Terres difficiles d'accès, préjugés, biais de la presse internationale, sociétés assez obscures et conflits. Certaines raisons font des pays de la péninsule arabique des pays mystérieux. J'ai eu la chance de me rendre au Royaume d'Arabie Saoudite avec un visa de "visite familiale".
D'autres moyens existent pour entrer dans ces terres protégées comme le pèlerinage à la Mecque ou le travail, mais le touriste n'existe pas. Enfin… Ceux qui s'y trouvent ont tout de même quelques possibilités: Madain' Saleh (photo) -la jumelle de Petra- dans l'ouest du pays, plongée en mer Rouge parmi d'autres activités relativement réduites.
Chaque individu y est pré-contraint
Être en Arabie Saoudite sous-entend se plier intégralement à la société sunnite-wahhabite: modération, discrétion, une chasteté qui se retrouve sous toutes ses formes. La tenue vestimentaire couvre une grande partie du corps, laissant ou pas le visage à l'air libre. Rares sont les regroupements dans les espaces publics: ils se limitent à des familles avec séparation des groupes masculins et féminins sauf pour les jeunes enfants. Il est difficile d'aborder les gens, il y a de la retenue. Prendre des photos en public est franchement mal vu; surtout si la police religieuse est dans le coin. Le joug de l'extrémisme, non-djihadiste, se pose sur les épaules de toutes et de tous. Chaque individu qui baigne dans cette société est comme pré-contraint.
Contradictions. Frustrations ?
On peut s'attendre donc à une frustration. Comment l'évacuer? Les gens se vengent sur leurs grosses cylindrées ronflant à des vitesses affolantes sur les routes du pays tout en respectant un code de la route anarchique. Sinon, le consumérisme à outrance dans des centres commerciaux brillants où l'Imam du coin ne manquera pas de vous appeler d'une intonation mélodieuse pour l'une des cinq prières de la journée. Si votre budget est moins grand, un footing dans les galeries vertigineusement longues, ou un jeu de carte discret dans la zone familiale d'un parc vous apaisera un peu. Dans le meilleur des cas, vous pouvez aller à Bahrein en passant à travers les nombreux postes de filtrage, afin de trinquer avec autre chose que du champagne saoudien (proche du Champomy), aller au cinéma, voir d'autres courses que celles de chameaux, et peut-être même passer la soirée avec une escort girl. Beaucoup de contradictions, non? Sur cette lancée, on peut aussi parler des voies souterraines qui apportent de l'alcool, du cinéma piraté, des films pornographiques, ou d'un accès à de la culture "décadente" sur Internet, l'architecture austère à côté de tours façon Dubaï.
Les quelques occasions que l'on a de parler avec des Saoudiens, sont merveilleuses. Ce sont des gens très accueillants, curieux, et adorables. Ils vous feront comprendre que l'abaya est un objet de mode, qui, sobrement, se voit ajouter des broderies, quelques pierres semi-précieuses. La niqab vient cacher et protéger, la femme, ce fruit de Dieu, vecteur de la Vie, dans un souci de chasteté, et de féminité. Il en va de même pour l'homme qui porte le ghutra avec son aqal et la grande tunique blanche thowb. Un habit qui relève plus de la tradition que de la religion quand on se penche sur les influences, les courants de l'Islam, des différentes ethnies, mais aussi les conditions climatiques rudes. Au bout de deux semaines, on est parfaitement habituer à ces moeurs, on s'y plie facilement, même si on peut être contre. Ces regards déguisés, délicatement maquillés, peuvent faire rêver. Le goût du secret, de l'interdit, du mystérieux s'éveille. Le plus embêtant dans tout ça, ce ne sont pas les moeurs, les coutumes qui façonnent cette société, mais surtout les contradictions qui s'accumulent.
Les Saoudiens s'arrêtent à la herse
Dans ce contexte là, j'ai été parachuté dans la ville de Al-Jubail, à mi-chemin entre Bahreïn et Koweït. La ville longe la mer retranchée derrière le détroit d'Ormuz, en face : l'Iran. L'île et base militaire de Abu Ali non loin de la côte est au garde-à-vous. De nombreuses torches de plusieurs dizaines de mètres laissent danser des flammes irrégulières. Un vrai sapin de Noël. Pourtant, le rythme marque aussi la respiration du marché pétrolier. Au réveil, un ciel laiteux, jaunâtre vous accueille et le soleil vous éblouit. Je suis retranché dans une cité fermée construite par des Saoudiens, et habités par des Occidentaux venus remplir leurs fonctions de cadres supérieurs, ingénieurs ou techniciens. On se croirait dans un Club Med où une mini-société tente de reproduire ses schémas importés. La société saoudienne s'arrête à la herse, au mur de béton armé, et au mirador tenu par l'armée saoudienne.
Le visage saoudien n'est que face cachée
Drôle de vacances non? À Paris, et ailleurs dans le monde, on développe un tourisme plus "authentique" où l'on va à la rencontre de l'habitant, en dehors des sentiers battus, qui ne figurent par sur les cartes postales. Le visage saoudien, n'est que face cachée. Mon tourisme saoudien, n'est que tourisme authentique, à la limite de l'interdit, de ce que l'on déguise derrière un carré de tissu. Voyant la mini société "occidentale" dans ces cités fortifiées où le Saoudien n'existe pas, je ne demandais qu'à sortir. Je voulais découvrir cette société mystérieuse, presque fantôme. Une visite de la vieille ville s'imposait. D'un côté, le port commercial avec ces conteneurs venus du monde entier se dresse, une fourmilière de main d'oeuvre asiatique non qualifiée se dépêche de monter dans les bus d'écoles américains d'énième main afin d'être acheminée vers une entreprise. De l'autre côté, cette main d'œuvre a quelques heures de repos: c'est le moment d'envoyer de l'argent au foyer abandonné en Asie via la Western Union.
Armé d'un appareil photo, d'une caméra embarquée dans la poche de la chemise, j'ai pu garder une trace de mon passage sur cette terre mystérieuse. Bref. J'ai fait un safra* photo hors du commun.
• voyage en arabe.

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Commentaires
annaprus
17H16 13 MARS 2013
En Arabie saoudite, il ya beaucoup d'endroits où les Européens ne voient jamais (sauf si c'est un musulman), par exemple, La Mecque http://www.photo-travels.org/fr/foto/172/