En 1997, une jeune femme décide de rejoindre Paris depuis New Delhi au guidon d’une Royal Enfield. Quinze ans plus tard, Karine Malgrand publie son premier livre et raconte son épopée.
A 23 ans, Karine Malgrand décide de partir en Inde et se lance le défi de rentrer de New Delhi à Paris à moto en passant par le Pakistan, l’Iran et la Turquie. Elle étudie l’Hindi et les langues orientales à Paris, s’intéresse à la philosophie bouddhiste et n’a qu’une idée en tête: savoir à quel moment on bascule de l’occident vers l’orient. Elle décroche une bourse et promet de “dévoiler les femmes voilées” à travers l’objectif de son appareil photo. Quinze ans plus tard, elle raconte son épopée et livre un message d’ouverture et de tolérance. Rencontre avec “une humaniste”.
Libération. - Bientôt quinze ans que vous avez effectué ce voyage. Pourquoi avoir attendu toutes ces années pour raconter votre expérience?
Karine MALGRAND. - Quand je suis revenue après deux mois de voyage, mon entourage n’a pas arrêté de me dire :“écris des articles, contacte la presse, écris un livre”. Mais moi je ne me sentais pas vraiment fière de ce que j’avais fait. Tout le monde me considérait comme une aventurière alors que ce n’était pas un exploit. Quand on y réfléchit, il me serait arrivé n’importe quoi, j’aurais été rapatriée. C’est plutôt grâce aux gens que j’ai rencontrés que j’ai pu arriver à destination. J’avais besoin de me sentir utile, j’ai préféré travailler dans le développement auprès d’ONG internationales.
Et maintenant?
Aujourd’hui, j’ai envie de témoigner, de prendre la parole, de faire tomber les clichés sur ces pays comme l’Iran ou le Pakistan. Je me souviens du débat pendant l’entre-deux-tours. Devant 17 millions de téléspectateurs, Nicolas Sarkozy a dit que les Talibans coupaient les mains des petites filles qui mettaient du vernis à ongles. Or, il y a eu un seul cas de ce genre. C’est de la propagande. A mon tour de faire la mienne et de montrer que j’ai rencontré des personnes formidables sur ma route.
Pourquoi avoir entrepris un tel voyage?
Je me demandais : “Pourquoi à 10 000 kilomètres d’ici, les gens sont si semblables et si différents à la fois?” En partant de New Delhi, je souhaitais voir cette frontière imaginaire, ce moment où on bascule dans cette société de consommation, ce tourisme de masse, cette perte des valeurs spirituelles.
Justement, avez-vous trouvé cette limite?
Elle est dans mon livre. Rires. Plus sérieusement, c’est une frontière qui évolue. Elle peut avancer, reculer. Tout dépend de l’arrivée du tourisme. Personnellement, je l’ai vu en Turquie. Du jour au lendemain, je me suis retrouvée au milieu de bus de touristes, de guides qui parlent plusieurs langues, des étales qui regorgent de jeans, de tee-shirt. J’arrivais de l’Iran et d'un coup, je tombais dans la Turquie commerciale. Finalement, cette frontière que j’ai vue il y a 15 ans n’est sûrement plus la même aujourd’hui. Elle reste impalpable, intangible, éphémère.
Vous êtes partie de New Delhi, avez traversé le Pakistan, l’Iran, la Turquie avant de rejoindre l’Europe. Quelles difficultés avez-vous rencontré durant votre périple?
Je dirais que c’était une suite d’obstacles et de rebondissements. Bien sûr il y a eu des petits moments d’angoisse mais au bout du compte, il y avait toujours une solution, une rencontre. Je me rappelle d’une fois où la roue arrière de ma moto était coincée. Au loin, j’ai vu trois barbus descendre de la dune, armés d’une kalachnikov. Pendant quelques secondes, j’ai pensé à mes amis parisiens qui m’avaient dit “tu vas te faire violer, tu vas te faire enlever”. Leur regard était dur. Je leur ai souri. Ils m’ont aidé. J’ai senti une véritable solidarité dans ces pays, plus qu’en Europe.
Votre objectif était de dévoiler ces femmes voilées. Qu’avez-vous appris sur ces femmes?
Elles m’ont fait beaucoup réfléchir. Sont-elles moins libres que moi? Est-ce parce qu’on porte un voile, qu’on est moins libres? Je ne pense pas.
Que diriez vous aux jeunes aujourd’hui qui hésitent à partir?
Emmenez-moi avec vous! Rires. Je leur dirais, plus on possède, plus on est vulnérable. Il faut aller à l’essentiel, aller à la rencontre des autres, s’enrichir des autres. Garder son côté insouciant et lâcher ses peurs.
