Originaire d’une île envahie d’idées reçues et de touristes, l’écrivain Jérôme Ferrari raconte comment il a mis du temps, lui aussi, à comprendre ce territoire si singulier dans sa déconcertante nudité.
Oui, les clichés sont bien pratiques mais ils ne disent rien du réel. Qui reste, lui, le matériau principal de la fiction, et donc de la littérature.
Le sujet qui me fâche
Je ne suis que trop conscient du fait que j’aborde un sujet a priori exaspérant mais je ne veux pourtant pas différer davantage cette importante révélation : en quelques décennies, l’île dans laquelle je vis est devenue un bronze-culs, avec toutes les conséquences que cela implique. Car la Corse, avant d’être une terre farouche et insoumise, est, comme une bonne partie du sud de l’Europe, une terre de bronzage que plébiscitent chaque année de très nombreux culs, anonymes ou célèbres. Et c’est ce fait, si trivial et peu séduisant soit-il, qui en décrit la réalité fondamentale, bien plus que les innombrables clichés qui circulent à son sujet.
Non que je veuille lutter contre les clichés. Il faudrait être stupide d’engager une telle lutte. D’abord parce que les clichés sont inévitables. Ils ne font que pervertir, en la poussant à son paroxysme, la faculté de conceptualisation qui nous permet de découper le monde en catégories générales. Ensuite parce que c’est une lutte perdue d’avance. Le cliché est invincible, comme l’est la bêtise elle-même. Aucun argument rationnel, aucun fait ne peut le réfuter car il ignore superbement la réalité et c’est précisément dans cet aveuglement inaltérable que réside sa force. Cette année, au festival du livre de Mouans-Sartoux, au cours d’une conversation de pure courtoisie, j’ai commis l’erreur d’avouer que j’étais professeur de philosophie à Ajaccio.
Cette innocente confidence a instantanément bouleversé mon interlocuteur qui a posé sur moi un regard plein de douloureuse compassion. Il connaissait bien le problème. Un de ses amis exerçait le dangereux métier de Conseiller Principal d’éducation dans un établissement insulaire et, tous les jours, il devait affronter des élèves qui transportaient des armes de guerre dans leur cartable. Au lieu de tourner les talons pour aller me servir un verre de rosé, j’ai persévéré dans l’erreur en lui assurant qu’en quinze ans de pratique continue, je n’avais jamais vu d’armes dans l’enceinte du lycée et que les problèmes de discipline les plus délicats que j’avais eu à régler concernaient plutôt la mastication de chewing-gum, l’utilisation délictueuse des tables comme support d’expression plus ou moins artistique ou l’échange intempestif de SMS pendant l’étude d’un texte de Heidegger. Ma remarque n’eut bien évidemment aucun effet et il continuait à me regarder en disant, mais si ! mais si, je vous assure ! exactement comme si mon expérience et toutes les paroles que je venais de prononcer étaient également nulles et non avenues.
J’ai fini par comprendre qu’il était inutile de rajouter quoi que ce soit et je suis finalement allé me servir ce verre de rosé. J’étais en colère, une colère noire, contre cet abruti et contre moi-même qui ne pouvais pas m’empêcher de me mettre en colère, sans même avoir l’excuse d’avoir été pris par surprise. Car, en vérité, je suis un récidiviste incorrigible. Quelques années plus tôt, en allant à Porto-Vecchio, j’avais pris un auto-stoppeur. Il faut vraiment aimer aller au devant des ennuis, mais c’était le mois d’août, il faisait une chaleur à crever et j’ai cédé à un élan de pitié que je ne me suis pas pardonné : je me suis arrêté le long de la route, le type a balancé son gros sac à dos dégueulasse sur la banquette arrière et il s’est affalé, dégoulinant de sueur, sur le fauteuil du passager, en poussant un râle de délivrance dans la fraîcheur de l’air climatisé. Dès qu’il eut à peu près séché et repris figure humaine, il commença à me vanter la beauté de la Corse qu’il visitait pour la première fois et à me féliciter de la chance que j’avais d’y vivre, tout entouré de beauté et exempté, de surcroît, d’impôts sur le revenu. Au lieu de me taire et de me concentrer sur ma conduite en pensant à autre chose, j’avais entrepris de le détromper en lui affirmant que je payais mes impôts comme tout le monde.
