La station de l’Isère a investi des millions d’euros dans des infrastructures respectueuses de l’environnement et intégrées au paysage.
Le ballet des cabines rouges est silencieux, c’est la première surprise. Engoncé dans la doudoune, le bonnet bien tiré sur les oreilles dans cette froide matinée de janvier, on s’étonne de l’absence du bruit de poulies généralement associé aux stations de ski. Deuxième surprise : les cabines surgissent de la gare bardée de bois clair comme des jouets de leur boîte. La troisième, c’est le confort des banquettes veloutées où peuvent s’asseoir huit personnes munies de skis ou de VTT. La télécabine de Chamrousse (Isère) s’élève rapidement, offrant une vue superbe sur la mer de brume qui, ce matin, encapuchonne la vallée.
Bijou. Deux kilomètres de distance, 580 mètres de dénivelé, le tout abrité du vent, en six minutes, et l’on débouche sur le plateau tout ensoleillé. «On peut désormais transporter jusqu’à 3 000 personnes par heure, soit 50% de plus qu’avec les trois installations d’avant !», s’enthousiasme le maire de Chamrousse, Jacques Guillot. La télécabine est un bijou de technologie, mais aussi la pierre angulaire d’une opération de réhabilitation du paysage de cette station de moyenne altitude, qui surplombe Grenoble, à la pointe du massif de Belledonne.
Depuis décembre, elle remplace tout à la fois le légendaire téléphérique construit en 1952, qui vécut ses heures de gloire avec les Jeux olympiques de 1968, et les télésièges de la Croix et du Grand Couloir. «On est passé de six gares à deux, de trente-six pylônes à seize, de quatorze câbles à deux, souligne le maire. En logeant la machinerie, les moteurs et le groupe électrogène, dans la gare amont, on évite tout bruit dans la station.»
Toilettes sèches, enfouissement des lignes électriques et plantation de pins cembras : le projet est fondé sur l’intégration paysagère, dans le droit fil de la Charte du développement durable, signée par Chamrousse en 2007. Ainsi, la gare aval est dotée d’un hangar enterré. Les 70 cabines y sont stockées la nuit, ce qui facilite leur entretien et évite de les retrouver enneigées le matin. L’été, elles restent invisibles. Le maire a aussi mis en place un service de navettes gratuites qui desservent tous les points clés de Chamrousse, organisé le tri sélectif des déchets et choisi de réhabiliter des logements anciens plutôt que de grignoter l’espace.
En haut, à 2 250 mètres, c’est un lifting complet qu’il prévoit. Le sommet de la Croix offre en effet un magnifique panorama sur la chaîne de Belledonne, les massifs de l’Oisans, de la Chartreuse et du Vercors, mais le site est entaché par un amas d’installations disgracieuses : un site météo désaffecté, un bouquet d’antennes et d’émetteurs de radiotélévision et un restaurant d’altitude.
«Des plaies que nous allons cicatriser en démolissant le restaurant au profit d’un bâtiment paysager intégré au profil du terrain», promet le maire. La télécabine constitue un investissement de 13 millions d’euros, «le plus important pour Chamrousse depuis les Jeux olympiques de 1968 et le troisième plus gros investissement dans les stations françaises en 2009», précise Jacques Guillot.
Ayatollahs. Mais quand on l’interroge sur la pertinence d’un tel investissement, sur trente ans, pour une station de moyenne montagne dans la perspective du réchauffement climatique, il se crispe, en soulignant que les banques ont jugé «son business plan valide». «La télécabine permettra justement d’acheminer les skieurs, qui pourront descendre même s’il nous manque deux cents mètres de neige en bas», réplique-t-il pour clore un débat qu’il estime miné par les «ayatollahs de l’écologie». Quant aux enneigeurs («il ne faut plus dire canons à neige», corrige-t-il ), le maire les défend vivement. «Grâce à eux, on peut faire du ski avec seulement trente centimètres de neige naturelle.» Une assurance contre le réchauffement climatique en somme.
Repères Chamrousse
«La Charte nationale en faveur du développement durable sera notre bible pour l’avenir.»
Gilbert Blanc-Tailleur président de l’Association nationale des maires des stations de montagne, en 2007
Des pics de chaleur. Dans les Alpes, la température de l’air à 1800 m en hiver a augmenté de 1 à 3° C en moyenne selon les massifs ces quarante-cinq dernières années. Cette hausse est sensible depuis les années 80 et 90 et marquée en milieu et en fin d’hiver.
800000: C’est le nombre de tonnes de CO2 émises chaque année par les stations de montagnes françaises Soit moins de 3% des émissions globales de gaz à effet de serre en France..
Une viabilité menacée. Si la température augmente de 1,8 °C, estime Météo France, à 1 500 mètres, on observera une réduction de trente à quarante-cinq jours de neige. Soit une baisse de 40 cm de l’enneigement cumulé dans les Alpes du Nord et de 20 cm dans les Alpes du Sud et les Pyrénées.
2,50 euros, c’est le coût moyen du mètre cube de neige artificielle. Une estimation qui inclut les amortissements des installations et des retenues collinaires.