Merome, trentenaire et informaticien, est un internaute devenu «décroissant à la suite d'une prise de conscience écologique». Il est l'auteur d'un blog se voulant «témoignage de citoyen/consommateur/père/joueur/informaticien» où l'écologie tient une bonne part.
Une chose est certaine : la bêtise est durable et l'ineptie commerciale renouvelable.
Hier, pour des raisons professionnelles, j'étais à Paris (...) pour assister au salon Intergraphic, le "rendez-vous annuel de la filière graphique", et y rencontrer certains fournisseurs avec qui il m'arrive de travailler.
La visite du salon fut aussi rapide que peu intéressante, mais j'ai pu constater un véritable engouement pour les thèmes écologiques, durables, responsables, verts et tout ce qui peut faire vendre sur le papier.
Le papier justement, commençons par là. Notre fournisseur principal de papier était présent et vantait les mérites de son nouveau papier recyclé plus blanc que blanc.
Une des infos que je venais justement chercher, c'était le véritable intérêt écologique du papier recyclé, par rapport au papier issu de forêts gérées convenablement. Un gros tas de labels garantissent un tas de choses au sujet des papiers "classiques" (FSC et PEFC pour ne pas les citer), nous donnant quelques raisons de croire que l'on ne déforeste pas l'Amazonie à coups de terrains de foot (bizarrement, c'est la référence qu'on utilise généralement pour parler de déforestation) quand on imprime et photocopie nos documents. De l'autre côté, on entend dire que les désencreurs, blanchisseurs et l'utilisation massive d'eau pour collecter et recycler le papier pourraient n'être pas si écologiques que ça, si l'on prend en compte toutes les étapes...
Alors moi, bêtement, je demande à la dame quel est l'éco-bilan global de chacun des procédés de fabrication du papier : le recyclé, et le "pas recyclé". Si le fabricant lui-même ne le sait pas, alors où va-t-on ? Et comme tout le stand est résolument tourné vers l'écologie, et que la moindre pancarte, le moindre présentoir est tout de vert coloré, je me dis qu'ils sont forcément bien informés.
La réponse, je vous la donne en mille : "Qu'entendez-vous exactement par éco-bilan global?"
Après avoir ramassé mes bras qui m'en étaient tombés, j'essaie d'expliquer ma question, je voulais savoir des deux types de papier celui qui était au final le plus écologique, celui qui dégageait le moins de CO2 au cours de sa fabrication, celui qui nécessitait le moins de ressources, le mieux quoi, indépendamment du prix.
Elle me répond alors que c'est à nous de juger de ça, et de faire notre choix pour tel ou tel type de papier. Mais bien sûr ! Comment n'y avais-je pas pensé plus tôt : le meilleur papier, écologiquement parlant, c'est celui que je vais choisir...
Là-dessus, passablement échaudé, je passe devant un autre stand, je ne sais plus ce que ceux-là vendaient exactement, mais ça tournait autour de la fourniture de services d'impression. Là, le stand et la présentation de celui-ci étaient à 100% placés sous le signe de l'écologie. S'ils avaient pu repeindre les hôtesses en vert pomme, je crois qu'ils l'auraient fait. Et donc, alors que je ne pensais même pas m'arrêter ci-devant, je découvre avec stupeur un petit récipient placé devant le stand. Si les autres exposants avaient choisi de façon très traditionnelle d'offrir des viennoiseries et autres cacahuètes aux passants, voire des bonbons, ce stand-là, dont l'écologie était le fer de lance, je rappelle, proposait... des cerises !
J'ai dû faire une drôle de tête parce que du coup, l'hôtesse m'a abordé. Je lui dis :
- Des cerises ?
- Oui, servez-vous.
- C'est pas très écologique, dites-moi ?
- Bah, il faut aussi travailler avec ces pays là, sinon, de quoi vivraient-ils ?
Je n'ai pas poursuivi plus loin la discussion. Expliquer à quelqu'un dont le but est de vendre de plus en plus de vent chaque jour, que faire venir des fruits de l'autre bout de la planète pour les gaspiller sur un stand pourri, ce n'était pas ce qu'il y a de plus éco-responsable, je n'en avais pas la force.
Je vous passe les autres slogans débiles, manoeuvres commerciales douteuses, commerciaux avenants mais carnassiers que j'ai pu voir ensuite. Cela serait trop long de les énumérer ici.
(...) Vendre de l'écolo non pas parce qu'il le faut, mais parce que ça se vend mieux. C'est la prime à la crasse. La négation totale de l'humain et de la nature dans l'économie.
La connerie, repeinte en vert.
http://merome.net/blog/
Commentaires
N MONNET
09H03 04 FEVRIER 2009
Et si, au lieu de donner des cerises, ils avaient mis des bonbons? Il faut du pétrole pour fabriquer l'emballage plastique, et encore de l'énergie pour faire cuire, et certainement encore du pétrole pour faire venir le sucre de canne.
Pourtant, si ça avait été un bonbon, notre blogueur n'aurait probablement rien trouvé à y redire.
Salade
16H33 03 FEVRIER 2009
bien écrit!
parler de ce qui est le plus propre fait appel à une mesure.
toute mesure doit être acceptée par tous
en mathématiques aussi
la taxi distance
la maxi distance
la norme n...
il faut choisir ENSEMBLE, càd démocratiquement-politiquement
Visiteur
16H21 03 FEVRIER 2009
en Allemagne le papier recyclé est brun. c'est en France qu'on utilise des tonnes de chlore pour le blanchir.