A l'autre bout de la langue de désert qui enserre Pushkar, à la périphérie de l'infini terrain où se déroule la plus belle foire aux dromadaires de l'Inde en novembre, dans le coin perdu entre piste et dépotoir que la ville leur a accordé, s'ouvre le campement gitan...
Entourées de broussailles d'épineux afin d'éloigner les animaux rôdeurs de la nuit, une centaine de bâches portées par des arceaux de bambou.
Et un millier d'individus entassés dessous durant la nuit, regroupés autour, par terre durant la journée.
Un millier de prétendus dresseurs de cobra, de danseuses, de faux gourous, de mères portant en ville leur progéniture ou celle d'une autre pour quelques roupies, d'astrologues ou d'artistes du henné.
Un millier de personnalités changeant de rôle selon les circonstances, un jour gourou, un autre dresseur de cobra,au gré des fantaisies, au gré de la disponibilité du cobra ou de la vache sacrée à cinq pattes qui se promène dans le camp
Ces faux artistes rencontrés en ville, me reconnaissent et me saluent amicalement, un sourire aux lèvres pour se faire pardonner leurs supercheries de la journée.
Et quelque soit l'heure à laquelle je me trouve au camp, se mettent à allumer le feu sous la casserole pour partager le chaï avec moi ou le dîner si la nuit tombe.
Leurs maigres biens suspendus aux branchages, à l'abri des chiens, le cobra dormant dans son panier, sous le charpoï, les lits fait d'un cadre métallique et de sangles entrecroisées.
Pas de matelas, d'oreillers douillets, de petite descente de lit pour les petits pieds fragiles, pas de salle de bain...
Un puits à leur disposition pour les besoins en eau, des bidons qu'il vaut mieux remplir la veille, le soir plutôt que le lendemain à l'aube, quand il y a foule.
Les toilettes pour hommes, première dune à gauche, les femmes à droite.
La cuisine, un espace au sol pour le feu de bois et la marmite, la place pour rouler les chapatis, pour couper les piments servant au curry que Sara me prépare.
Elle qui fait partie des plus pauvres, n'ayant pas de toit au dessus de son charpoï, pas de tente alors que la mousson de printemps arrive.
Quand les plus riches d'entre eux possèdent quatre murs de paille, voire un fauteuil de rotin pour que l'homme de la famille se repose, en pacha, de sa journée d'oisiveté, alors que les femmes préparent le dîner.