Lorsque l’on passe du temps à Brasília, il est bon d’en sortir le plus régulièrement possible…
Mon dernier voyage salvateur se déroule donc en compagnie de deux amies, dans la région du Jalapão. Vous n’avez aucune idée d’où cela se situe : c’est normal. Les Brésiliens eux-mêmes comprennent Japão quand je leur évoque la destination de mes quelques jours de vacances. Le Jalapão se situe près de Palmas, dans l’Etat du Tocantins. Ca ne vous dit toujours rien ok. En haut de Brasília sur une carte, quoi.
Le petit rectangle c’est Brasilia. Le petit rond dans le rose c’est Palmas.
Prises dans d’autres considérations sûrement existentielles, nous commençons à chercher des plans pour visiter le Jalapão deux jours avant le départ. On pensait qu’il serait facile de faire du stop sur une piste en terre par 40 degrés, sûrement. Cela fait beaucoup rire les autres membres du tour, que nous réussissons à réserver in-extremis une fois sur place. Nos compagnons de voyage avaient acheté leur place il y a déjà trois mois. Heureusement, rien n’est impossible au Brésil lorsque l’on a compris le fonctionnement du jeitinho brasileiro (Saint-Patron des causes désespérées).
Notre premier point de chute est donc Palmas, capitale du Tocantins. Son blason annonce la couleur : vous y trouverez une ville de 22 ans, des palmiers et beaucoup de lignes droites.
Construite sur le modèle de Brasilia, mais sans l’âme étrange que la capitale du Brésil arrive à dégager, Palmas m’a inspiré une dépression passagère que je pourrais symboliser par cette carte :
Ce n’est pas une matrice de jeux d’échecs. C’est bien le plan de la ville.
Nous nous rendions heureusement dans un endroit autrement plus attrayant, comme l’indiquent les trois points d’exclamation et la faute d’orthographe ci-dessous !!!
En effet, « Le Jalapão c’est brutt !!! ». Fernando, le guide touristique, m’explique le doublement du t de « bruto » sur les stickers de l’agence de voyage : « C’est parce que le Jalapão est VRAIMENT sauvage ». Après tout, ce n’est pas pour rien que la destination a été choisie comme terrain de jeu par la télé réalité américaine Survivors. « L’Etat du Tocantins, l’une des régions les plus désolées et les plus impitoyables du Brésil ». C’est pas moi qui le dit. Notre réalité n’est pas si brutte, mais quelques détails me rappellent tout de même qu’on est bien dans le tourisme aventure. Le fait de se lever tous les jours avant 6h30 du matin en vacances, par exemple. On encore la jambe de l’une de mes compagnes de voyage :
Visiter le Jalapão et oublier son spray anti-moustiques pendant deux heures.
Comment décrire le Jalapão ? A première vue, ça ressemble à une savane africaine, mais sans les éléphants. Outre le fait que je ne sois jamais allée en Afrique, les clichés ne marchent en réalité pas vraiment pour décrire cette région du Cerrado, qui abrite un certain nombre de phénomènes apparemment uniques. Une fertilité de la terre à l’extrême, par exemple : les arbres repoussent après les incendies. En haut des troncs cramés poussent donc de petites feuilles bien vertes. Il y a aussi des fervedouros, mini lacs paradisiaques dont l’eau jaillit des profondeurs. Impossible d’en toucher le fond, la pression vous fait flotter automatiquement. (C’est très déstabilisant). L’artisanat local est fait de capim dourado, des tiges d’une plante naturellement dorée qu’on se demande quand même s’ils n’ont pas rajouté un petit coup de laque à la fin. (J’ai posé la question. La réponse est non). Je n’ai pas vu d’éléphants mais un sacré paquet de coruja-buraqueira, « chouette-troueuse » littéralement. La coruja-buraqueira se prend pour un lapin, et dort donc dans des trous creusés à même le sol. Cet animal, qui devrait être classé dans la liste des animaux les plus mignons du monde, manquera de s’écraser lamentablement sur notre pare-brise à chaque passage de jeep.
Après 1000 km en jeep sur de la piste en terre est né en moi un amour inconditionnel pour la chouette des terriers, mais aussi pour l’asphalte.
En bref, allez-y. Maintenant. Parce qu’une invasion de touristes est prévue pour la Coupe du Monde : de 7000 par an actuellement, on passerait au même nombre pour le seul mois de Juillet 2014. Entre ça et le soja qui envahira peut-être un jour la région , je vous conseille donc de visiter le plus vite possible ce lieu relativement incroyable, avant que ça devienne aussi bétonné qu’une ville fonctionnaliste des années 60 (ou 1990).
Non, je n’ai pas d’action chez eux mais ils sont adorables. Si vous souhaitez visiter le Tocantins et que vous ne maitriser pas encore les tenants et les aboutissants du jeitinho, adressez-vous quelques semaines à l’avance à NorteTur : http://www.nortetur.com.br/
"Feliz igual pinto no lixo", "être heureux comme un poussin dans les ordures!"
Un peu l'équivalent de notre "comme un poisson dans l'eau"...
C'est le nom qu'a choisi pour son blog notre jeune correspondante,
anonyme expatriée à Brasilia. Voici ces précédents articles.
http://voyages.liberation.fr/voyager-autrement/le-depart-du-poussin-heureux
http://voyages.liberation.fr/voyager-autrement/brasilia-decalee-decalquee-irreelle
http://voyages.liberation.fr/voyager-autrement/j-ai-pas-de-voiture