Il n’en crut pas un mot, bien sûr, et se contenta de grogner sur un ton vaguement affirmatif, n’osant pas me contredire frontalement de peur que je le débarque de la voiture illico, ce qui, je dois l’avouer, venait précisément de me traverser l’esprit. Je ne le fis pas. Nous traversions la vallée de l’Ortolo, il n’y avait pas un brin d’ombre et, bien que la perspective de sa lente agonie au soleil ne fût pas dénuée de charme, je n’avais pas encore renoncé à le convaincre. Il m’était intolérable de penser que ce type était convaincu que je vivais de sa charité et que je devais sans doute lui en être reconnaissant. J’échafaudais les plans les plus extravagants, envisageant même de l’emmener de force chez moi pour lui mettre sous le nez mes avis d’imposition – ce qui aurait été parfaitement inutile, il aurait cru que c’était des faux, obtenus par piston, une ruse d’assisté visant à mystifier les honnêtes contribuables. J’ai fini par me taire et je l’ai laissé en ville, en me maudissant de lui avoir évité l’insolation qu’il méritait en juste rétribution de son imbécillité.
Mais il n’y a pas de justice immanente et j’étais moi aussi un imbécile. Car la lutte contre les clichés n’est pas seulement perdue d’avance, elle nous transforme aussi écessairement en imbéciles en nous entraînant sur un terrain d’où toute forme d’intelligence, de finesse, de compréhension de la complexité est exclue. Accepter de mettre un seul pied sur ce terrain, c’est se condamner à entendre des idioties globalisantes auxquelles on ne peut opposer que les idioties globalisantes symétriques. C’est donc se condamner à proférer soi-même des idioties, comme l’attestent les discussions sur les forums internet des quotidiens, dès qu’une information a trait, de près ou de loin, à la Corse. Il faudrait avoir la force de se préserver, ne pas accuser, ne pas se justifier, en aucun cas, mais simplement détourner le regard à chaque fois que c’est nécessaire, sans colère, et sans ressentiment. C’est bien difficile.
D’autant que les clichés, s’ils sont sans fondement, ne sont pas sans effets ; ils ont joué un rôle considérable dans la manière dont la Corse s’est perçue, et sans doute façonnée, au cours des deux derniers siècles, dans une subtile dialectique du regard, en adoptant pour son compte les clichés élaborés sur le continent ou en leur opposant ceux qu’elle avait elle-même fabriqués en réaction – ce qui revient, bien sûr, exactement au même. L’imaginaire est, dans les sociétés humaines, aussi important que le réel, peut-être même davantage, si l’on en juge à l’obsession paranoïaque avec laquelle les institutions et la presse régionales veillent comme des vestales sur l’image de la Corse. La sortie du film d’Audiard, Un prophète, ou la série Mafiosa ont ainsi donné lieu à des débats publics proprement hallucinants où il s’agissait de déterminer si, oui ou non, il était porté atteinte à l’image de la Corse, et ceci sans prendre une seconde en considération le fait pourtant remarquable à mes yeux qu’on a affaire, dans le premier cas, à un excellent film et, dans le second, à une série d’une indigence presque comique. Je ne sais pas s’il est encore possible de mesurer combien cette image a été pesante, étouffante au point de manquer de nous rendre stériles.
II Un type qui s’emmerde sur la place de son village
Peut-être une des possibilités fondamentales de la littérature est-elle justement de faire valoir les droits du réel contre les prétentions exorbitantes de l’imaginaire. En 2000, la publication de Prighjuneri, le recueil de nouvelles de mon ami Marco Biancarelli, a montré que le réel n’avait pas été tout à fait englouti sous une montagne de clichés et qu’il pouvait encore s’exprimer avec une vitalité incroyablement violente et forte. Prighjuneri donne à voir un réel partiel, fragmentaire, paradoxal, indigeste, qui ne peut en aucun cas rivaliser avec le merveilleux cadre d’intelligibilité que procurent les clichés, il n’y est pas question d’hospitalité, d’honneur perdu ou de vendetta, ni de quoi que ce soit de romantique, on y trouve un type qui s’emmerde sur la place déserte de son village, une lycéenne transparente, des voyous impuissants ou narcissiques, un club échangiste, un pêcheur psychopathe, une villageoise nymphomane, de la cocaïne de mauvaise qualité, un condottiere couard et chanceux, et toutes les figures de la désillusion et de l’ennui qui montrent, très modestement, ce que cela peut vouloir dire d’être un homme, ici et maintenant – mais c’est seulement cela, la grande affaire de la littérature.
