15000 kilomètres et quatorze pays à traverser en pédalant… Séverine et Pascal Lecointe ainsi que leurs deux enfants (trois ans et 16 mois) sont partis il y a une semaine pour un voyage de près d'un an. "Libération" les avait rencontrés avant leur départ.
Ils se sont rencontrés dans un mariage, réunis sur le plan de table au prétexte qu’ils étaient célibataires tous les deux et portés sur les voyages. Bingo ! Ils ne se sont plus quittés. Séverine, 36 ans, grande voyageuse en solitaire, avait déjà traversé le Niger avec une caravane de sel touareg, pédalé seule au Mexique pendant trois mois, arpenté l’Amérique du Sud en long en large et en travers. Toujours en prenant son temps: au minimum trois mois d’évasion. Pascal, 43 ans, aime que ça bouge. Il avait descendu le Colorado en rafting et chevauché avec les indiens Navaro dans Monument valley, entre autres.
Leur premier voyage en couple, ça a donc été la Birmanie... à vélo. Six semaines à pédaler: «Ca nous a permi de passer partout, racontent-ils. Même dans les coins les plus fermés». C’était en 2002, l’année de leur mariage. De retour à Strasbourg, ils n’avaient qu’une envie: repartir. Pédaler encore. Et toujours en Asie. Petit à petit, la route de la soie s’est imposée comme la destination la plus tentante: 15 000 kilomètres à parcourir, quatorze pays à traverser. Un défi qu’ils estiment à leur mesure. Les bases, en tout cas, sont jetées, même si l’itinéraire évoluera forcément en cours de route. Pour l’instant, ça donne: Chine, Kirghistan, Ouzbékistan, Turkmenistan, Iran, Turquie, Bulgarie, Roumanie, Serbie, Hongrie, Slovaquie, autriche, allemagne et Strasbourg.
Préparatifs
Ils ont peaufiné les préparatifs pendant... cinq ans. Le temps d’économiser 30000 euros et de faire deux enfants. Liman a aujourd’hui trois ans et Luna, seize mois. Ils n’ont jamais envisagé de les laisser à Strasbourg: «notre projet, c’est en famille qu’on veut le vivre». Ils n’en démordent pas, malgré les blagues de leurs potes: - «Toujours pas la Dass sur le dos?». Non, toujours pas. Et d’ailleurs, «enfants ou pas enfants, ça change juste l’organisation», tranche Séverine.
Côté organisation donc, tout a été étudié, pesé, mesuré à la décimale près. «Notre pire ennemi, ce sera le vent», prophétise Séverine. Les enfants occuperont ensemble une carriole. L’eau- deux bonbonnes, 20 litres quotidiens pour toute la famille- sera stockée dans une seconde carriole. Tout l’équipement (tente, réchaud tout combustibles, vaisselle, vêtements, médicaments, vivres, etc.), doit tenir dans six sacoches.
Tout comme l’ordinateur, le cadran solaire pour recharger les batteries, le filtre à eau, et d’autres choses indispensables. En tout, Séverine et Pascal tireront chacun entre 50 à 60 kilos. Ils ont prévu d’avaler 350 kilomètres en moyenne par semaine. Pédaler cinq jours et se reposer 48 heures «pour ne pas trop tirer sur le physique». C’est la leçon qu’ils ont retenue de la traversée de la Birmanie.
Ils n’ont pas mégoté sur l’entraînement. Depuis neuf mois, ils font de l’intensif. Quatre entraînements par semaine, vélos chargés. Et musculation en salle avec un coatch dévoué. Ca, c’est pour la forme.
Ils se sont également répartis les rôles: Pascal a la responsabilité des vélos. Un professionnel l’a pris en stage dans son magasin de cycles. Il sait maintenant intégralement mettre en pièces les vélos et les remonter.
Séverine est préposée à l’informatique. Elle a rentré dans l’ordinateur quantité de plans de villes, et tracé des routes avec Google Earth. Le Petit futé leur a offert des guides, qu’elle scanne. Elle a également saisi tous les numéros de téléphone des ambassades françaises dans les pays traversés. Il reste encore des tas de cables à marquer, pour éviter d’emmeler les fils le moment venu.
Ensemble, ils réfléchissent au voyage «tout le temps». Les vaccins sont faits, les passeports prêts. Le départ, c’est quasiment «demain». Ils décolleront le 16 février de Francfort pour atterrir à Pékin. Aller simple, donc. Que reste-il à faire? «Dire au revoir aux amis».
Vie quotidienne
Dans la vie de tous les jours, ils travaillent ensemble dans le restaurant du père de Séverine, à Strasbourg. «Beaucoup de voyageurs travaillent dans le restauration, note le jeune-femme. C’est un métier qui permetde trouver un emploi partout dans le monde. Et quand on est Français, c’est un excellent passeport».
Ils n’envisagent pas d’avoir à travailler en route. Mais plutôt de s’offrir une nuit d’hôtel par semaine, pour un vrai repos. Ils savent aussi qu’ils mangeront beaucoup de pâtes et de riz, ce qui demande des réserves d’eau importante, pour la cuisson.
A Strasbourg, sortir dans un grand restaurant reste leur plaisir de gourmets. Le seul qu’ils n’ont pas sacrifié en vue du voyage. Ils vivent dans un grand appartement qu’ils ont «façonné» exactement comme ils le rêvaient. Pourquoi vouloir en partir, alors ? «Pour le plaisir de revenir», assure Séverine. «J’aime ma vie, ma ville, mes amis. Mais voyager est aussi un besoin. Aller au contact des autres rend intelligent. On comprend mieux la complexité des choses. On s’ouvre l’esprit».
Leur fils, Liman, trois ans, est en première année de maternelle et sa maîtresse informera régulièrement les enfants de la classe des étapes du grand voyage: c’est entendu entre eux. Liman se montre très curieux de tout lorsqu’il est installé sur le siège enfant dont Pascal a équipé son vélo. Il veut «voir des animaux chinois». Lui et sa soeur vont beaucoup grandir en chemin. «On les habillera comme les enfants des pays traversés».
Pascal et Séverine ont des idôles dans la vie. Pas des chanteurs ou des acteurs connus, non. Eux, c’est la famille Hervé. Les Hervé, un couple de Français, avaient quitté Lyon pour rejoindre le Cap Nord à vélo. Ils étaient partis pour quelques mois, ils ont voyagé quatorze ans. Une petite fille est née en route. Séverine avait 17 ans quand elle suivait le périple des Hervé à la télé et dans les magazines. L’adolescente était fascinée: «Un jour, je ferai ça moi aussi». Son tour est arrivé.
Le site de Séverine et Pascal Lecointe