Cette fois, le printemps est bien installé sur le pays. Sur une infime petite partie du territoire, l’ambiance reste pourtant à la neige et ses plaisirs : à haute altitude, dans les Alpes, on skie encore et toujours au mois de mai!
Si la grande majorité des stations de ski a fermé ces dernières semaines, les accros au ski de piste peuvent encore se caler un ou deux week-ends de glisse. Un carré de stations irréductibles, les plus élevées en fait, reste encore ouvert : Bonneval-sur-Arc (Savoie) ferme samedi 1er mai au soir, La Grave (Hautes-Alpes) et Val d’Isère (Savoie) ferment dimanche 2 mai au soir, Val Thorens-Orelle (Savoie), Tignes (Savoie) et les Grands Montets (Haute-Savoie) ferment dimanche 9 mai au soir.
Certes, la neige est souvent humide et lourde en bas de domaine dès le milieu de matinée, et il faut parfois prendre une « remontée »… à la descente pour rentrer à la station. Pourtant, ces journées de ski à haute altitude, sous un chaud soleil, sur des domaines généralement très peu fréquentés voire déserts, sont très plaisantes. Les passionnés s’y retrouvent avec plaisir : le dimanche 2 mai, le domaine des Grands Montets à Chamonix organise ainsi, comme chaque année, ses Freeride Days, un rassemblement avec animations diverses, test de matériel de ski, musique : la dernière fête de la planète ski… avant l’hiver prochain.
Mais en attendant, les neiges de printemps restent le royaume des skieurs de randonnée. Du Mercantour au Chablais, en passant par tous les hauts massifs glaciaires, Ecrins, Mont-Blanc, Vanoise et autres, c’est une période privilégiée pour cette activité. Les pratiquants de la peau de phoque sont sur les dents, pour de longues semaines encore. Nous avons testé ces neiges de printemps, il y a dix jours dans le Queyras encore lourdement enneigé pour la saison, puis la semaine dernière en Haute-Tarentaise, entre France et Italie. A deux reprises, la montagne a su nous offrir des descentes quotidiennes d’anthologie, de plus de mille mètres de dénivelée. Descente quotidienne unique, faut-il le préciser, puisque qu’il aura fallu auparavant remonter la pente à la force des jarrets… On part très tôt du refuge ou des fonds de vallées, au petit jour ou même de nuit, pour profiter du regel nocturne du manteau neigeux. On choisit avec soin les pentes du jour en fonction de leur orientation, sous un col ou un sommet. Dès le milieu ou la fin de matinée, la neige se ramollit et peut, à l’occasion, offrir des conditions de ski excellentes, que les afficionados n’hésitent pas à coter au même niveau de plaisir que les descentes en poudreuse du plein hiver.
Au pied de la descente, la neige peut virer à la soupe, mais qu’importe : on a encore volé une descente à l’été qui vient ! Encore un peu plus bas, s’il n’y a plus de neige, il faut parfois porter un peu ses skis sur le sac pour rejoindre son point de départ. C’est loin d’être une corvée : on redescend et petit à petit, on plonge dans la chaleur, dans une montagne en pleine ébullition printanière, crocus en folie, odeurs de résine enivrantes, faune en plein éveil, encore étourdie par le long hiver. Dans le vallon là haut, tout au dessus, nos traces de ski de printemps, irréelles, commencent déjà à fondre. Va falloir y retourner demain…
Légende photo : Fin avril 2010, une descente d’anthologie vers l’alpage de Furfande, dans le massif du Queyras (Hautes-Alpes).