique, la protection de l'environnement et le développement durable", selon la lettre de mission signée par le ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo et remise au capitaine de la goélette, Patrice Franceschi. La remontée du fleuve est le premier chapitre de sa mission "Terre-Mer" sur les écosystèmes des grands fleuves d'Amérique latine.
"Nous venons de lancer, depuis l'embouchure du Maroni (frontalier avec le Surinam), trois expéditions simultanées avec une douzaine de scientifiques de Paris VIII, du Muséum National d'Histoire Naturelle
(MNHN) et de l'Université de Genève", explique le capitaine de la Boudeuse. "L'objet de la première mission, menée à bord de la goélette, est de dresser un complément d'inventaire botanique et entomologique, ainsi qu'une étude des sols sur l'ensemble du littoral de Guyane, de l'embouchure du Maroni au nord à celle de l'Oyapock au sud. La Boudeuse nous permet de rejoindre par la mer des zones inaccessibles et rarement inventoriées", précise Franceschi.
Ichtyologie au coeur de la jungle
La deuxième mission est conduite par Olivier Archambeau, géographe et Président de la Société des Explorateurs Français (SEF). Avec trois complices, il s'est embarqué en pirogue sur le Maroni, dans la zone amérindienne de Maripasoula, pour un relevé géophotographique figeant dans le temps et dans l'espace les principaux sites d'intérêt bio sphériques, afin d'en étudier l'évolution, voire la détérioration.
Mais c'est la troisième mission, au coeur de la jungle, qui illustre parfaitement la vocation des expéditions de la Boudeuse, conjuguant esprit d'aventure et étude scientifique: 4 chercheurs en ichtyologie
(étude des poissons) ont quitté le bord pour s'envoler et se faire déposer par hélicoptère (de l'armée française) dans le massif Lucifer, au Sud-Est de Saint-Laurent du Maroni, un long plateau couvert d'une inextricable jungle sub-montagnarde où coulent une multitude d'affluents et sous-affluents du Maroni.
C'est aussi un repaire de Garimpeiros, ces orpailleurs clandestins venus du Brésil qui extraient le précieux métal, mais polluent à grande échelle les cours d'eau en utilisant pour leur ouvrage illégal ce poison qu'est le mercure. C'est dans le ventre des poissons qui ingèrent la toxique substance, dans l'humidité poisseuse de la forêt guyanaise et ses mille dangers (serpents, tarentules et autres bestioles voraces) que les chercheurs de Terre-Océans -en totale autonomie- sont partis étudier l'impact de cette pollution qui menace, au-delà de la faune aquatique, l'ensemble de l'écosystème de la région via ses multiples cours d'eau.
BNP Paribas organise un concours pour embarquer a bord de la Boudeuse
Le voyage comprend l'aller/retour Paris-Cayenne (Guyane) et les transferts de l'aéroport de Cayenne jusqu'au navire ainsi que la pension complète. Les gagnants participeront à la vie à bord du navire (pouvant par exemple inclure des manœuvres de navigation ou tout type de mission scientifique). Une aventure à laquelle s'associe Libevoyage qui publiera régulièrement les carnets de bord des jeunes marins.
Portrait de Patrice Franceschi avant son départ en octobre 2009, par Laurent Joffrin.