« Ma vie est dingue, non ? » La vie d’Emmanuelle Seigner était en effet jusque-là assez dingue mais le 26 septembre, date à laquelle Roman Polanski, son époux, a été arrêté par la justice suisse pour une affaire datant de 1976, on pourrait dire aussi « cauchemardesque » ou « kafkaïenne ». « Mieux vaut ne pas être déprimé quand quelque chose comme cela vous tombe dessus, mais c’est ma nature, rien ne me fait peur » explique Emmanuelle Seigner. Juste avant l’arrestation, elle préparait la sortie de son second album, initialement prévue en novembre. C’était l’occasion pour elle de s’adonner à ce qu’elle aime le plus au monde, chanter, mais aussi de s’affranchir de cette image de « femme de » qui lui colle à la peau. « Je suis la femme de Roman en privé mais jamais en public. La musique, c’est vraiment mon truc. Je serais toujours plus impressionnée de rencontrer Mick Jagger que le plus célèbre des acteurs américains. » La machine judiciaire suisse, « ne faisant que son devoir » (comme l’a déclaré le porte-parole de la justice) a balayé ce programme et l’a transformé en un feuilleton rocambolesque, ubuesque. Pendant plus de deux mois, Emmanuelle Seigner s’est rendue à la prison de Winterthur pour rendre visite à son mari une heure par semaine, le dimanche. Parfois avec ses enfants, le plus souvent seule.
Elle a vécu cette période « d’abord comme un cauchemar puis comme une expérience extrême, irréelle », dont elle n’a jamais imaginé sortir vaincue. Emmanuelle la douce, la sensuelle, et tout ce à quoi la réduisent habituellement les magazines, est passée « en mode survie ». Elle s’est surprise à prendre « très vite, des décisions très importantes ». Elle est entrée dans les arcanes d’une procédure judiciaire complexe qui se joue entre Los Angeles, Paris et Bâle. Elle a dû éviter les paparazzis postés en bas de son appartement parisien (se faisant livrer de la nourriture par l’arrière-cour), a donné un coup de casque à une pseudo-reporter qui cherchait à la piéger avec sa caméra et qui s’est empressée de mettre les images en ligne avec ce sous-titre: « French actress gets mad », elle s’est démenée contre des journaux qui ont publié des photos de ses deux enfants ou ont listé, dans le détail, les courses de Noël qu’elle et sa sœur, Mathilde, avaient faites en Suisse. Quand on parle de courage, Emmanuelle répond qu’elle n’avait « pas le choix ». Face à la meute, elle a « protégé sa tribu ». A ce jour, son instinct ne l’a pas trompé. « Je n’ai pas bien supporté ceux qui se sont sentis obligés de me plaindre – ils me parlaient comme si j’étais morte. Quand je me repasse le film, je me dis que je dois être une guerrière. » Un jour de novembre, à Paris, elle préparait avec ses deux enfants une valise pour Roman Polanski qui était encore en cellule. L’un d’eux voulait la remplir de cadeaux, de livres, de DVD, de bonbons, pour le réconforter. L’autre répondit que cette valise, trop remplie, risquait de faire comprendre à leur père qu’il resterait en prison longtemps. Ensemble, le fils, la fille et la mère ont fait le tri. Ils ont décidé de ce qui était raisonnable dans une situation qui ne l’était guère.
Depuis l’assignation en résidence de Roman Polanski dans son chalet de Gstaad, et la requalification de l’accusation en relations sexuelles avec une mineure, cette période « dingue » est entre parenthèses. Emmanuelle a pu repenser à son album, reprogrammé au 8 février. Un disque nettement plus pop, plus aérien mais aussi plus intime que le précédent, qui jouait avec l’ambiance « cuir noir » du Velvet Underground. Composé et produit par Keren Ann – accompagné du parolier Doriand –, il a donc été baptisé, par un hasard prémonitoire, Dingue. Il contient un premier duo avec Iggy Pop (La dernière pluie), et un second, où elle badine avec Roman Polanski (Qui êtes-vous ?), dans une ambiance gainsbourienne. Certains de ses proches lui ont conseillé d’enlever ce morceau, anticipant les commentaires graveleux. Elle l’a maintenu : « Ce serait accepter qu’il y a quelque chose de mal dans cette chanson. Ce titre, c’est ma façon de pargager avec lui mon univers – celui de la musique – comme lui m’a fait découvrir le sien, me faisant tourner trois films et jouer dans une pièce. » Elle a donc tenu bon, comme elle tiendra bon quand la justice suisse décidera – ou non – d’extrader son époux aux États-Unis. Pour l’instant, elle est comme une gosse à l’idée de partir en tournée avec son groupe.