Et Marco a bien raison : le réel est indigeste. En tous cas, j’ai mis bien longtemps à le digérer. Après avoir passé toute mon enfance et mon adolescence à Vitry-sur-Seine, je suis venu m’installer en Corse en décembre 1988. Il me semblait que j’attendais cela depuis une éternité et que, pour la première fois, ma vie allait devenir ce que j’avais souhaité qu’elle soit. Je m’étais mis à haïr minutieusement Paris, la banlieue, le métro, les couloirs de la Sorbonne et tous ceux que j’y croisais. La philosophie elle-même me semblait vaine et détestable. Je ne rêvais que de partir et, quand mes parents, dans leur naïveté, ont jugé que mes diplômes universitaires me mettaient à l’abri de la précarité, ils m’ont laissé faire. Il faut se méfier de ses propres rêves, bien sûr, mais on ne peut pas toujours éviter de les affronter.
Je me suis inscrit en DEA à l’Université de Corte. J’ai appris ce que c’était que de vivre ici en dehors du temps béni des vacances. J’ai découvert combien mon esprit était lui aussi rempli de fantasmes et de clichés et, au contact de la réalité, je les ai vus s’effacer l’un après l’autre, douloureusement, jusqu’à ce qu’ils aient tous disparu. Quand ce fut fait, il était trop tard : par une de ces séries de hasards qui parodient le destin, le monde dans lequel j’avais grandi avait été purement et simplement balayé, en quelques mois, et je n’avais plus aucune possibilité de repli.
Mais, au début, j’avais bel et bien le sentiment de retrouver une terre farouche et insoumise, peuplée d’êtres exceptionnels – parmi lesquels je me comptais – des héros antiques qui avaient su conserver leurs valeurs morales millénaires dans un monde qui les avait toutes perdues – et en écrivant ceci, je me rends compte que, malgré mes idées de gauche, je développais de sérieuses tendances fascisantes. Je n’étais manifestement pas prêt à ne trouver que des hommes perdus dans un hiver interminable. Au village, la maison de famille que j’avais toujours connue remplie de lumière et de vie s’était transformée en un caveau glacial qui sentait le bois, la mousse et le linge humide. Je ne la quittais que pour monter à Corte, c’est-à-dire, pour moi qui ne m’étais jamais aventuré au nord d’Ajaccio, au bout du monde, là où tout m’était étranger. Le long de la route, les villages étaient différents du mien, presque hostiles, avec leurs maisons noires aux toits de lauze, et si la solitude qui les recouvrait ne m’avait pas été familière, j’aurais pu croire que j’avais changé de pays.
A Corte, pourtant, l’ambiance était extraordinaire, il y avait des guitares et des violons dans tous les bars, on y entendait des polyphonies et des jigs irlandaises et nulle part je n’ai rencontré une telle concentration de chanteurs et de musiciens aussi doués. Mais c’est pourtant cela, surtout, qu’il est pénible de se rappeler. Car si nombreux soient les talents, dans quelque domaine que ce soit, on dirait qu’ils sont condamnés à se flétrir, comme sous les rafales d’un vent toxique et brûlant, pour ne servir au bout du compte qu’à alimenter une interminable désillusion. Les musiciens finissent à la terrasse des restaurants où ils jouent pour des touristes qui ne les écoutent pas.
III Un hiver de dix mois
Le tourisme est l’alpha et l’oméga de la Corse et c’est bien dommage, car il a beau être une nécessité économique incontestable, le tourisme
est une infamie. à cause de lui, il n’y a ni printemps ni automne, mais seulement l’été et l’hiver, un hiver de dix mois, pour reprendre une expression de Marco Biancarelli. à cause de lui, nous sortons brutalement d’un désert pour nous retrouver dans un cloaque frénétique de chaleur, de chairs et de bruits avant d’être renvoyés, du jour au lendemain, au fin fond du désert. à cause de lui, les relations humaines se réduisent à l’ignominie du commerce et le talent le plus pur ne vaut plus qu’en tant que souvenir de vacances. Les clichés eux-mêmes ne sont rien d’autre que des produits touristiques. Ce n’est la faute de personne, bien sûr, et mes tendances fascisantes ne vont pas jusqu’à me faire prôner la suppression des vacances ou l’extermination des touristes et des commerçants. Non, ce n’est de la faute de personne et nous vivons dans un monde où les nécessités économiques s’imposent avec la souveraineté des catastrophes naturelles. Il faut bien les accepter même s’il est assez long de les digérer.
