A Tokyo, le quartier d’Akihabara est devenu le repaire des fans de mangas. On y passe de gigantesques librairies en salons de lectures cosy et en cafés dédiés au genre, où se retrouvent ceux qui aiment se déguiser en héros de BD.
La serveuse affiche un large sourire sous ses oreilles de lapin. «Je l’ai fait avec mon cœur», dit-elle en posant devant nous un chocolat chaud qui se révélera sans saveur. Toute de rose vêtue, la jupe archi-mini et les poches chargées de peluches, elle joint ses deux mains, plie les doigts pour former un cœur, et entame un mouvement de balancier entre sa poitrine et la tasse. Elle répète en japonais : «Allez, avec moi, je l’ai fait avec mon cœur… » Le nôtre s’affole soudain : pas de doute, la demoiselle souhaite que l’on partage ses mimiques.
Déboussolé, on jette un coup d’œil à droite. Une autre lolita acidulée tape joyeusement des mains avec deux habitués. On tourne la tête. Sur la scène, une troisième, affublée d’un ado ébahi, envoie des baisers à un Polaroïd. Serions-nous sur l’Ile aux enfants ? En franchissant un peu plus tôt la porte de ce Maid Café, ainsi dénommé car les employées sont déguisées en soubrettes (maids en anglais), on s’attendait, au choix, à l’érotisme subtil de gamines jouant les geishas ou à la magie d’un Disneyland exotique. Rien de tout ça : nous voici planté au milieu d’une sage cour de récréation où la moyenne d’âge dépasse allègrement la majorité.
Akihabara, quartier branché de Tokyo, n’a pas fini d’étonner l’occidental peu rodé aux coutumes locales. Immenses tours multicolores, lumières flashy, foule dense et bigarrée. La «ville électrique» des années 60-70, où le Tokyoïte vient se fournir en machine à laver, PC ou sèche-cheveux, s’est muée en bazar high-tech ultramoderne. A tel point qu’un air suranné flotte sur Shinjuku ou Shibuya, hauts lieux de déambulation nocturne à l’ouest de la ville. Surtout, Akiba – diminutif d’Akihabara – est devenu depuis peu LE quartier des otakus, ces accros du virtuel, fans de bandes dessinées et de jeux vidéo. L’endroit incontournable, donc, pour les mordus de mangas qui débarquent au Japon.
Dans les tours de Don Quijote, Tora no Anna ou Mandarake, les étages regorgent de mangas (shojo pour les romantiques, shonen pour les aventuriers, hentai pour les vicieux…), mais aussi de jeux vidéo, films d’animation, musiques, posters, figurines ou… costumes ! Car, entre deux rayons ou dans les rues d’Akiba, il n’est pas rare de croiser ces adeptes du cosplay (contraction de costume et player), qui aiment à se déguiser pour incarner leur idole virtuelle. Si l’on tient toutefois à admirer leur excentricité, mieux vaut faire un tour, un dimanche, du côté du parc Yoyogi, à Harajuku. Froufrous à dentelles ou noir latex avec laisse au cou s’exhibent dans un vaste mardi gras dominical entre univers kawaii (« mignon » en japonais) et gothique.
Soubrette à tous les étages.
«Allez, je l’ai fait avec mon cœur…», reprend notre serveuse, qu’il est bien difficile de décourager. Akihabara regorge également de maid cafés, où les otakus viennent oublier le stress de la vie japonaise – avis aux dames : pour voir des hommes déguisés en majordomes, optez pour un « butler café » à Ikebukuro. @home café décline le concept de la soubrette sur trois étages. Entre le tableau noir de la salle de classe ou le kimono du salon du thé, on a opté pour la boule disco. Après une file d’attente décourageante, nos tympans sont assaillis par une musique enfantine à la voix de crécelle. Top chrono : chaque client a droit à son heure, pas une plus, d’attention et de tendresse. Une heure de monde idéal, débordant de paillettes et de breloques, c’est suffisant, surtout pour notre porte-monnaie fortement sollicité : droit d’entrée, consommation obligatoire, activités payantes…
On est loin des manga kissa où, moyennant une somme modique (3 euros de l’heure environ), on peut lire des bandes dessinées à volonté. Si le mot vient du japonais kissaten, signifiant « salon de thé », oubliez tout de suite le kitsch british de la cup of tea ou le brouhaha du bistrot parisien. Le manga kissa s’apparente plutôt à un salon d’essayage, une enfilade de cabines noyées dans une atmosphère feutrée. Pas de méprise néanmoins : derrière chaque porte, les deux mètres carrés sont équipés d’un confortable sol ou fauteuil en cuir, d’une télé et d’un ordinateur. En plus, que ce soit chez Mamboo, Geragera ou au Gran Cybercafe, ce salon de lecture amélioré n’est jamais loin d’un distributeur de boissons, d’un micro-ondes, d’une imprimante ou d’un coin douche. De quoi s’y éterniser une nuit entière… Les manga kissa sont d’ailleurs devenus un refuge pour nombre de Japonais sans le sou. Le paradis ? A un bémol près pour les touristes : livres, jeux ou vidéos ne sont ni traduits ni sous-titrés !
