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Récit
Sous les clichés, la Corse

photos: cc kookaburartwork

texte: Jérôme Ferrari

		
 
 

Commentaires

Pinzuta mascherata

Tous mes amis parisiens apprécient de venir passer le week-end chez moi,ils s'extasient toujours sur le calme et la beauté du lieu mais concluent toujours en s'étonnant que je puisse y vivre toute l'année! Et je leur réponds en riant que passer une seule journée à Paris est devenu pour moi une épreuve et que je ne me verrais pas vivre dans un clapier , même de luxe ...
Nous prenons-nous mutuellement pour des "demeurés", je ne le pense pas, nous sommes seulement différents , et heureusement. Cette belle région deviendrait un enfer si les Parisiens y affluaient en toute saison!


 

david

La Corse reste une magnifique terre de rencontres y compris l'été. On peut y prendre un bain de foules à "Porto-Vec" ou s'isoler en plein mois d'Août en Castanicce.
Le festival de théâtre de Robin Renucci ou celui du film à Lumio constituent des aspects spectaculaires de la possible rencontre. Dans le village où nous nous rendons chaque été (mon amie est d'origine corse) et où j'espère vivre un jour, les rencontres sont multiples. Certaines sympathiques, d'autres ennuyeuses, un peu comme partout mais l'histoire de corse né à Marseille rentré au pays à la fin des années 60 pour y vivre une révolution dans la manière de vivre me plaît beaucoup. Si c'était à refaire, je crois qu'il recommencerait exactement de la même manière, l'insouciance en moins.
A part ça, les clichés?
Ma belle-famille est corse, nous vivons en région parisienne et je suis breton.
Quand je me rends en Bretagne, on me demande comment je fais pour vivre "là-haut", dans ce pays de cinglés du travail où la vie ne serait que violences et haine.
Quand je remonte (puis que je redescends vers la banlieue) et que je parle avec des Parisiens, quand je leur parle d'une certaine qualité de vie en Bretagne ou en Corse, on me répond parfois avec de la suffisance que la vie là-bas doit être dure (je dois alors comprendre que la culture y serait en berne, que le climat serait rude, etc.).
Bécassine, Colomba, mêmes combats ... hérités du Moyen Age (les Historiens travaillent beaucoup sur ces discours venus de loin et qui se maintiennent dans les esprits).
Le film sur les cht'tis, leur adaptation un peu partout y compris aux Etats-Unis, montrent que des clichés identiques se perpétuent en Italie, en Angleterre, en Belgique, etc. et leur acidité s'aiguise lors des crises économiques.

Bref, vivre en Corse me plairait bien, revivre en Bretagne aussi, je viens de passer 10 ans en région parisienne (ces derniers week-ends, j'ai vu en plein de cœur de la banlieue une série passionnante de spectacles avec à chaque fois, à la sortie, le Parisien ou la Parisienne qui s'exclame : "on voit quand même de belles choses en banlieue, c'est loin mais on y voit de belles choses. C'est loin de Paris et des musées ? C'est loin de l'endroit où les choses se passent ? La Corse est loin de Paris mais les clichés commencent bien avant. La France serait macrocéphalique si on écoute les gens qui vivent au centre. J'adore
Paris car j'adore les musées, j'adore le début du XXème siècle, Picasso, Degas et tout ça, J'adore Paris car j'adore les clichés !!!

J'adore la Corse car le XXIème siècle aura besoin de ces endroits qui luttent pour rendre la mondialisation cohérente, pour permettre un développement durable et rendre les rencontres possibles.
Pourquoi ? Comment ?
La diaspora corse et les festivals insulaires montrent que ces cultures recherchent l'autre, la beauté incroyable et la préservation des paysages parlent d'elles-mêmes. La Corse est un endroit d'avenir extraordinaire.

Autre remarque : regarder un annuaire corse. Vous verrez qu'une large majorité de la population insulaire n'a pas d'origine corse, ce que les statistiques de l'INSEE (mais est-ce fiable ?) confirment.

vive les clichés, ça fait des choses à raconter !
vive les beaux endroits !