Pour ma part, cela m’a pris sept ans, sept ans pendant lesquels je n’ai pas écrit une ligne. Je ne me souviens plus de ce que j’ai fait – je ne veux pas m’en souvenir. Mais je sais que c’est le temps qu’il m’a fallu pour comprendre que les réalités, fussent-elles infâmes, constituaient un bien meilleur matériau littéraire que les clichés. Peut-être ai-je été injuste : la Corse est en effet un bronze-culs mais c’est aussi, à mes yeux, un réservoir inépuisable de fictions. La violence de l’été, la violence de l’hiver, la brume et la canicule, les échecs, la désillusion, les facéties d’une histoire qui nous a fait rater l’intégralité du XXe siècle, le mélange d’orgueil et de haine de soi, la ligne de fuite de l’exil, la force étrange qui régit les départs et les retours fébriles, les caveaux magnifiques et les maisons en ruine, les guerres menées pour un empire injuste et déchu, il y a dans tout cela une puissance esthétique que je ne me lasse pas d’exploiter.
IV J’ai souvent regretté de n’être pas Ouzbek
La Corse est présente dans tous mes romans et, en vérité, si c’était là l’effet d’un calcul, il serait pour le moins malheureux. Car si les clichés ont le pouvoir d’occulter la réalité, ils s’intercalent encore bien plus facilement entre un texte et son hypothétique lecteur que la simple mention du mot « Corse », comme c’est peut-être le cas en ce moment même, suffit à renvoyer à un univers de représentations figées et folkloriques. Le texte a donc de sérieuses chances de n’être tout bonnement pas lu. Et s’il l’est, on pourra lui reprocher d’être partial ou mensonger du seul fait qu’il ne reprend pas les clichés auxquels s’attend le lecteur. Il est donc beaucoup plus habile de situer son intrigue en Ouzbékistan – et, je le confesse, j’ai souvent regretté de ne pas être Ouzbek.
Hélas, construire un roman en fonction des attentes du public demande des compétences dont je suis absolument dépourvu et j’ai dû me contenter d’écrire cela seul qu’il était en mon pouvoir d’écrire, en essayant de ne pas trop me soucier des lectures qui en seraient faites.C’est vrai, mais ce n’est pas tout – et c’est seulement au cours d’une conversation avec Jean-Baptiste Predali, auteur de deux très beaux romans chez Actes Sud, que j’ai compris la raison profonde de mon étrange obstination. Je demandais à Jean-Baptiste ce qu’il cherchait à faire, lui, en prenant la Corse comme cadre de ses fictions. Il m’a répondu après avoir réfléchi qu’il essayait sans doute de « faire accéder la Corse à la dignité littéraire » et, en l’entendant, j’ai eu immédiatement la certitude qu’il venait de m’offrir les mots qui me manquaient pour décrire ma propre entreprise, celle de Marco Biancarelli et de quelques autres. Il ne s’agit pas de lutte, de militantisme ou de revendication chauvine. Ça n’a rien à voir avec un quelconque chauvinisme. Cela signifie au contraire que la dignité littéraire ne connaît ni pays ni territoire et que toute réalité humaine, pour peu qu’elle soit portée par l’écriture, est digne d’y accéder.
Jérôme Ferrari a publié l’an dernier Où j’ai laissé mon âme, chez Actes Sud. A lire aussi : Marco Biancarelli, Vae Victis, Materia Scritta, 2010,
et Jean-Baptiste Predali, Autrefois Diana, Actes Sud, 2007.

Commentaires
Pinzuta mascherata
16H45 13 AVRIL 2011
Tous mes amis parisiens apprécient de venir passer le week-end chez moi,ils s'extasient toujours sur le calme et la beauté du lieu mais concluent toujours en s'étonnant que je puisse y vivre toute l'année! Et je leur réponds en riant que passer une seule journée à Paris est devenu pour moi une épreuve et que je ne me verrais pas vivre dans un clapier , même de luxe ...
Nous prenons-nous mutuellement pour des "demeurés", je ne le pense pas, nous sommes seulement différents , et heureusement. Cette belle région deviendrait un enfer si les Parisiens y affluaient en toute saison!
david
15H23 13 AVRIL 2011
La Corse reste une magnifique terre de rencontres y compris l'été. On peut y prendre un bain de foules à "Porto-Vec" ou s'isoler en plein mois d'Août en Castanicce.