À travers sept titres de son album, Emmanuelle Seigner dessine pour Next un autoportrait. Avec la franchise qui la caractérise, elle parle ce qu’elle aime (la musique, Polanski, leurs deux enfants) et ce qui l’insupporte (le shopping, les machos et les gens qui la plaignent).
Dingue "C’est la première chanson que Keren Ann m’a envoyée, il y a un an exactement. Je l’ai tout de suite aimée. Ma plus grande dinguerie, c’est que je n’ai pas peur, pas même de la violence. Avec l’affaire de Roman, j’ai découvert l’angoisse, la boule au ventre, quelque chose d’assez nouveau pour moi. Durant mon enfance ou mon adolescence, déjà, rien ne m’effrayait. Rétrospectivement, je réalise que j’ai fait des choses folles par absence de barrières ou de tabous. Ma mère m’a rappelé récemment que j’avais été renvoyée à 16 ans d’un rallye parce que j’avais dansé nue sur la table. Racontée comme ça, je passe pour une fille provocante mais dans mon souvenir, j’avais simplement envie de danser sans mes vêtements. J’aime jouer avec le feu. En revanche, la drogue, l’alcool, l’autodestruction en général ne m’attirent absolument pas. Je n’ai pas du tout le côté morbide du rock. Les gens qui ne me captent pas me prennent pour une séductrice mais, contrairement à certaines actrices, ce n’est pas une motivation pour moi. C’est à mon corps défendant. Mon plaisir, que j’ai mis du temps à découvrir, c’est de chanter. Et l’incroyable effet physique que la scène provoque sur moi. C’est comme un massage géant. Sur scène, je ressens la musique dans mes mollets, mes genoux, mes poignets, dans tout mon corps.
Alone In Barcelone Mon morceau préféré. En le chantant, je visualise une femme, mi-pute mi-madone, qui vient d’être quittée par son amant. C’est un titre cinématographique sur lequel je vais tourner un clip. On l’a enregistré à Tel-Aviv où Keren Ann avait réuni de jeunes musiciens israéliens très doués. J’ai adoré l’ambiance de cette ville.
Petite pédale J’ai eu une discussion avec Keren Ann sur ce titre. Au départ, il s’appelait Vieille pédale. Je ne pouvais pas chanter ça, en aucun cas je ne voulais blesser mes amis pédés. Keren Ann a gardé une prise témoin, l’a fait écouter à mon entourage et tout le monde l’a adorée. Sur ce coup, Keren Ann, une fille aussi intelligente qu’autoritaire, a eu raison de me forcer la main. J’aime l’humour des pédés, leur rapport à la sexualité tellement plus simple que celle des hétéros. Je n’ai jamais été très « fille » alors que ma propre fille se maquille beaucoup et passe du temps devant la glace. Je pourrais me pendre après une séance de shopping. Si je pouvais aller en jeans au festival de Cannes, je le ferais. Quand je suis obligée de porter une robe, je me prépare à l’idée des jours à l’avance. En fait, je suis un garçon ; c’est ce que me dit Roman. Yasmina Reza, avec qui je viens de tourner Chicas, m’appelle « le petit pédé ».
Jamais d’autres que toi Cela parle de la virginité et de cette tristesse passagère qui vous traverse l’esprit quand vous savez que personne que vous aimez a touché d’autres peaux avant la vôtre. Il ne s’agit pas de la jalousie. J’ai vu beaucoup de femmes tourner autour de Roman ; elles me font rire. Jamais il ne m’a donné de raison d’être jalouse, ne m’a trahie ou menti. Je l’ai connu quand j’avais 19 ans, j’ai passé plus de temps avec lui que sans lui. C’est l’homme de ma vie. Avant Noël, je lui ai envoyé mon disque, il l’a fait écouter à tous les gens qui sont venus lui rendre visite au chalet.
Qui êtes-vous ? L’histoire d’une fille qui a fait la fête, qui ramène un type dans son lit, qui se réveille en se disant : « C’est quoi ce truc à côté de moi ? » Dans cette situation, on dit d’un homme que c’est un play-boy alors qu’une femme passera pour une pute. J’admets qu’on puisse avoir envie de quelqu’un une nuit et de vouloir le matin qu’il se transforme en pizza. C’est ma chanson anti-macho.
