Catherine attend sur le trottoir, avec ses bottes et son duvet, ce samedi matin. Comme un souvenir d'adolescence, de départs en camp et de virée avec les copains. Nous sommes six filles à quitter notre quotidien pour un week end à cheval dans la baie de Somme…
Au centre équestre Henson, à Saint-Quentin-en-Tourmont, une centaine de ces beaux chevaux de randonnée, élevés sur place, sont disponibles, et cet après midi-là, ils sortiront tous, en général pour des balades de trois heures dans le domaine du Marquenterre, sur la plage immense et les dunes boisées.
Stéphane, qui sera notre accompagnateur, nous annonce le nom de notre cheval en fonction du niveau d'équitation que l'on annonce : Elisabeth et Oriane ont passé leurs examens récemment et répondent sans hésiter. Pour les autres, les souvenirs sont plus ou moins lointains - l'une se vante d'un Etrier d'argent qui n'existe plus depuis 1996-, mais nous sommes toutes cavalières confirmées, condition sine qua none pour pouvoir galoper sur la plage ventée, fréquentée par les oiseaux migrateurs et les chars à voile -autant de raisons pour les chevaux de prendre peur et de débarquer un cavalier inexpérimenté.
Catherine est venue avec sa bombe, toute contente. Las, elle n'est plus aux normes depuis belle lurette, et le centre lui prête un casque. Nous partons au pré chercher nos chevaux, à travers champs. A première vue ils se ressemblent tous, avec leur robe isabelle, leur tignasse bicolore, leur ligne noire sur le dos et leur tête sympathique. Chacune attrape le sien, le harnachement est léger, pas de mors dans la bouche, un simple hackamore en cordage de marine et les deux extrémités en guise de rênes.
Les chevaux sellés, on laisse nos affaires dans une remorque qui sera amenée dans l'après-midi jusqu'à notre bivouac.
Nous nous enfonçons rapidement dans le domaine du Marquenterre, une réserve naturelle de 1000 hectares de dunes boisées. Premier trot, tout le monde suit. Galop d'essai, tout roule. L'arrivée sur les dunes est magique ; derrière s'étend la baie de Somme, la mer est basse et s'est retirée à plusieurs kilomètres. Aux grandes marées, il peut y avoir plus de deux heures de marche pour atteindre l'eau depuis la plage... mieux vaut connaître l'heure des marées. Des chars à voile filent loin, très loin, peu de risques de se croiser.
Le paysage est à couper le souffle, le premier galop aussi, franchissant les flaques, le vent sifflant dans les oreilles et le sable humide volant sous les sabots. Le temps de faire boire les chevaux et nous retrouvons la forêt. Un dernier trot soutenu, slalomant dans les sous-bois, effrayant les mouflons, et nous voilà au bivouac où la remorque nous attend. Après trois heures de balade, tout le monde est enchanté, mais fourbu, les doigts échauffés par les rênes et les fesses tannées par les selles aussi solides qu'inconfortables. Heureusement, l'entretien des robustes hensons est des plus sommaire : ils mangeront en rentrant le lendemain. Une étrivière autour d'un arbre pour attacher le licol, les selles et les hackamores posés sous une bâche, et nous montons nos tentes. La nuit à la belle étoile n'est plus qu'un rêve : le temps est menaçant. On ramasse du bois, Stéphane prépare le feu, et... nous sortons de la remorque le diner tout préparé commandé au restaurant du domaine, une prestation proposée par le centre équestre. L'ambiance ne sera pas snob pour autant, car le restaurant a oublié de mettre les assiettes, et nous dégustons les brochettes et les pommes de terre chauffées sous les braises à même la vieille table de pique nique en bois qui s'affaisse dangereusement - pour le taboulé, c'est plus dur. A l'abri du vent, en Kway, nous passons la soirée autour du feu, curieusement à peine gênés par les averses.
Le matin, au saut du duvet, le ciel est presque dégagé. Seul Stéphane a entendu passer la vingtaine de cavaliers de Henson revenant d'une soirée à deux heures du matin par les bois, sans lune et sous la pluie... Le feu est prêt, on a amené de chez nous bouilloire et tartines. On s'attarde un peu devant ce festin, et à 9h30, avec une demi-heure de retard, les tentes sont pliées, la remorque bâchée, les muscles grincent. Les chevaux, eux, sont en pleine forme, et ne cachent pas leur impatience en approchant de la plage. Stéphane, rassuré sur nos compétences, part au petit galop, puis accélère. Les chevaux s'envoient des ruades joyeuses, cherchent à doubler, Clémence a du mal à retenir le sien, et Loli manque de dégringoler. On s'arrête, l'accompagnateur se fait sévère, donne quelques conseils et menace : "Si l'on stoppe de nouveau, on repartira pas au pas, car les chevaux s'énervent". On ne se le fait pas dire deux fois, et plus rien ne nous arrêtera, dans un galop incroyable de plusieurs kilomètres qui comble tout le monde, cavaliers et montures.
Au pas et au trot, on rentre pour midi au centre équestre. Il ne reste plus qu'à ramener les hensons au pré, ranger selles et hackamores, vider la remorque qui, par magie, est revenue à sa place. Le vent a forci et le fond de l'air est frais, mais une baignade à Quendt-les-Pins-Plage nous dépoussière. Un dernier pique-nique sur les dunes et on se sépare peu à peu, l'une vers Caen, les autres à Clichy ou Paris. Au bout de la route, il n'y reste plus qu'un peu de sable... et le sac de Stéphane, emmené par erreur. (1)
(1) J'ai tout lavé, je le ramène dès que possible...
Pratique :
Espace Equestre Henson-Marquenterre
34, chemin des Garennes
80120 St-Quentin-en-Tourmont
Réservations : 03.22.25.03.06
Informations : 03.22.25.68.64
Mail : amelie@henson.fr
Le site www.henson.fr est très complet.
A 200 km de Paris par l'autoroute A16.
104 euros par personne pour la prestation bivouac (sans repas, mais avec le feu), groupe de 6 minimum. Repas livré par la Garinière : 25 euros par personne.
Renseignements : www.henson.fr