Seuls l’océan et le ciel semblent pouvoir imposer des limites à la métropole californienne, Eden de carton-pâte enivré de soleil, berceau de tout un pan de la culture populaire.
Los Angeles: cité de la démesure et des frontières sans cesse repoussées ; cité tache d’huile, dépourvue de « cœur » urbain ; cité de stuc et d’azurs mordorés qui s’épanouit à l’horizontale. A l’échelle du pays, la métropole californienne fait concurrence à son aînée de la côte est, New York, la frénétique, la verticale.
Au nord d’Hollywood, quartier glorifiant les stars du show business, l’observatoire astronomique ouvre les yeux sur un tout autre genre d’étoiles, celles qui fourmillent la nuit dans le ciel de Californie. C’est là que fut tournée la scène de rixe au couteau de La Fureur de vivre (1955) ; en témoigne le buste en bronze érigé à la mémoire de James Dean, qu’une mort accidentelle la même année fit entrer précocement au panthéon des légendes hollywoodiennes.
Forteresse insolite d’une ville qui conjugue son histoire au passé immédiat, le Griffith Observatory trône au sommet du plus grand parc urbain du monde. Car il faut bien se rendre à l’évidence : à Los Angeles, tout est plus vaste, tout est plus grand qu’ailleurs. Les parkings insolemment nombreux sont immenses, les boulevards gigantesques. Un piéton téméraire peut marcher des heures sans croiser personne, sinon quelque jogger ou promeneur de chiens.
Surfeurs de béton
L’étendue de L.A. est une invitation aux chevauchées fantastiques. Pas étonnant que la ville soit devenue un paradis pour riders. Même après avoir quitté les vagues du Pacifique, une fois la planche de surf remisée dans le van, Los Angeles garde des airs d’ample piste de glisse.
C’est à Venice, faubourg balnéaire saltimbanque et bariolé de l’ouest angelin, que le skateboard a gagné ses lettres de noblesse en 1976, lorsque des gamins désœuvrés se sont mis à surfer le béton des piscines à la faveur d’une grande sécheresse.
Le week-end, tout ce que la ville compte d’aficionados du roller, du cyclisme et du skate se retrouve sur le Boardwalk, qui épouse les douces courbes des plages de sable fin. Les skateurs squattent aussi Echo Park, un quartier central limitrophe de Downtown. Et la glisse a pénétré d’autres aires de la culture populaire, musique en tête. Le skate punk et la surf music doivent bien plus qu’un nom à leurs planches fétiches.
Bonnes vibrations
Los Angeles est une véritable carte du Tendre pour musiciens de tout poil, des bardes à guitares acoustiques aux seigneurs clinquants du Gangsta Rap. En deux générations, elle a vu naître une variété innombrable de nouvelles vagues musicales.
Les heures fastes de la scène angeline s’écrivent dès le début des années soixante. La surf music déferle sur les radios la première, bientôt suivie par l’euphorique sunshine pop, puis par le folk-rock et le songwriting haut perché des colons bohèmes de Laurel Canyon. Plus tard, redescendus de ces collines verdoyantes, le hard-rock et le punk prendront le relais. Aujourd’hui, le renouveau sonore se croise plutôt à l’est, du côté de Silver Lake, bastion de la culture branchée.
Réplique logique de ce foisonnement de bonnes ondes, un temple du commerce musical occupe depuis dix ans la totalité d’un pâté de maison à l’angle de Ivar Avenue et de Sunset Boulevard : Amoeba Music, le plus grand magasin de disques indépendant au monde !
Si l’on poursuit la course du Boulevard du Crépuscule jusqu’aux limites de West Hollywood, on arrive sur le Sunset Strip. Avant de devenir un étendard publicitaire géant, il était le repaire des noctambules mélomanes grâce à des clubs mythiques comme le Whisky-a-Go-Go. Autre monument, la maison de disques Capitol Records impose son allure de colossale pile de 45 tours à quelques pas d’Hollywood Boulevard.
Autoroutes pour la gloire…
L’artère mondialement connue pour son Walk of Fame garde la nostalgie de l’âge d’or des années 1930. Et, du Grauman’s Chinese Theater aux studios de la Paramount, tout à L.A. rappelle le règne du cinéma, qui fait aujourd’hui jeu égal avec la télévision. Il n’est d’ailleurs pas rare de tomber sur un tournage en plein cœur de la ville.
Mais à Los Angeles, la première des toiles, c’est l’épiderme humain. Sur le boulevard autrefois consacré au septième art, les tattoo shops sont désormais légion. Œuvres pop encrées sur des peaux constamment hâlées, les tatouages des Angelenos participent d’une culture où le corps requiert une attention de chaque instant. A tel point qu’il existe, en bord de plage, des échoppes où se faire botoxer ou blanchir les dents. L.A. doit sa réputation de ville superficielle aux intégristes du corps parfait et de la jeunesse éternelle.
… Boulevard des rêves brisés
Aveuglé par l’ensoleillement permanent, on en oublierait presque la part d’ombre de Los Angeles. Âmes damnées d’un capitalisme vénérant la mobilité sociale, les SDF sont les perpétuels piétons de ce grand circuit à ciel ouvert. Hantée par des promesses d’avenir meilleur qu’elle ne sait pas toujours tenir, l’usine à rêves charrie son lot de fantômes et d’anges déchus.
Pour preuve, ce mythe fondateur. En 1932, une jeune actrice débarque des planches de Broadway, où la Dépression fait rage. Engagée par un grand studio dans un film que la critique éreinte, Peg Entwistle se voit coupée au montage. Privée d’emploi depuis des mois, elle va quitter la scène dans un geste tragique. Une nuit, elle escalade le H de la célèbre enseigne des collines d’Hollywood, saute et s’abîme dans le néant. Ironie du sort, elle recevra le lendemain une offre pour le rôle-titre d’une pièce, celui d’une fille se donnant la mort.
James Ellroy, Bret Easton Ellis, Michael Connelly… Il n’est pas innocent que la troisième ville littéraire du pays ait vu éclore tant d’auteurs de romans noirs et de dystopies. Car, derrière ses décors de carton-pâte et ses mirages rutilants, Los Angeles fabrique aussi quelques cauchemars, versants crépusculaires du rêve américain.
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