Le festival de théâtre de Robin Renucci ou celui du film à Lumio constituent des aspects spectaculaires de la possible rencontre. Dans le village où nous nous rendons chaque été (mon amie est d'origine corse) et où j'espère vivre un jour, les rencontres sont multiples. Certaines sympathiques, d'autres ennuyeuses, un peu comme partout mais l'histoire de corse né à Marseille rentré au pays à la fin des années 60 pour y vivre une révolution dans la manière de vivre me plaît beaucoup. Si c'était à refaire, je crois qu'il recommencerait exactement de la même manière, l'insouciance en moins.
A part ça, les clichés?
Ma belle-famille est corse, nous vivons en région parisienne et je suis breton.
Quand je me rends en Bretagne, on me demande comment je fais pour vivre "là-haut", dans ce pays de cinglés du travail où la vie ne serait que violences et haine.
Quand je remonte (puis que je redescends vers la banlieue) et que je parle avec des Parisiens, quand je leur parle d'une certaine qualité de vie en Bretagne ou en Corse, on me répond parfois avec de la suffisance que la vie là-bas doit être dure (je dois alors comprendre que la culture y serait en berne, que le climat serait rude, etc.).
Bécassine, Colomba, mêmes combats ... hérités du Moyen Age (les Historiens travaillent beaucoup sur ces discours venus de loin et qui se maintiennent dans les esprits).
Le film sur les cht'tis, leur adaptation un peu partout y compris aux Etats-Unis, montrent que des clichés identiques se perpétuent en Italie, en Angleterre, en Belgique, etc. et leur acidité s'aiguise lors des crises économiques.
Bref, vivre en Corse me plairait bien, revivre en Bretagne aussi, je viens de passer 10 ans en région parisienne (ces derniers week-ends, j'ai vu en plein de cœur de la banlieue une série passionnante de spectacles avec à chaque fois, à la sortie, le Parisien ou la Parisienne qui s'exclame : "on voit quand même de belles choses en banlieue, c'est loin mais on y voit de belles choses. C'est loin de Paris et des musées ? C'est loin de l'endroit où les choses se passent ? La Corse est loin de Paris mais les clichés commencent bien avant. La France serait macrocéphalique si on écoute les gens qui vivent au centre. J'adore
Paris car j'adore les musées, j'adore le début du XXème siècle, Picasso, Degas et tout ça, J'adore Paris car j'adore les clichés !!!
J'adore la Corse car le XXIème siècle aura besoin de ces endroits qui luttent pour rendre la mondialisation cohérente, pour permettre un développement durable et rendre les rencontres possibles.
Pourquoi ? Comment ?
La diaspora corse et les festivals insulaires montrent que ces cultures recherchent l'autre, la beauté incroyable et la préservation des paysages parlent d'elles-mêmes. La Corse est un endroit d'avenir extraordinaire.
Autre remarque : regarder un annuaire corse. Vous verrez qu'une large majorité de la population insulaire n'a pas d'origine corse, ce que les statistiques de l'INSEE (mais est-ce fiable ?) confirment.
vive les clichés, ça fait des choses à raconter !
vive les beaux endroits !
Visiteur
09H55 13 AVRIL 2011
Oserais je comparer les corses et les enseignants ? votre remarque sur la difficulté à se défendre contre un cliché sans nous enfermer nous mêmes dans un autre cliché, me rappelle mon dilemme devant les commentaires de voisins un peu réactionnaires sur mon métier de fainéant, aux 16 semaines de vacances et aux idées gauchisantes: dois je me justifier en expliquant le temps de travail à la maison, les soirs, les week ends, une partie des vacances, et l'étendue de la tâche devant des élèves attachants mais inconstants et décalés ? Finalement, je préfère me taire et agir dans l'ombre en prouvant par des actes le mal-fondé de ces idées toute faites; mais là encore, pourquoi aurais je besoin de prouver quoi que ce soit? Il suffit d'être , en son âme et conscience, et de laisser courir le reste; cela s'acquiert avec l'âge.
