En Roumanie, des circuits touristiques proposent de vivre chez des tziganes pendant quelques jours. Une initiative qui vient à rebrousse-poil d’un climat anti-Roms ambiant.
«Te bhaktalo!» Drôle de scène en ce samedi soir à Valenii, petite bourgade au cœur de la Transylvanie. Gaby Gabor, père de famille d’origine Rom, trinque avec deux Françaises et un Israélien, dans sa cuisine. Appareils photos au poing, les touristes immortalisent le moment en prenant un cliché du verre de tuica, alcool traditionnel roumain, qu’ils tiennent à la main.
A l’origine de cette rencontre atypique, «Tzigania» (www.tzigania.com). Créé en 2010, le programme propose des séjours d’immersion dans des communautés Roms. Les visiteurs partagent le quotidien d’une famille, se baladent avec eux dans leur village, partagent leurs repas et découvrent leurs savoir-faire. Ils peuvent même passer une ou plusieurs nuits chez eux. Au delà d’une simple démonstration du folklore gitan, l’idée est de s’immerger dans la vie de tous les jours de la famille.
Une plongée au cœur des traditions tziganes rendue possible grâce à Chuck Todaro. Fondateur de Tzigania, l’ancien journaliste américain s’est pris de passion pour la culture tzigane voilà sept ans. Avec sa moto, il a parcouru la Roumanie pendant plusieurs mois pour aller à la rencontre des différentes communautés Roms du pays. Aujourd’hui, il veut partager son expérience via Tzigania. «L’idée, c’est d’ouvrir les tziganes au monde extérieur, pour montrer leurs valeurs, leurs traditions et ce qu’ils peuvent apporter aux autres», explique l’Américain.
Une porte ouverte aux étrangers
Chez les Gabor, on est habitué à recevoir des «gadjos» («étrangers» en romani). Gaby Gabor, le chef de famille, est mécanicien la semaine et policier volontaire dans son village le week-end. Dévoiler l’intimité de sa famille à de parfaits inconnus ne fait pas peur à ce moustachu aux traits fins. Il est même fier de partager ses traditions. «Je suis très heureux de montrer au monde qu’il existe dans notre communauté des familles sérieuses qui font de leur mieux pour s’intégrer dans la société», lance-t-il. Dans sa cuisine colorée, sa femme, Guizi Gabor, prépare régulièrement des repas pour des touristes. Cette jolie brune au teint pâle, signe d’appartenance à une communauté aisée, s’amuse des questions de ses visiteurs. «Ils sont très curieux de voir par exemple que nous portons tout le temps nos costumes traditionnels, sourit-elle sous son foulard fleuri. Ils sont aussi curieux de comprendre comment nous éduquons nos enfants, même s’ils ne vont pas à l’école.»
«Mais tu es fou ! Qu’est ce que tu vas faire là-bas?»
Erez Simai passe le week-end chez les Gabor. Après avoir voyagé dans des petites communautés d’Amérique du Sud, cet Israëlien de 24 ans avait envie de renouveler ce genre d’expérience. « On vit avec eux. On assiste à leur quotidien : comment ils travaillent, mangent, dorment. » Sa conclusion est sans surprise : «ce sont des personnes comme vous et moi. Des personnes qui ont leur propre culture et traditions qu’ils s’attachent à faire perdurer. » L’expérience semble lui faire oublier les scepticismes de son entourage avant de venir. « Mon père m’a dit "Mais tu es fou ? Qu’est ce que tu vas faire là-bas ? ", raconte-t-il. Mes amis roumains m’ont tous conseillé de bien faire attention à mes affaires… »
Derrière ces éternels clichés, se cache aussi une réalité : les Roumains ne sont pas intéressés par ce projet. Chuck Todaro en est conscient. « Il n’y a rien d’exceptionnel pour eux, ils les côtoient tous les jours et leur opinion est déjà faite, déplore-t-il. Ce serait une perte de temps que d’essayer de les convaincre. » Et pour cause, d’après les statistiques officielles, le nombre de Roms s’élève à 550 000 personnes en Roumanie. Mais d’après la Commission Européenne {lien : ec.europa.eu} et le Centre européen pour les droits des Roms ( www.errc.org), ce chiffre se situerait plutôt entre 1,8 et 3 millions d’individus, soit la communauté Roms la plus importante du monde.
«Les touristes laissent sans problème leurs bagages dans nos maisons»
Sous l’appellation Roms, on trouve une multitude de groupes disparates. C’est pourquoi Tzigania propose aux touristes de créer leurs séjours «à la carte». Vanniers, musiciens, maçons ou forgerons, à chaque communauté sa spécialité, ses valeurs et ses traditions. Pour gérer l’ensemble de son réseau, Chuck Todaro passe par l’intermédiaire de médiateur dans chaque village, généralement des personnes respectées et éduquées. Exemple avec Tibi, 17 ans, lycéen et médiateur de la communauté de vanniers du village de Glodeni. «C’était un peu bizarre, la première fois, de voir les touristes débarquer et nous prendre en photos», se souvient-il. Pour le jeune garçon, le ciment de ce projet réside dans la confiance qu’accordent les visiteurs aux habitants. «On a beau être perçu comme des voleurs, les touristes laissent sans problème leurs bagages dans nos maisons», plaisante-t-il.
Mais introduire des visiteurs dans la communauté prend du temps, et certains membres, moins informés, semblent encore réfractaires au projet. Chuck Todaro n’en est pas moins découragé. Son ambition serait de développer Tzigania, au delà du tourisme. « Les vanniers, par exemple, possèdent des compétences mais ne savent pas les exploiter. Nous voudrions développer leur commerce en créant une boutique en ligne. » Et si le long terme ne fait pas parti de la philosophie des Roms, réputés épicuriens, l’Américain reste serein quant au futur. « C’est un processus qui prend du temps, mais c’est normal. Il faut évoluer pas à pas ».

Commentaires
Visiteur
15H38 29 SEPTEMBRE 2011
un gadjo, une gadji, des gadgé...