Le toit du monde attire chaque année de plus en plus de prétendants au sommet. Enquête réalisée en 2009 par notre correspondant montagne, François Carrel.
Du 19 au 23 mai, l’Everest, point culminant du globe à 8 848 m d’altitude, a connu sa désormais traditionnelle folle semaine : selon un premier décompte, partiel, près de 300 personnes ont réussi son ascension en cinq jours, par ses deux versants, tibétain et népalais. «Une foule insensée… Pas moins de 150 grimpeurs sont en route vers le sommet aujourd’hui. Cela va être de la folie là-haut», rapportait un guide le 20 mai, par téléphone, depuis le versant sud… Selon le ministère népalais du tourisme, au moins 58 expéditions devaient s’attaquer au toit du monde ce printemps, soit 600 himalayistes ayant déboursé de 15000 à 40000 euros chacun.
Fil d’Ariane. Une fois de plus, les records du nombre d’ascensions pourraient être battus. Depuis le début de la décennie, l’Everest attire des foules croissantes chaque année. Au printemps 2007, 630 personnes avaient atteint le sommet, soit autant qu’entre la première ascension britannique de 1953 et 1993. L’an dernier, les Chinois s’étant réservé le versant tibétain afin de monter la flamme olympique au sommet, l’afflux de prétendants à l’Everest s’était concentré sur le versant népalais: en huit jours, 387 personnes étaient arrivées au sommet par ce seul itinéraire, autre record. L’explication de ces chiffres est simple : les agences spécialisées de guides, principalement anglo-saxonnes, ainsi que les agences népalaises et tibétaines, sont totalement rodées. Chaque début de saison, les sherpas équipent toute la montagne, jusqu’au sommet, de cordes fixes : un solide fil d’Ariane sur lequel les himalayistes sous oxygène peuvent ensuite se tracter, coachés par un guide occidental ou pas, et presque toujours accompagnés d’un sherpa «personnel». Depuis 2006, en moyenne, au moins la moitié des membres des expéditions réussissent l’ascension ! «Avec une bonne condition physique, quelques notions de cramponnage et un peu d’oxygène, presque n’importe qui peut désormais gravir un 8000, résume Christian Trommsdorff, guide et himalayiste de haut niveau. Rien à voir avec l’alpinisme : on ne grimpe pas, on se tire aux cordes. On n’a plus aucune autonomie : on ne cherche pas son itinéraire, on n’assure plus le travail de progression soi-même. Le paroxysme est atteint avec l’oxygène, qui permet de progresser à 8000 mètres comme si on était à 7000, voire 6000 m.»
Performance. L’oxygène, seul produit dopant reconnu par les himalayistes. «L’exploit ne se réalise aujourd’hui que sur des itinéraires de grande difficulté, sans utiliser l’oxygène. Gravir un 8 000 par sa voie normale, surtout si on respire de l’oxygène transporté, est devenu une chose banale», insiste le vétéran français Henri Sigayret.
Certains pourtant s’accrochent à gravir l’Everest sans oxygène : le guide français Ludovic Challéat est devenu le 20 mai le septième Français à réussir la performance. Fin 2008, sur les 4 109 «summiters» recensés de l’Everest, seuls 144 n’avaient pas utilisé d’oxygène. «Je ne retournerai plus à l’Everest, assure Ludovic Challéat. L’Everest n’est plus considéré comme un aboutissement faisant suite à une longue expérience, mais comme un produit que l’on consomme. C’est regrettable, car un 8 000 est une aventure extraordinaire pour ceux qui ont la chance de la vivre.»
Le témoignage de Nadir Dendoune, premier Franco-Algérien à gravir l’Everest
Commentaires
Visiteur
10H23 09 JUIN 2009
Je suis de Toulouse, beaucoup de mes amis et connaissances de là-bas font de la montagne, et au moins une douzaine de personnes dans mon entourage sont mortes dans un accident de montagne-presque tous des montagnards expérimentés en train de faire une balade facile.
Donc, je trouve complètement irresponsable de votre part, de publier un tel article. Merci de ne pas raconter n'importe quoi, en faisant croire au public que la montagne, c'est à la portée de n'importe qui: c'est FAUX.
dussapt
06H39 09 JUIN 2009
Soit, il ne faut plus faire une montagne de l'Everest...Mais pouvez - vous proposer deux ou trois autres stations convenables...
dd