J'ai aimé lire votre texte, fluide et sensible; merci
Francesca
19H08 10 AVRIL 2011
Ah les autostoppeurs!
j'avais pris moi aussi par "pitié" ,en plein cagnard, un couple de Parisiens. Ils étaient cultivés, intéressants, au début tout se passait bien. Jusqu'à ce qu'ils me disent (sans que je ne leur demande rien):
Il faut reconnaître que c'est un beau pays, mais c'est bien pour les vacances, pas pour y vivre!
La réponse a fusé malgré moi, glaciale :
"Vous avez bien raison, il n'y a que 300 000 demeurés mentaux qui y vivent toute l'année. Et puis c'est drôle ce que vous dites, moi qui ai vécu à Paris des années, c'est exactement ce que je pense de Paris : j'adore y aller depuis que je n'y vis plus"
Ils se sont mordu les lèvres et le silence a duré jsqu'à ce que je les dépose.
Pinzuta mascherata
18H21 08 AVRIL 2011
Mérimée !
E.C.
Pinzuta mascherata
16H31 08 AVRIL 2011
Je ne connais pas la Corse estivale mais il me semble que l'invasion des «bronze-culs» et ses conséquences sur la vie des locaux concerne malheureusement tous les territoires jouissant de la chaleur et de la mer, l'insularité ne faisant que décupler le phénomène.
A-t-on plus de clichés sur les Corses que sur les Bretons, les Arabes ou les femmes ? J'en doute, on les ressent seulement plus intensément quand on appartient à la catégorie visée ...
Bien malin celui qui échappe totalement à ces clichés réducteurs – ne serait-ce qu'à celui des pinzuti porteurs de clichés – et je partage avec J. Ferrari celui sur les «bronze-culs» ( Nul n'est parfait !) Quant à celui du Corse exempté d'impôts, je le découvre avec lui : combien d'occurrences pour faire un cliché ?
J'ai abordé la Corse il y a trente ans, en toute innocence, Mérimé appartenant pour moi à une littérature et à un siècle révolus. Et les clichés sur la violence véhiculés par les media ( fondés quand même sur quelques faits et revendications réels) ne m'ont jamais influencée.
Si ,maintenant, j'ai peut-être des clichés sur les Corses, ou du moins sur la majorité des Corses, c'est en discutant amicalement dans l'île avec bon nombre d'entre eux ( hors saison , ce qui facilite les échanges ) que je les ai acquis :
-Passivité et condamnation molle de la violence, celle sur les biens surtout, mais on risque vite de glisser ... On condamne toujours - en privé - le principe mais on trouve aussi toujours des excuses...
-Et puis, si on accueille à bras ouvert «l'étranger» qui se conforme, qui se plie à vos codes, on a parfois du mal à tolérer la différence, à accepter l'autre . Et là, cela ne relève sans doute plus du cliché, tant il semble universel.
En ce qui concerne la littérature, je pense comme J. Ferrari qu'une fiction ne peut jouer son rôle si elle ne se déroule pas dans un cadre authentique. Dostoïevski aurait-il eu cette portée universelle s'il avait fait évoluer ses personnages hors de Russie , dans un univers inconnu de son auteur?
Mais est-ce bien la Corse qui accède à la dignité par la littérature ? D'abord, l'indignité dans laquelle serait cantonnée cette île n'est elle pas un ressenti qui relève d'un cliché corse ? Et ne sont-ce pas, tout simplement, ces textes qui par leur authenticité et leur bonne tenue littéraire accèdent à cet «honneur» ?
SERENA
15H31 08 AVRIL 2011
Beaucoup de choses justes et bien vues.
des bémols toutefois:
le réel n'est pas forcément tout noir. L'hiver, se retrouver entre soi au village c'est retrouver des relations intimes, chaleureuses autour d'un bon repas, de l'apéritif, de grillades à la cheminée, des parties de cartes, de chasse et de pêche pour les hommes(malgré les conflits ou les petites querelles inévitables, bien sûr). La lumière, la beauté des montagnes et de la mer, cela aide aussi à vivre les difficultés du quotidien (à comparer avec le béton des banlieus parisiennes, c'est appréciable)
"un prophète" un "excellent film" ? Bof, je l'ai trouvé assez moyen, au contraire.