Théâtres de papier
En effet, le fan de mangas s’en convaincra plus vite encore que le visiteur lambda : au Japon, mieux vaut parler le japonais. Sans cela, même la visite d’un musée peut se révéler frustrante. A Kyoto, ex-capitale impériale et centre culturel du pays, le Musée international du manga a ouvert ses portes en 2006. Installé dans une ancienne école, il séduit avec des salles au parquet chaleureux et aux murs recouverts de mangas que l’on consulte à loisir – deux rangées françaises dans le hall d’entrée ! A l’étage, une machine raconte, à qui voudra bien tourner vingt fois sa manivelle, l’histoire des kami-shibai, ces théâtres de papier ambulants qui faisaient fureur auprès des enfants pendant la première moitié du XXe siècle et qui seraient à l’origine de l’engouement des Japonais pour la bande dessinée. Mais hormis cette digression historique, les ancêtres du manga sont relégués au sous-sol, dans un étroit couloir uniquement légendé en japonais. Facile, donc, d’ignorer les emaki, rouleaux peints du XIIe siècle qu’il fallait dérouler pour en découvrir le récit.
Même déception au musée Ota, à Harajuku (Tokyo), consacré à l’art des ukiyo-e ou « images du monde flottant » dont Katsushika Hokusai est le célèbre représentant avec sa vague. Ce jour-là, point d’estampes du peintre qui a donné son nom au manga en 1814, avec la publication de son premier volume de croquis : l’exposition temporaire sur la poésie ne propose que des calligraphies sans sous-titrage. Heureusement, tout est oublié une fois plongé dans la mise en scène baroque du musée Osamu Tezuka, près d’Osaka. Des bulles de verre déploient la biographie du mangaka surdoué et père d’Astroboy (version anglaise disponible !) ; des pupitres clignotants initient à l’animation dans un décor à la 20 000 lieues sous les mers… De quoi faire naître des vocations et filer chez Tokyuhands ou Sekaido, prodigues en papiers, crayons, pinceaux ou comic patterns, des modèles de paysages pour BD sous forme de calques !
Sous-marin intimiste
Il serait bien sûr encore préférable de pouvoir déchiffrer la langue du grand maître de l’anime, Hayao Miyazaki, pour savourer le petit musée Ghibli, à Mitaka (Tokyo), qui lui est dédié. Mais, après tout, le court-métrage inédit s’apprécie sans paroles ; maquettes sur la magie de l’animation ou bureaux d’artistes reconstitués n’ont pas besoin de commentaires ; et la cafétéria ravit tous les palais. Les plus petits seront comblés avec la gigantesque peluche qui leur est réservée. Les plus grands retrouveront leur âme d’enfant dans ce sous-marin intimiste plongé dans la verdure.
Tant de visites, assurément, donnent envie de lire. Si l’on n’a pas trouvé son bonheur à Akihabara, il est toujours possible de fureter dans l’une des gigantesques librairies qui parsèment le pays, tels Kinokunia ou Bookoff – royaume de l’occasion où les prix démarrent à 100 yens (60 centimes) ! Les francophones désespérés, eux, se réfugieront dans la boutique de l’Institut français près d’Iidabashi. Mais l’album de Junko Mizuno maintes fois recherché, c’est dans un immeuble de verre avec vue sur la vieille gare de Tokyo qu’on le déniche finalement. Aaah Maruzen, une vraie et belle librairie, dotée d’un immense rayon en anglais. On y savoure sa trouvaille assis près d’une baie vitrée, noyé dans les lumières de la capitale nippone. Le bonheur. Quand soudain une rengaine surprend nos oreilles : «Je l’ai lu avec mon cœur, allez, avec moi…»
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Commentaires
Keroro
13H43 28 OCTOBRE 2008
Je suis un vrai fan de manga, et mon prochain voyage se fera au Japon, ça ne fait aucun doute... Mais c'est vraiment pas grâce à cet article, ahlàlà... 30 minutes pour le lire, et au final, rien... Manga, Cosplay, Hentaï... J'espère que les curieux ne vont pas croire que le Japon se résume à ça... Je sais, oui, le but est de parler du Manga... Mais c'est à la limite du caricatural, sans déconner...
von_tokyo
12H46 28 OCTOBRE 2008
Ahhh le @home café...
Un tres bon endroit. Mais pas pour se destresser :)
Aimer les autres
23H04 27 OCTOBRE 2008
Tres long article qui a dû demander bien du travail à son auteur.
Mais c'est article est navrant de médiocrité, de lieux communs.
Cette médiocrité traduit une grande ignorance. Difficile de nous faire rêver avec autant de préjugés ( geishas, otakus, hentaï pour vicieux ).
On dirait un article du figaro.
Virez moi ce guignol et arrêtez de lui payer des voyages.
Capitaine Kérosène
11H59 20 OCTOBRE 2008
Pourquoi toujours reprocher aux Japonais de ne pas traduire ce qu'ils produisent ? Il faut bien se rendre compte que leur marché intérieur leur suffit et que, quoiqu'on en dise, les touristes ne sont pas si nombreux au Japon qu'il faille investir dans des adaptations en différentes langues. Les Japonais font quand même des efforts. L'obstacle de la langue est sans doute également un avantage à leurs yeux. Le Japon veut bien s'ouvrir, mais dans une certaine limite. Mais au fait, est-ce qu'on traduit les panneaux (quand il y en a) dans les musées français ? Est-ce que, comme au Japon, les grandes chaînes de TV nationales retransmettent des extraits des journaux télévisés étrangers ? Est-ce qu'il y a des cours de langues sur France 2 ou France 3 comme sur la NHK ? Des présentateurs étrangers ? Pour revenir à l'article, il est très complet et constitue une bonne approche des manga au Japon. Attention cependant à ne pas tomber dans le cliché du "tout le monde en lit", parce que ce n'est pas vrai.