11000 kilomètres plus loin...
Après deux mois de route, nous voila arrivés en Mongolie, avec plus que jamais Vladivostok en ligne de mire.
Après trois semaines d'ennuis, d'aller retour vers telle ou telle ambassades et quelques initiations au parapente, nous quittons Almaty le mal aux genoux et le le sourire aux lèvres. C'est que, nous avons de la route: la Kirghizie a traverser d'abord, le désert du Xinjiang et une belle partie du nord ouest chinois ensuite, avant que de rencontrer le désert de Gobi.
Nous déboulons a Bishkek par 40 degrés a l'ombre et faisons l'emplette de soupes de nouilles déshydratés et de deux visas chinois avant de reprendre la route dans ce pays somptueux. Las! Las! Las! 80 kilomètres avant notre poste frontière, le col du Torugart, et alors que nous roulons comme des avions sur une piste défoncée et blanchie, une pierre vient se loger entre les rayons et le dérailleur de ma roue arrière, faisant éclater pignon et mécanisme en deux coups de pédales.
Nous voila seuls, démunis et sans aucun moyen de réparer dans un rayon de 400 km. Alors, nous tentons l'opération de la seconde chance, démontons complètement le dérailleur arrière, raccourcissons la chaîne et faisons en sorte de transformer mon VTC fragile en bicyclette des temps anciens ( donc toujours efficace). Si cette réparation nous permet de parcourir quelques kilomètres, elle ne suffira pas a me faire grimper avec mes 25 kg de bagages jusqu'au poste frontière.Nous arrêtons donc un pick-up qui nous pose après le premier poste frontière et nous voila, nos bécanes accrochées l'une à l'autre par mon chèche, à la queue leu-leu sur un plateau culminant à 3300 mètres d'altitude, sous un ciel sublime et contre un vent a décorner des boeufs. Hasards et joies du voyages, nous trouverons réconfort sous une yourte autour d'un lait de jument fermenté, passerons finalement la frontière et nous retrouvons le lendemain a Kachgar ou je récupère un dérailleur arrière tout neuf.
Deux jours plus tard, nous attaquons ''le gros morceau'' de notre voyage et le désert du Taklamakan s'ouvre a nous.Il y fait une chaleur à crever et aux heures les plus chaudes, haletants et assoiffés, nous faisons des sauts de puces entre les taches d'ombres qui s'offrent a nous sur cette route uniforme ou le ciel, blanc et bas, suinte un air collant et gras en cette fin de mois de juillet. On ne badine pas avec l'Asie centrale. Pour peu qu'on s'y attache, elle devient une amoureuse envoûtante, presque parfaite. Elle vous étreint de toute sa taille, vous étouffe corps et biens de sa chaleur de forge, vous émerveille ou vous tient coi de longues heures par sa sauvage beauté et vous accable par la lancinante et âpre diplomatie bureaucratique dont il faut faire preuve pour oser l'approcher. Une maîtresse magnifique qui tour a tour vous comble ou vous dévore de l'intérieur.
Donc, 1500 kilomètres a abattre pour gagner la ville de Turpan, ville la plus chaude de la Chine ou nous arrivons par un frais matin ( 42 degrés) et que nous quittons après un déjeuner charmant, invités par Clémence et Stanislas, jeunes français, rencontres dans la rue. Nous laissons ces frais et heureux maries a leurs billets de train pour trouver de quoi réparer la jante de François.C'est que, depuis deux semaines, le bonhomme crevé six fois par jour alors que tout semble, extérieurement, être normal. En outre, nos visas n'ont qu'une durée de un mois, impossible pour nous de parcourir toute la distance à vélo.Nous prenons donc la résolution de faire du stop sur 580 kilomètres pour trouver de quoi réparer l'avarie. Et nous repartons.
Pour survivre heureux, pédalons à deux. Rassurés sur l'état de notre matériel, nous entamons notre remontée vers la frontière mongole, via
le poste frontière de Zamyn Uud. Sur la route, nous sommes souvent accueillis et nourris. Ce sont les gens les plus simples qui nous ouvrent leurs maisons, nous partagent leur repas. Ils ont moins à perdre donc forcement plus à offrir.
Nous entrons donc en Mongolie, a pas feutres, mais le mors aux dents car quelque part, ces milliers de kilomètres chinois n'étaient qu'une ''mise en bouche'' avant cette traversée d'une partie du désert de Gobi que nous attendons depuis des mois.Nous nous pensions un peu trop
verts pour ce genre de randonnée et puis un ami et notre entêtement nous ont convaincu que nous serions capables de traverser ces paysages sublimes, vierges, sans fins et décourageants. Dans son petit et bel ouvrage ''la vertu des steppes'' Marc Alaux, confesse que ''rien n'est simple dans la steppe.Tout commence d'abord comme si le but s'éloignait constamment''.
Après une petite semaine sur place, nous nous rendons compte nous aussi que ce pays sublime, abîme et esquinte le caractère. Motivés, nous le sommes mais cette motivation est passée au fusil de l'immensité, du vide et d'une relative solitude. Si nous aimons le peu que nous connaissons de la Mongolie c'est parce que sa taille, sa beauté époustouflante, le regard fier, digne, droit et le physique affûté de ses habitants, nous poussent a aller chercher, puiser ce qui nous meut, ce qui nous pousse a vouloir finir ce que nous avons commencé.