"faire accéder la Corse à la dignité littéraire" : un brin mégalo? Mais venant d'un excellent écrivain, on pardonnera!
les clichés, tout le monde en pâtit, demandez aux bretons, aux belges, aux allemands. parfois c'est bien plus grave et peut avoir des conséquences : pensez aux arabes, en ce moment. Même les Japonais, en pleine tragédie, ont été copieusement arrosés. La seule réponse aux bêtises des clichés : pas de réponse, regarder ailleurs, comme le suggère Monsieur Ferrari.
le tourisme c'est bien quand on "reçoit" chez soi des "hôtes", comme les maisons louées dans les villages à des habitués qui deviennent des amis et font partie du paysage. La plaie, c'est le tourisme de masse où il n'y a que pollution, vautrage vulgaire, "sea sex and sun", et pas de "rencontre", un tsunami saisonnier, un marché de dupes où la culture n'a aucune place.
enfin, je dois lire Marco Biancarelli, on m'en parle beaucoup!!
pumataghju
12H10 07 AVRIL 2011
j'ai été tout à fait conquis par ce récit et je suis tout à fait d'accord ce le point concernant "les clichés". Cependant, ces clichés sont souvent exprimés par des gens bêtes. En effet on a tous le droit d'avoir des a priori, on peut les exprimer et si les arguments de notre interlocuteur sont corrects et recevables, il est tout à fait logique que l'on change d'avis. Les personnes qui ne changent pas d'avis et restent bornées sont tout simplement des cons !
Par exemple, dans le lot des "clichés" il y a "les problèmes de la banlieue". Je n'y ai jamais mis les pieds, mais j'ai assez de jugeote (excusez ma modestie) pour ne pas prendre au pied de la lettre ce que veulent véhiculer certains média (violence etc...) !
Pour ce qui est de mon île, et à force de parler avec des continentaux, j'ai appris à vite comprendre à qui j'ai affaire! En effet si la personne me semble interrogée et intéressée, je lui expliquerais la fausseté des clichés. Par contre si je m'aperçois en deux deux que j'ai affaire à un gros con borné, j'irai dans son sens en éxagérant au maximum, je serai donc ainsi content de bien l'avoir pris pour un con et de ne pas avoir perdu de temps à argumenter... Par exemple un jour un gaulois m'a demandé d'un ton supérieur si je n'avais pas peur en sortant de chez moi, ayant cerné l'abruti de base, je lui ai rétorqué que oui, dès que je sortais de chez moi je craignais de me prendre une balle et je ne savais jamais si j'allais renter chez moi vivant!! "à ce point là?" m'a t-il dit??
Les cons ne changent pas d'avis, cela ne sert à rien de déblatérer avec eux .......
François-Xavier Renucci
20H57 06 AVRIL 2011
J'ai bien apprécié cet article, d'abord pour le constat lucide, qui n'est pas neuf, mais qui se double d'un regard personnel, vivant, honnête (sans sombrer dans le discours rhétorique abstrait, généralisant), mais plus encore pour l'accent mis sur la valeur de certains actes littéraires par des auteurs corses : Marcu Biancarelli et Jean-Baptiste Predali. Jérôme Ferrari dit aussi "et quelques autres".
Alors pour les internautes qui voudraient aller plus loin au-delà des clichés et découvrir de la littérature corse contemporaine vivante, je ne peux que conseiller vivement de visiter quelques sites :
- ceux des éditeurs : Albiana, Colonna, Clémentine, Materia Scritta, A Fior di Carta, etc...
- ceux des blogueurs : Invistita, Isularama, Tarrori è Fantasia, Terres de femmes, Musanostra, Gazetta di Mirvella, Foru Corsu, Pour une littérature corse, Corisca Calling, Librairie Le Point de Rencontre, Primavera TV, etc...
Ça publie, ça lit, ça discute : profitons-en !!
pinz
15H09 06 AVRIL 2011
Tellement juste et sincère cette écriture. Certainement que la Corse n'est pas seule à subir ces "clichés" qui font de plus en plus référence avec le rythme de vie ou de gesticulation qui s'accélère et qui ne laisse plus trop de place à l'observation la réflexion, la compréhension. Pour aborder le réel il faut s'y frotter, y traîner, y perdre du temps, s'y perdre, le vivre, le sentir. N'est-ce pas la situation de l'artiste, l'écrivain qui passe son temps à le perdre et à nous éclairer sur une bonne partie du réel que nous ne prenons pas le temps (la peine?) de regarder?
Ne se perd-on pas dans la masse également? Et ces vagues de touristes qui déferlent sur les côtes Corses sont-elles en mesure de voir ou comprendre autre chose que les clichés?
Par contre ne pensez-vous pas que les clichés ont une part, même infime, de réel?
