Le souffle du Vésuve chauffe la nuque de Naples, en nage. La ville sue et s'ébroue dans les eaux duport. Le pain de soufre marque la prégnance du site sur la vie de ses habitants.
-"L'espace urbain est le théâtre habituel des manifestations du hasard." André Breton-
Théâtre urbain
Lever de rideau. La cuvette napolitaine devient théâtre antique, plein de bruit et de douceur. C'est la géographie du lieu, et non la ville, qui plante le décor de la scène. Trois îles soeurs, Capri, Ischia et Procida achèvent de former le cercle de la baie de Naples. En face, les collines en terrasses sont autant de gradins surplombant la scène. Comme un signe, les feux d'artifices des dealers sonnent les trois coups du premier acte. Mais surtout l'arrivée du nouveau stock de dope. Ils rythment la fable napolitaine, orchestrée par la ville. Décor planté, metteur en scène désigné, l'intrigue peut se dénouer. Les habitants, locataires du diable, ont fait un pacte avec Naples. La ville anime quiconque accepte de se lover dans les méandres de ses rues et les pentes de ses collines. Comme sa voisine la mer, elle s'empare de l'homme, lui offre un rôle et un siège de spectateur. Qui sait se couler dans ce flot vit Naples, sans aucun but précis, si ce n'est la conscience de son existence. De sa coexistence, aussi. Entre acteurs et spectateurs, passants, scooters, et commerçants, rassemblés dans ce culte du bon vivre. Naples redimensionne selon son bon vouloir espace, temps, et sentiments. Plus surréaliste que classique, la ville n'applique la règle antique de l'unité ni pour le lieu, ni pour le temps, ni pour l'action.
Ô temps, surprend ton homme
Quand l'étroitesse des rues du centre historique chasse la lumière des façades, le parc de Capodimonte, au sommet de la colline, dévore encore les derniers rayons du soleil. Ici, les gens n'ont pas une minute à perdre. Leur vie est déjà consacrée au temps libre. Pas question de batailler pour vivre son temps. "Si tu le sens passer, c'est que tu le vis, non?" raisonne Alberto, natif de la région. En ce début d'après-midi, les Vespas sont de sortie. Pourtant, point de vrombissement de moteurs, mais plutôt le ronflement des conducteurs, allongés sur leur monture pour la sieste. On vit plus qu'on ne passe dans ces rues étroites. Vue de l'extérieur, Naples est sans dessus dessous. Elle s'avère en fait être sans dehors ni dedans. C'est l'origine du casino, le bordel en italien. Des serveurs en costume, le plateau fumant de café, marchent dans les rues. Ils vont servir les commerces voisins. Les habitants des pallazi, ces anciens hôtels particuliers du centre ville, nouent leur panier à une cordelette. La hotte file du 6e à l'épicier du rez-de-chaussée. Puis remonte aussitôt, chargé des courses du jour. Au détour d'une ruelle du quartier espagnol, quatre hommes installent une table sur les pavés. Une Lambretta franchit le barrage en raclant les murs. Elle passe sans broncher.
Contre mauvaise fortune bonne soeur
Les heures de marche s'égrènent, le hasard s'amuse des rencontres entre passants et spectateurs indolents. D'un bond de côté, j'évite de justesse un quad, conduit par deux filles grassouillettes vêtues à l'identique. Interdit, je suis la course hésitante du bolide, quand des cris perçants me font tourner la tête. Lancée à leur poursuite, une bonne soeur sexagénaire vocifère, appelant les chérubins à la prudence. La course poursuite est inégale, elle cesse au bout de dix mètres. La religieuse, bras levés au ciel, s'adosse au mur. Heureusement, la nonne haletante retrouve calme et dignité. Et se signe devant une statue fleurie de Padre Pio.
Ce personnage ponctue les rues de Naples. Statufié dans les cours intérieures, peint sur les murs de la ville, il règne en maître dans les coeurs napolitains. Seul Diego Maradona, roi du stade San Paolo, menace son monopole.
Amour païen de Pio
Malgré cette célébrité, difficile d'éclaircir le mystère de Padre Pio. Pape pour certains, compagnon de Mère Téresa pour d'autres, il reste un illustre inconnu. Et le symbole de cette ferveur religieuse napolitaine, qui, paradoxalement, se manifeste sous des airs quasi païens, comme dans la cour de l'église Santa Chiara. Le pochoir de la Venus sortant de l'eau, abrité par l'olivier, donne des airs bibliques d'Eve à l'ingénue beauté. C'était sans compter ce phallus taggé, en forme de pied-de-nez. Sexe, chrétienté et antiquité réunis sur un seul mur, au pied d'une des quatre cents églises de la ville. Revenons au Padre Pio. Il aura fallu attendre un dîner chez Alberto pour avoir la version exacte de sa vie. Bien qu'athée convaincu, mon hôte connaît l'histoire de la Campanie et ses personnages. D'un ton sarcastique -et après avoir comparé, Padre Pio est un alter ego de Sean Connery et Obi Wan Kenobi- il m'explique que le padre est un moine capucin né à la fin du XIXe, canonisé par l'Eglise romaine pour avoir souffert des mêmes stigmates que le Christ. Pio portait en effet des mitaines pour cacher ses plaies aux mains, semblables à celles de Jésus crucifié. L'identité du héros ganté éclaircie, Alberto s'adonne à "sa religion", le café. La cafetière une première fois "purifiée" par la cuisson à l'eau, il tasse habilement "l'or noir" puis, inch allah, attend le résultat. Délicieux, "évidemment, sinon pourquoi serait-ce ma religion?", triomphe-t-il.
A Naples, les choses se tiennent là où on le les attend pas. La religion se glisse dans le marc de café. Les rares clochards s'installent sur le flanc de colline le plus riche. Les espaces verts, tel le parc de Capodimonte, surgissent d'entre quatre voies. La ville déploie les pouvoirs du hasard, nourrit les dialogues entre les personnages, lie un million d'habitants dans la même envie de vivre. Certains voudraient assister à un impossible dénouement final, obtenir une réponse de Naples, mettre des raisons et des motivations sur le hasard. Quand d'autres respectent le pacte, et vivent.
Commentaires
Sergio
17H35 06 AOUT 2012
Pour un connaisseur de Naples, ce texte n'est qu'un ramassis de n'importe quoi et de mots sans suite. L'auteur aurait pu s'épargner cette peine (et nous épargner la nôtre)- Quand on se targue de connaître l'Italie, on pourrait aussi vérifier l'orthographe des mots cités: tout est faux.
Lubna S.
15H04 04 AOUT 2012
Le pochoir de la Venus est en fait une peinture, huile et acrylique, d'Eve d'après une toile de John Stanhope:
http://www.flickr.com/photos/zilda/6830903568/in/photostream
L'installation s'est faite en pied-de-nez à la très napolitaine bite taggée, qui lui prééexistait (Adam minimaliste?).
Bravo pour l'article malgré ces imprécisions!