 

Visiteur

Oserais je comparer les corses et les enseignants ? votre remarque sur la difficulté à se défendre contre un cliché sans nous enfermer nous mêmes dans un autre cliché, me rappelle mon dilemme devant les commentaires de voisins un peu réactionnaires sur mon métier de fainéant, aux 16 semaines de vacances et aux idées gauchisantes: dois je me justifier en expliquant le temps de travail à la maison, les soirs, les week ends, une partie des vacances, et l'étendue de la tâche devant des élèves attachants mais inconstants et décalés ? Finalement, je préfère me taire et agir dans l'ombre en prouvant par des actes le mal-fondé de ces idées toute faites; mais là encore, pourquoi aurais je besoin de prouver quoi que ce soit? Il suffit d'être , en son âme et conscience, et de laisser courir le reste; cela s'acquiert avec l'âge.
J'ai aimé lire votre texte, fluide et sensible; merci


 

Francesca

Ah les autostoppeurs!

j'avais pris moi aussi par "pitié" ,en plein cagnard, un couple de Parisiens. Ils étaient cultivés, intéressants, au début tout se passait bien. Jusqu'à ce qu'ils me disent (sans que je ne leur demande rien):

Il faut reconnaître que c'est un beau pays, mais c'est bien pour les vacances, pas pour y vivre!

La réponse a fusé malgré moi, glaciale :

"Vous avez bien raison, il n'y a que 300 000 demeurés mentaux qui y vivent toute l'année. Et puis c'est drôle ce que vous dites, moi qui ai vécu à Paris des années, c'est exactement ce que je pense de Paris : j'adore y aller depuis que je n'y vis plus"

Ils se sont mordu les lèvres et le silence a duré jsqu'à ce que je les dépose.


 

Pinzuta mascherata

Mérimée !
E.C.


 

Pinzuta mascherata

Je ne connais pas la Corse estivale mais il me semble que l'invasion des «bronze-culs» et ses conséquences sur la vie des locaux concerne malheureusement tous les territoires jouissant de la chaleur et de la mer, l'insularité ne faisant que décupler le phénomène.
A-t-on plus de clichés sur les Corses que sur les Bretons, les Arabes ou les femmes ? J'en doute, on les ressent seulement plus intensément quand on appartient à la catégorie visée ...

Bien malin celui qui échappe totalement à ces clichés réducteurs – ne serait-ce qu'à celui des pinzuti porteurs de clichés – et je partage avec J. Ferrari celui sur les «bronze-culs» ( Nul n'est parfait !) Quant à celui du Corse exempté d'impôts, je le découvre avec lui : combien d'occurrences pour faire un cliché ?

J'ai abordé la Corse il y a trente ans, en toute innocence, Mérimé appartenant pour moi à une littérature et à un siècle révolus. Et les clichés sur la violence véhiculés par les media ( fondés quand même sur quelques faits et revendications réels) ne m'ont jamais influencée.
Si ,maintenant, j'ai peut-être des clichés sur les Corses, ou du moins sur la majorité des Corses, c'est en discutant amicalement dans l'île avec bon nombre d'entre eux ( hors saison , ce qui facilite les échanges ) que je les ai acquis :
-Passivité et condamnation molle de la violence, celle sur les biens surtout, mais on risque vite de glisser ... On condamne toujours - en privé - le principe mais on trouve aussi toujours des excuses...
-Et puis, si on accueille à bras ouvert «l'étranger» qui se conforme, qui se plie à vos codes, on a parfois du mal à tolérer la différence, à accepter l'autre . Et là, cela ne relève sans doute plus du cliché, tant il semble universel.

En ce qui concerne la littérature, je pense comme J. Ferrari qu'une fiction ne peut jouer son rôle si elle ne se déroule pas dans un cadre authentique. Dostoïevski aurait-il eu cette portée universelle s'il avait fait évoluer ses personnages hors de Russie , dans un univers inconnu de son auteur?
Mais est-ce bien la Corse qui accède à la dignité par la littérature ? D'abord, l'indignité dans laquelle serait cantonnée cette île n'est elle pas un ressenti qui relève d'un cliché corse ? Et ne sont-ce pas, tout simplement, ces textes qui par leur authenticité et leur bonne tenue littéraire accèdent à cet «honneur» ?


 

SERENA

Beaucoup de choses justes et bien vues.

des bémols toutefois:

le réel n'est pas forcément tout noir. L'hiver, se retrouver entre soi au village c'est retrouver des relations intimes, chaleureuses autour d'un bon repas, de l'apéritif, de grillades à la cheminée, des parties de cartes, de chasse et de pêche pour les hommes(malgré les conflits ou les petites querelles inévitables, bien sûr). La lumière, la beauté des montagnes et de la mer, cela aide aussi à vivre les difficultés du quotidien (à comparer avec le béton des banlieus parisiennes, c'est appréciable)

"un prophète" un "excellent film" ? Bof, je l'ai trouvé assez moyen, au contraire.

