A la veille de la réunion de notre jury Libération-Apaj qui désignera les lauréats de notre concours Textes et Dessins, nous entamons la publication des candidats qui n'ont pas été sélectionnés. Première étape de ce voyage: Marseille, par une des finalistes du concours 2011.
Ça commence toujours de la même façon. D’abord l’arrivée. Il est en général 6 ou 7 heures... Le ciel est teinté de bleu, de jaune et d’un beau rose qui se mêlent. Nous prenons la voie rapide et longeons les docks et les bâtiments délabrés qui ont quelque chose d’enchanteur dans cet éclairage tout particulier. Les premières lumières de la ville apparaissent. Et chaque parcelle de mon corps et de mon esprit se crispe délicieusement de plaisir, d’émotion et de d’excitation en criant : «Maison ! Maison !».
Puis nous passons devant la salle de concert en forme de dôme, ronde et rassurante. Nous remontons dans les petites rues où, derrière d’épais murs de pierre, se cachent de jolies maisons, des piscines et des jardins fantastiques. Certains de ces jardins déversent d’ailleurs une partie de leur trésor derrière le mur, dans la rue. Et ça sent fort la glycine et le jasmin, ça sent le printemps.
Nous redescendons vers le coeur de la ville, doucement, lentement. La ville est construite sur une sorte de colline et les rues montent et descendent comme des montagnes russes qui ne feraient pas peur. Le vent souffle, ce vent caractéristique d’ici. Et même si ma jupe se soulève, même si je ne suis pas impeccablement coiffée, chaque fois que ce vent souffle autour de moi j’ai l’impression qu’un ami vient me souhaiter la bienvenue. Nous arrivons au port, il est vieux et il est au pied d’une grande avenue dont certaines vieilles chansons disent que «partout elle est populaire» et dont le nom se prononce avec un joli accent chantant. De ce point stratégique je vois tout, sans avoir besoin de rien voir. Je devine derrière les immeubles les vieux quartiers aux noms musicaux: «Le panier», «Le cours Ju’», «La plaine», «La vieille Charité»…
Mais je devine aussi les gens. Ici c’est une grande ville, pas aussi grande que celle où je vais vivre désormais mais bien plus grande que celle où j’ai vécu ces sept dernières années. Ici je ne suis qu’une dans la multitude. Et je sens les gens partout autour de moi. Des vieilles marchant à petit pas et trainant derrière elles des caddys plus lourds remplis de courses. Des femmes voilées riant avec leurs amies en surveillant leurs enfants qui jouent dans les petits squares. Des jeunes beaucoup, partout, de toute sorte, taille, forme, couleur. Des petits malins en survêtement qui roulent des mécaniques, des futures femmes dans des petites robes qui marchent vite, leurs talons claquant sur les rues pavées, d’autres filles en mini jupe et très maquillées que l'on appelle plus communément des "cagoles", des garçons en jean et tee-shirt moulant au sourire charmeur et qui interpellent les demoiselles à grand renfort de cris et de sifflements. Et puis tant d’autres croisés au détour d’une rue, vite vus, vite oubliés, un dans la multitude. Je vois aussi les anciens ceux qui vont boire un pastis avant la partie de boule ou le match de foot. Quand il y a foot la ville entière se transforme en unité soudée qui se lamente en choeur lorsque le but est manqué ou le match perdu ou est portée par un élan de liesse général dans le cas contraire. Chaque fois que les clameurs de la ville me parviennent un frisson me parcourt accompagné de cette délicieuse impression d’être à ma place.
J’en ai fini d’observer les quartiers que je ne peux voir. Je me tourne vers la mer, sur ma gauche se trouve Notre Dame de la Garde qui, du haut de sa colline veille sur les marins et les autres âmes de la cité. Je pense à sa chapelle pleine de cierges et de maquettes de bateau à la mémoire de certains disparus en mer. Je pense au petit train qu’il nous faut emprunter pour arriver jusqu’à elle. Je vois le plan représentant Marseille qui se trouve sur sa terrasse à la vue panoramique et aux plaies dans sa chair de pierre, vestiges d’une seconde guerre mondiale qui a voulu tout détruire ici. Notre Dame qui, du haut de sa colline, monte la garde est partout dans la ville et même dans les quartiers les plus excentrés on tend à l’apercevoir.
Et puis j’inspire, une inspiration franche, profonde et je suis assaillie par les odeurs. Le poisson fraichement péché, les épices, la lavande, l’huile d’olive, la tomate, l’anis, la mer, le vent m’apporte
une grande bouffée de senteur, caractéristique me renvoyant à mon enfance. Le ferry-boat traverse lentement le port, le métro vibre sous mes pas, le tram sonne pour prévenir de son arrivée et les bus passent dominant la rue de toute leur hauteur. Les lumières de la ville sont allumées à présent et la nuit est tombée. D’ici peu les gens rentreront chez eux et les jeunes sortiront. Moi, je reste là, à cette heure entre chien et loup. Parce qu’ici c’est chez moi, c’est ma ville, c’est Marseille.
D'Anna Rossi, lire aussi: la fée aux escarpins vernis

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