Pourtant un peu entraînés, nous luttons pour venir a bout de ces 650 kilomètres de désert dont la route, mi-piste cahoteuse et mi asphaltée ne laisse pas vraiment de loisir à la contemplation : on ne voit rien lorsque l'on souffre. Finalement, après quatre jours et demi d'efforts, un rush final de 220 kilomètres en une journée accomplie pour fêter nos 11 000 kilomètres déjà parcourus, nous arrivons a Oulan Bator. Épuisés mais au combien heureux, une phrase de Montherlant raisonne dans nos cranes vides alors que nous nous écroulons sur nos paillasses : ''La liberté existe toujours; il suffit d'en payer le prix.''
Commentaires
mybestluxe.com
11H38 21 SEPTEMBRE 2011
Le récit est captivant.
C'est une très belle aventure humaine.
Aude Repoux
12H39 07 SEPTEMBRE 2011
Eh bien, chapeau bas les gars, you do it... Je suis très impressionnée et j'ai eu soif avec vous en lisant vos lignes. Plein de courage pour la suite et toutes ces belles découvertes qui vous attendent au détour de votre voyage.
Visiteur Lix
06H32 03 SEPTEMBRE 2011
Je me souvient d'un gars qui se faisait Paris/Lyon aller/retour.
Moi, motard jele prenais pour un taré. Il se collait au cul des camions pour se mettre en "aspi" afin de prendre en vitesse et s'économiser.
Aujourd'hui j'habite près d'une montagne sacrée en Catalogne nommé "le Canigou". Et bein à bientôt 50 ans,j'en suis à me laisser piquer par le virus du vélo de fond depuis quelques temps.
C'est grace à des gars comme vous qui m'en donnez envie.
Magnifique poésie des paysages dans la soufrance mais aussi l'exaltation du corps et de l'ésprit. Vous êtes dans le réel intérieur et en dehors, grace à votre force de volonté. Ce parcour initiatique est une rencontre unique avec soi et avec une grande modestie courageuse. C'est comme ça qu'on grandit,et qu'on se bonifie spirituelement.
Ce soir je saurais dans quel genre de rêve j'irais m'immerger.
Allez, ne changez rien car tout le monde vous regarde, et profitez bien de ces derniers remparts de liberté que l'on vous envie.
Michelle
10H59 30 AOUT 2011
Belle histoire, bien écrite, on y est... Chapeau et bon courage les gars !
agneslamexicaine
22H46 29 AOUT 2011
quelle beauté la Mongolie! courage les garçons! aspirez chaque minute à fond!
Visiteur
17H47 27 AOUT 2011
Bonjour,
Combien vous a coute votre passage a velo du Torugart ?
Il parait que c'est hors de prix et qu'il faut passer par une agence Chinoise ?
Bonne continuation.
VisiteurFx
01H15 23 AOUT 2011
Le texte est aussi beau que les paysages décrits et son intensité comparable a l'effort des voyageants pédaleurs. Bravo a tous deux et merci.
antoineantoine
00H33 23 AOUT 2011
Belle histoire, bien écrite, on y est... Chapeau et bon courage les gars !
Visiteur
00H02 23 AOUT 2011
Bravo à vous qui devez avoir un beau petit velo dans la tête! Votre périple donne envie de suivre vos traces et de vivre une des dernières aventures de ce monde aux antipodes de tous ces "voyages" pré mâchés et balisés. Merci
Lissa
19H46 22 AOUT 2011
Salut les Jeunes et bravo !
Je viens de passer 2 semaines à sillonner quelques recoins reculés ( et épargnés des touristes) du Grand Caucase....Ca vous aurait plu mais c'était moyennement plat....
Bonne route vers l'Orient Russe. J'aimerais être avec vous.
Gaumarjos batonebo !
le Colonel....
Romain
14H34 22 AOUT 2011
Qu'il est doux et stimulant de vous savoir arrivé dans le capitale de ce glorieux pays. Je lis depuis plusieurs semaines la Longue marche, de Bernard Ollivir, à pied d'Istanbul à Xi'an en Chine. Je lis votre article avec d'autant plus de délectation que certains des lieux dont vous parlez sont décrits par l'auteur de manière très détaillée. Je me figure donc encore mieux l'effroyable splendeur que vous avez traversé. La steppe est reine et vous êtes ses princes charmants désormais.
Merci de prendre le temps de partager vos émotions, ca transporte.
Que la route vous soit clémente.
Nicolas Mirkovic
13H21 22 AOUT 2011
Belle aventure ! Continuez à nous faire rêver !
stéphanie
12H48 22 AOUT 2011
Passionnant, impressionnant, émouvant même…. Bref, belle aventure que vous nous faites partager !
Bon courage pour la suite : qu’elle vous réserve de belles rencontres, de grandioses paysages et la satisfaction de gagner cette liberté méritée.