En passant la porte fortifiée de Bab-al-Yemen qui donne sur la vieille ville de Sanaa, j'ai l'impression d'arriver dans un décor de cinéma. Autour de moi, ce ne sont que somptueuses maisons en pisé ocre, aux fenêtres soulignées de dentelle blanche. Niché dans le dédale des ruelles, le soukh déroule ses étalages de narguilés, de joaillerie, d'épices et d'étoffes, on se croirait dans Les Mille et une Nuits.
Les Mille et une Nuits
En passant la porte fortifiée de Bab-al-Yemen qui donne sur la vieille ville de Sanaa, j'ai l'impression d'arriver dans un décor de cinéma. Autour de moi, ce ne sont que somptueuses maisons en pisé ocre, aux fenêtres soulignées de dentelle blanche. Niché dans le dédale des ruelles, le soukh déroule ses étalages de narguilés, de joaillerie, d'épices et d'étoffes, on se croirait dans Les Mille et une Nuits. Les hommes sont coiffés d'un kéfieh ou d'un foulard blanc brodé, portent un énorme poignard recourbé serti d'argent à la ceinture, et ont leur chemise bourrée de qat, sorte d'équivalent local de la feuille de coca. A 13h, toute activité s'arrête car ils s'assoient à l'ombre pour en mâcher les feuilles qui se transforment en une boule de pâte verte peu ragoûtante qui leur fait une joue de trompettiste ou de crapaud troppical, un truc totalement disproportionné en tout cas. Toute la population est accroc, on m'explique que même les femmes ruminent entre elles dans les maisons. C'est vraiment le soma local. Les femmes, justement, me font froid dans le dos avec cet assemblage de voiles noirs qui les couvre entièrement, laissant juste un mince filet pour les yeux. On dirait des ombres.
Par contre, les gens sont accueillants. Dès qu'ils apprennent que je ne suis ni Américain ni Danois (visiblement les caricatures de Mahomet les ont traumatisés), ils me souhaitent tous la bienvenue avec chaleur. Et au restaurant, quand mon plat n'arrive pas assez vite, ils me proposent systématiquement de manger dans leur assiette. Mais au contraire des Indiens, la façon dont ils se parlent et se bousculent me donne l'impression qu'ils sont assez rudes. La première nuit, je suis surpris quand tous les muezzins de la ville s'y mettent pour appeler à la prière, les uns hurlant, les autres chantant, un dernier discutant en ayant visiblement oublié que son micro était ouvert. Le contexte politique a également bien changé. A l'aéroport de Bombay, je m'étais fait confisquer mon briquet acheté à Goa qui projetait une image de jolie fille dénudée. Je retrouve le même au pied de mon hôtel, mais cette fois-ci c'est Saddam Hussein qui apparaît avec un pistolet à la main ! Son portrait est d'ailleurs collé un peu partout, des hôtels aux épiceries. J'avais envie de dépaysement, je suis servi. Je suis même un peu sonné.
De la tension dans l'air
Comme d'habitude, je n'ai pas planifié mon séjour. Mais sur Internet, on ne parle que d'enlèvements de touristes et de zones interdites. Il y a un mois, un convoi de Belges a été attaqué, il y a eu trois morts. Je commence à me demander si je ne vais pas devoir me joindre à un tour organisé, ce qui me fait frémir d'avance. A l'ambasade, le consul m'explique que les touristes ne sont pas enlevés dans l'espoir de toucher une rançon, ni même pour des raisons religieuses, mais pour faire pression contre le pouvoir central en échange de l'ouverture d'une école ou de l'installation de l'électricité dans tel ou tel village. Il n'empêche que, de plus en plus, les autorités réagissent en utilisant la force, ce qui aboutit à des bains de sang. Il m'assure aussi que les poignards que je vois à la ceinture des hommes, les djumbias, sont un ornement aussi inoffensif qu'une cravate, mais que le pays compte soixante millions d'armes à feu pour vingt millions d'habitants. En cas de désaccord, on sort facilement la kalachnikov. Le consul m'apprend que les tensions sont également dues à l'état catastrophique de l'économie locale. Les dividentes de la rente pétrolière ont chuté de 30% entre 2006 et 2007, la corruption est généralisée, le chômage approche les 40% et la culture du qat remplace de plus en plus celle du blé, élément essentiel de l'alimentation locale, et du café, qui pourrait rapporter des devises. Mais le président, lui-même grand consommateur, ne peut prendre de mesure restrictive sans risquer une révolution. Bref, c'est un fléau national. Enfin quand même, une nouvelle drogue, ça excite ma curiosité.
Commentaires
Visiteur
13H20 29 AVRIL 2008
Etonnant amalgame, dans cet article par ailleurs intéressant, entre les assassinats et les enlèvements de touristes.
Les 2 phénomènes ne devraient pas être liés, car si les enlèvements sont bien un moyen de pression pour les bédouins d'obtenir du gouvernement central qu'il s'intéresse à eux, les assassinats sont le fait d'un terrorisme lié à Al Qaeda.
Il n'est arrivé qu'une seule fois que le gouvernement yémenite ait voulu délivrer des touristes par la force. Il en a effectivement résulté un bain de sang.
En revanche, les attentats récents, contre des touristes espagnols puis belges, ont occasionné de nombreuses victimes. Et le gouvernement n'a montré en la circonstance que son impuissance.