Merci en tout cas pour cet article qui est le plus beau et le plus juste que j'ai eu l'occasion de lire à propos de l'île!
anka
09H52 06 AVRIL 2011
Très bon texte . En tant que Corse du continent à qui on parle souvent de son pays je ne peux qu'en constater la justesse .
Visiteur Ighil
00H45 06 AVRIL 2011
"J’étais en colère, une colère noire, contre cet abruti et contre moi-même qui ne pouvais pas m’empêcher de me mettre en colère, sans même avoir l’excuse d’avoir été pris par surprise".
Que de fois j'ai éprouvé ce même sentiment d'exaspération et de honte pour n'avoir pu m'empêcher d'essayer d'argumenter face à un interlocuteur qui, souriant, me disait "qu'il fallait quand même avouer que les "arabes" (il parlait de l'Algérie où il avait été militaire appelé dans les Aurès, pays berbère!)étaient fainéants ou de cet autre qui, tout empathie,s'apitoyait sur le sort de ces mêmes Algériens abandonnés par la France!
Je ne dirai donc rien des Corses ni de la Corse où j'ai séjourné quelquefois chez des amis dans le Niolo. Je voudrais cependant exprimer, moi à qui que ce sentiment "d'orgueil et de haine et de soi" n'est pas étranger, quelque chose du bonheur ressenti à arpenter la montagne et des sentiments éprouvés lors des rencontres avec des gens qui y vivent.
Je n'ai pas (encore)lu votre dernier livre mais "Un dieu Un animal" m'a captivé.
Visiteur
20H58 05 AVRIL 2011
J'ai hésité avant de mettre un commentaire car je vais aller à contre-courant. Je fais parti des bronze-culs comme vous le dites.Je vais en vacances en Corse depuis 1972, j'aime cette île qui mérite bien d'être complétée par beauté. Je vais en camping et je pense que les villages de toile sont mieux que le béton de la Côte d'Azur où je vis. Je sais que la pression immobilière est forte avec tout ce que cela comporte d'illégalités...Le maire de Sartène a résisté longtemps et c'est risqué. Certains riches arrivent à construire en se débrouillant avec la mairie...
Vous semblez idéaliser les Corses et dire qu'il y a beaucoup de préjugés. J'aurais bien des choses à vous raconter depuis que je fréquente l'île. Mais il suffit de lire les faits divers dans Corse Matin et l'on voit que ce n'est pas si parfait que ça.
Un autre visiteur ce soir
18H47 05 AVRIL 2011
Ce texte pertinent a suscité un commentaire remarquable de la part de "Visiteur": quoi qu'on lui ait exposé il répond qu'il n'a rien entendu. La construction rhétorique habile de cette réflexion parvient à démontrer sa validité non seulement par sa propre cohérence, mais encore par les réactions de ses contradicteurs.
Mon Dieu que les topoglosses sont nombreux; et ils ne glosent pas seulement sur la Corse.
sKa
14H38 05 AVRIL 2011
Ho! (Histoire de rester typique ;-)
Juste une réaction :
Pour ma part, je ne trouve pas les hivers interminables ( Mais ce n'est pas sans intérêt que de le faire croire ): 10 mois, c'est quand même très exagéré.
De plus ils sont très beaux, délivrés de la masse touristique, enveloppés de brume exaltant ainsi la figure sauvage de l'île.
Enfin libre.
Et les printemps sont juste magnifiques avec l'explosion de la flore et sa faune.
Quant à l'automne, il nous annonce le répit attendu.
Mais, c'est vrai, l'été est aux "un bronze-culs" et la Corse cernée de clichés.
Merci pour ce texte.
;)
Visiteur
12H02 05 AVRIL 2011
ça s'appelle de l'enfonçage de portes ouvertes un peu, non ? Un serpent qui se mord la queue. De la dialectique pour, au final, ne pas dire grand-chose...
a zinzala
11H47 05 AVRIL 2011
Cher compatriote, je ne regrette qu'une chose, c'est de ne pouvoir discuter avec vous, de vive voix, de certains points abordés dans ce texte. J'y souscris pour l'essentiel. Une chose, juste comme ça en passant, c'est la dimension du cliché qu'on s'approprie. Ce que je veux dire, c'est qu'en Corse, j'ai souvent eu l'impression qu'on s'échinait à ressembler à sa caricature. A prestu si Diu vole.