Emmanuelle Keren Ann me l’a chantée la première fois au téléphone, m’expliquant qu’elle adorait mon prénom. Sa connotation sensuelle ne m’a jamais gênée. J’aime que ce prénom puisse aussi être porté par un homme. Je me sens garçon. Quand je fantasme sur des chanteurs, je pense à Kurt Cobain, Lou Reed ou Mick Jagger, jamais à des filles. Les femmes, quand elles sont trop soumises ou qu’elles jouent de leur fragilité, m’insupportent. Emmanuelle, c’est aussi un prénom typique des années 70, période tellement plus libre qu’aujourd’hui, où l’on avait le choix entre répression et frustration.
Le jour parfait C’est une berceuse qui parle d’une Cendrillon déchue, d’une petite fille sans robe ni couronne. Avant de commencer l’enregistrement du disque, j’ai beaucoup parlé à Keren Ann de Nancy Sinatra, une référence pour moi car elle sait être légère sans niaiserie. Bang Bang, par exemple, me touche par son côté à la fois enfantin et tragique. Quand nous étions enfants, avec Mathilde, aucun de nos oncles ou tantes ne voulaient nous garder. Nous étions deux sales gosses, on explosait nos poupées contre les murs. Comme elle avait du culot et qu’elle était plus jeune que moi, je la manipulais, je l’envoyais au charbon. Plus tard, à 19 ans, lorsque j’ai tourné Frantic, je me suis retrouvée à Hollywood avec une limousine géante à ma disposition. Je sentais que c’était un peu trop pour mon âge. J’ai pris tout ça à la légère. À l’époque, ça ne se faisait pas qu’une Française tourne aux états-Unis. À la sortie du film, j’en ai pris plein la tête. J’étais « trop jeune », « trop Française », « trop sexy », « pas assez actrice ». Comme si un troupeau de hyènes s’était lâché sur moi. ça m’a blindée pour toujours. Ces gens-là ont fait de moi une combattante.
Commentaires
Petite ambiguïté dans le dernier paragraphe, qui pourrait faire croire qu'Emmanuelle a tourné FRANTIC aux États-Unis : ce film a été fait entièrement à Paris, puisque a) Roman Polanski ne pouvait revenir aux US et que b) toute l'action se déroulait chez nous.
J'espère que cette tournée te permettra de t'acheter un nouveau tee-shirt Emmanuelle car d'après la photo tu fais vraiment durer les vieux vêtements ! Meilleurs voeux à toi et à Roman
Pourvu qu'elle continue à chanter (je n'écoute pas les radios susceptibles de débiter un de ses titres)... et surtout qu'elle ne reprenne pas le cinéma !
C'est fou que la France, qui a tant de grandes ACTRICES, se complait à fournir des midinettes à la Sophie MARCEAU, sans rien dans la tronche...
J'aime ses films. Il a enduré beaucoup, la mort de sa femme. Le pianiste est un chef d'oeuvre, merci pour cette leçon d'histoire. Réactif, créactif, j'aime par ce qui nous a apporté. C'est pour moi un artiste et je pense qu'à l'époque nous n'agieirons comme aujourd'hui. Pourquoi vouloir lui faire endurer quelque chose dont o,n sait que la plaignante s'est totalement retiréé de l'affaire.
Il y a beaucoçup de choses dont je maîtrise rien.
J'espère que Roman Polanski, va bien s'en sortir c'est tout ce que je lui souhater, ainsi que que pour sa nouvelle famille
C'est vrai qu'il sera resté fidèle toute sa vie à ses gouts d'antan: des femmes belles et jeunes, bcp plus jeunes que lui. C'est bien.
Belle, spirituelle, costaud, épatante, bravo Madame.
Petit mec minable et pauvre accepterait bien pour cause d'âge et de longue captivité de son mari, d'épouser Emmanuelle Seigner à sa place.
Comment ça j'ai aucune chance?
Ah ben alors vous, d'accord les perspectives d'ouverture!
les photos sont magnifiques; on comprend qui est cette femme et ce qu'elle vit
pauvre emmanuel et pauvre roman....Cloitré dans un chalet en suisse, ça doit pas etre évident....
http://remonteesacides.zic.fr/premiere-giclee-a967060
juste un mot pour elle : belle et formidable