"faire accéder la Corse à la dignité littéraire" : un brin mégalo? Mais venant d'un excellent écrivain, on pardonnera!

les clichés, tout le monde en pâtit, demandez aux bretons, aux belges, aux allemands. parfois c'est bien plus grave et peut avoir des conséquences : pensez aux arabes, en ce moment. Même les Japonais, en pleine tragédie, ont été copieusement arrosés. La seule réponse aux bêtises des clichés : pas de réponse, regarder ailleurs, comme le suggère Monsieur Ferrari.

le tourisme c'est bien quand on "reçoit" chez soi des "hôtes", comme les maisons louées dans les villages à des habitués qui deviennent des amis et font partie du paysage. La plaie, c'est le tourisme de masse où il n'y a que pollution, vautrage vulgaire, "sea sex and sun", et pas de "rencontre", un tsunami saisonnier, un marché de dupes où la culture n'a aucune place.

enfin, je dois lire Marco Biancarelli, on m'en parle beaucoup!!


 

pumataghju

j'ai été tout à fait conquis par ce récit et je suis tout à fait d'accord ce le point concernant "les clichés". Cependant, ces clichés sont souvent exprimés par des gens bêtes. En effet on a tous le droit d'avoir des a priori, on peut les exprimer et si les arguments de notre interlocuteur sont corrects et recevables, il est tout à fait logique que l'on change d'avis. Les personnes qui ne changent pas d'avis et restent bornées sont tout simplement des cons !
Par exemple, dans le lot des "clichés" il y a "les problèmes de la banlieue". Je n'y ai jamais mis les pieds, mais j'ai assez de jugeote (excusez ma modestie) pour ne pas prendre au pied de la lettre ce que veulent véhiculer certains média (violence etc...) !
Pour ce qui est de mon île, et à force de parler avec des continentaux, j'ai appris à vite comprendre à qui j'ai affaire! En effet si la personne me semble interrogée et intéressée, je lui expliquerais la fausseté des clichés. Par contre si je m'aperçois en deux deux que j'ai affaire à un gros con borné, j'irai dans son sens en éxagérant au maximum, je serai donc ainsi content de bien l'avoir pris pour un con et de ne pas avoir perdu de temps à argumenter... Par exemple un jour un gaulois m'a demandé d'un ton supérieur si je n'avais pas peur en sortant de chez moi, ayant cerné l'abruti de base, je lui ai rétorqué que oui, dès que je sortais de chez moi je craignais de me prendre une balle et je ne savais jamais si j'allais renter chez moi vivant!! "à ce point là?" m'a t-il dit??
Les cons ne changent pas d'avis, cela ne sert à rien de déblatérer avec eux .......


 

François-Xavier Renucci

J'ai bien apprécié cet article, d'abord pour le constat lucide, qui n'est pas neuf, mais qui se double d'un regard personnel, vivant, honnête (sans sombrer dans le discours rhétorique abstrait, généralisant), mais plus encore pour l'accent mis sur la valeur de certains actes littéraires par des auteurs corses : Marcu Biancarelli et Jean-Baptiste Predali. Jérôme Ferrari dit aussi "et quelques autres".
Alors pour les internautes qui voudraient aller plus loin au-delà des clichés et découvrir de la littérature corse contemporaine vivante, je ne peux que conseiller vivement de visiter quelques sites :
- ceux des éditeurs : Albiana, Colonna, Clémentine, Materia Scritta, A Fior di Carta, etc...
- ceux des blogueurs : Invistita, Isularama, Tarrori è Fantasia, Terres de femmes, Musanostra, Gazetta di Mirvella, Foru Corsu, Pour une littérature corse, Corisca Calling, Librairie Le Point de Rencontre, Primavera TV, etc...

Ça publie, ça lit, ça discute : profitons-en !!


 

pinz

Tellement juste et sincère cette écriture. Certainement que la Corse n'est pas seule à subir ces "clichés" qui font de plus en plus référence avec le rythme de vie ou de gesticulation qui s'accélère et qui ne laisse plus trop de place à l'observation la réflexion, la compréhension. Pour aborder le réel il faut s'y frotter, y traîner, y perdre du temps, s'y perdre, le vivre, le sentir. N'est-ce pas la situation de l'artiste, l'écrivain qui passe son temps à le perdre et à nous éclairer sur une bonne partie du réel que nous ne prenons pas le temps (la peine?) de regarder?
Ne se perd-on pas dans la masse également? Et ces vagues de touristes qui déferlent sur les côtes Corses sont-elles en mesure de voir ou comprendre autre chose que les clichés?
Par contre ne pensez-vous pas que les clichés ont une part, même infime, de réel?
Merci en tout cas pour cet article qui est le plus beau et le plus juste que j'ai eu l'occasion de lire à propos de l'île!