Des projets?
Je pourrais repartir à l’étranger mais j’ai l’impression que c’est notre société qui a besoin d’aide. Où est-ce que je vais jeter mon dévolu? Je ne sais pas encore, ça dépendra des rencontres. Sourire.
EN PLUS:
Vous pouvez commander son livre "Epopée Royal Enfield" aux éditions Les sens de l'aventure ici.
LIRE AUSSI:
> L'Inde au guidon d'une Royal Enfield
> De l'hospitalité des Iraniens
> Voyage au pays des Baloutches....

Présidé par Yann Arthus-Bertrand.
4000 euros de prix. En partenariat avec le Mouv'.
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Commentaires
Pistouille
10H19 21 JUIN 2012
"Elles m’ont fait beaucoup réfléchir. Sont-elles moins libres que moi? Est-ce parce qu’on porte un voile, qu’on est moins libres? Je ne pense pas."
Ah ben faut voir madame. Est-ce qu'elle peuvent prendre seules l'avion pour aller à l'autre bout du monde et faire le trajet en sens inverse à moto?
Visiteur
07H39 21 JUIN 2012
PHILO-HINAN a raison de défendre Nicolas Sarkozy, mieux vaut tard que jamais et son retour n'en sera que plus légitime, de plus avez vous pensé qu'une fois, une petite fille les mains coupées, les autres réfléchissent à deux fois avant de se vernir les ongles ??? Et on comprend mieux que ce ne soit arrivé qu'une fois, mais peut-être ne connaissons nous pas les autres......
Enfield
22H08 20 JUIN 2012
Superbe voyage, le fait d'être une femme seule qui plus est en moto est encore plus impressionnant mais le plus dur est de l'avoir fait avec une Ryal Enfield qui est à la moto ce qu'est un defender au 4x4 : ils tombent en marche :D
philo-inhan
16H05 20 JUIN 2012
À propos de Sarkozy et des Talibans, je crois que vous avez pris un fort mauvais exemple pour parler de cliché.
Avez-vous réfléchi qu'en Afghanistan, sous la pression des Talibans, les écoles de filles ferment dans l'indifférence générale ?
Avez-vous une idée du nombre de femmes qui se font cramer à l'essence, souvent très jeunes, parce qu'on les a forcées à se marier à un vieux barbon ?
Avez-vous visité, toujours en Afghanistan, ces foyers gardés par le Ministère de la Femme (c'est son nom) où des gamines viennent se réfugier après s'être faite violées, car leur propre famille veut les supprimer pour laver le déshonneur ?
Avez-vous sérieusement étudié quel est la conception du rôle et de la place des femmes dans la société, selon les Talibans ?
Le voile ? Oui, certaines jeunes Afghanes le portent "volontairement", pour éviter de se faire repérer à la sortie de l'école par un vieillard qui pourrait ainsi les demander en mariage à leurs parents, ces derniers risquant de ne pas pouvoir refuser (et pour la suite, voir plus haut). Vous appelez cela la liberté ?
Alors, oui, Sarkozy (que je ne porte pas dans mon coeur) a pris un exemple limite, mais vous, vous me semblez prendre une posture esthétisante qui ne vous coûte pas cher, mais ne témoigne pas de la condition abominable faite là-bas aux femmes.
Visiteur
15H24 20 JUIN 2012
Un prisonnier est libre aussi dans sa tête si vous raisonnez comme cela : On peut-être libre par la pensée.....
Maintenant la voile est imposé par la pression sociale, les jeunes filles peuvent difficilement s'en passer dans ces pays.
En occident les femmes sont libres : Elles sont libres de leurs habits (en évitant évidemment les excès genre topless ou burka dans les rues), elles sont aussi libres dans leur têtes. En orient elles sont sont pour la plupart juste libres dans leur tête........
celegorm
09H19 20 JUIN 2012
"Votre objectif était de dévoiler ces femmes voilées. Qu’avez-vous appris sur ces femmes?
Elles m’ont fait beaucoup réfléchir. Sont-elles moins libres que moi? Est-ce parce qu’on porte un voile, qu’on est moins libres? Je ne pense pas."
Sont-elles libres d'enlever ce voile ?
vous oui.
le problème du voile, c'est qu'il chosifie les femmes aux regards des hommes et pérénise ce rapport. Il est la traduction d'un type de relation homme/femme qui apparait comme rétrograde pour nous.
Ces femmes voilées sont-elles ouvertes au monde, peuvent-elles avoir une autonomie de jugement comme vous ?
Je ne le crois pas.