Deux mois ici. Un seuil toujours critique, celui où l'on pense courir à la première agence de voyage venue afin de trouver un billet retour immédiat...
Pushkar – Rajahsthan – Inde
Le 6 février 2009
Celui où la coupe trop remplie de bruits, de foule, d'émotions menace de déborder
De re-déverser le trop plein d'orteils englués dans les bouses de ces vaches omniprésentes, de relents d'urine, de poussière, de fumées de crémations, de coups de klaxons comme des râles, de nuits remplies de sono hurlant le mantra répétitif «Om Shivam»,
Une overdose de foule crachant, rotant, reniflant, se gargarisant, chiant, marquant son passage de ses excrétions
Une saturation de cul-de-jattes se traînant, rampant, de mendiants la main portée à la bouche afin d'appuyer la supplique, d'enfants des rues suppliant qu'on lleur achète cinq, dix kilos de farine à chapati qu'ils iront ensuite revendre, en cachette afin de rapporter l'argent à leur père qui se saoulera.
L'envie grandissante d'en prendre un pour taper sur l'autre...
Alors je ferme les yeux sur ce monde grouillant m'asphyxiant et je les ouvre sur mes gitanes : « halla, halla », « on y va », et l'on prend la route du camp;
Le bruit s'apaise, les odeurs s'estompent, les filles ne courent plus après les touristes pour quelques dessis au henné, elles aussi se détendent
Une demi-heure de marche dans le désert pour arriver à un monde sans motos, sans électricité, sans sono, sans télé.
Pour arriver au calme et faire le tour des tentes où l'on m'offre le chaï, les chapatis et les curry les plus pimentés que je n'ai jamais mangés.
Pour faire les photos de ceux qui me demandent leur portrait.
Pour me poser et sentir ces mains invisibles qui me retiennent.
Pour oublier l'agence de voyage, le billet de retour.