 

anka

Très bon texte . En tant que Corse du continent à qui on parle souvent de son pays je ne peux qu'en constater la justesse .


 

Visiteur Ighil

"J’étais en colère, une colère noire, contre cet abruti et contre moi-même qui ne pouvais pas m’empêcher de me mettre en colère, sans même avoir l’excuse d’avoir été pris par surprise".
Que de fois j'ai éprouvé ce même sentiment d'exaspération et de honte pour n'avoir pu m'empêcher d'essayer d'argumenter face à un interlocuteur qui, souriant, me disait "qu'il fallait quand même avouer que les "arabes" (il parlait de l'Algérie où il avait été militaire appelé dans les Aurès, pays berbère!)étaient fainéants ou de cet autre qui, tout empathie,s'apitoyait sur le sort de ces mêmes Algériens abandonnés par la France!
Je ne dirai donc rien des Corses ni de la Corse où j'ai séjourné quelquefois chez des amis dans le Niolo. Je voudrais cependant exprimer, moi à qui que ce sentiment "d'orgueil et de haine et de soi" n'est pas étranger, quelque chose du bonheur ressenti à arpenter la montagne et des sentiments éprouvés lors des rencontres avec des gens qui y vivent.
Je n'ai pas (encore)lu votre dernier livre mais "Un dieu Un animal" m'a captivé.


 

Visiteur

J'ai hésité avant de mettre un commentaire car je vais aller à contre-courant. Je fais parti des bronze-culs comme vous le dites.Je vais en vacances en Corse depuis 1972, j'aime cette île qui mérite bien d'être complétée par beauté. Je vais en camping et je pense que les villages de toile sont mieux que le béton de la Côte d'Azur où je vis. Je sais que la pression immobilière est forte avec tout ce que cela comporte d'illégalités...Le maire de Sartène a résisté longtemps et c'est risqué. Certains riches arrivent à construire en se débrouillant avec la mairie...
Vous semblez idéaliser les Corses et dire qu'il y a beaucoup de préjugés. J'aurais bien des choses à vous raconter depuis que je fréquente l'île. Mais il suffit de lire les faits divers dans Corse Matin et l'on voit que ce n'est pas si parfait que ça.


 

Un autre visiteur ce soir

Ce texte pertinent a suscité un commentaire remarquable de la part de "Visiteur": quoi qu'on lui ait exposé il répond qu'il n'a rien entendu. La construction rhétorique habile de cette réflexion parvient à démontrer sa validité non seulement par sa propre cohérence, mais encore par les réactions de ses contradicteurs.
Mon Dieu que les topoglosses sont nombreux; et ils ne glosent pas seulement sur la Corse.


 

sKa

Ho! (Histoire de rester typique ;-)

Juste une réaction :

Pour ma part, je ne trouve pas les hivers interminables ( Mais ce n'est pas sans intérêt que de le faire croire ): 10 mois, c'est quand même très exagéré.
De plus ils sont très beaux, délivrés de la masse touristique, enveloppés de brume exaltant ainsi la figure sauvage de l'île.

Enfin libre.

Et les printemps sont juste magnifiques avec l'explosion de la flore et sa faune.

Quant à l'automne, il nous annonce le répit attendu.

Mais, c'est vrai, l'été est aux "un bronze-culs" et la Corse cernée de clichés.

Merci pour ce texte.

;)


 

Visiteur

ça s'appelle de l'enfonçage de portes ouvertes un peu, non ? Un serpent qui se mord la queue. De la dialectique pour, au final, ne pas dire grand-chose...


 

a zinzala

Cher compatriote, je ne regrette qu'une chose, c'est de ne pouvoir discuter avec vous, de vive voix, de certains points abordés dans ce texte. J'y souscris pour l'essentiel. Une chose, juste comme ça en passant, c'est la dimension du cliché qu'on s'approprie. Ce que je veux dire, c'est qu'en Corse, j'ai souvent eu l'impression qu'on s'échinait à ressembler à sa caricature. A prestu si Diu vole.


 

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