En cette fin juillet, Patrick Hoffstetter, directeur général France et Royaume-Uni Irlande de Lastminute.com, fait le point sur les nouvelles habitudes des Français en ce qui concerne les vacances.
Quelles sont les tendances de consommation cet été ?
La tendance principale est la « dernière minute ». Cela existe depuis un certain temps déjà, mais cet été, on a vraiment une accentuation du phénomène. L’été dernier, les gens achetaient à 18 jours. Cet été, on est plutôt à 14 ou 15, voire moins. En ce moment, la moitié des réservations se fait à J-15 ; les départs fin juillet représentent le gros des ventes.
Au-delà du côté opportuniste qui les fait attendre jusqu’au dernier moment pour avoir des prix avantageux, les Français prennent des risques sur la destination. Avant ils décidaient de partir à Barcelone par exemple, ils attendaient les meilleures offres. Aujourd’hui ils se disent « je voulais aller à Barcelone, mais Rome est moins cher, alors pourquoi pas… ». Le choix des destinations se fait vraiment en fonction des prix. On l’a vu cet hiver avec les départs au ski, pendant les longs week-ends de mai, et cet été, c’est vraiment la consécration, et pas seulement chez lastminute…
Est-ce un effet de la crise ?
Je pense que la crise a renforcé l’évolution en termes de produits. Elle a joué le rôle d’accélérateur pour les « packages dynamiques », c’est-à-dire les voyages sur mesure. Aujourd’hui le client construit de plus en plus lui-même son voyage, comme un Lego, avec un avantage tarifaire. C’est actuellement pour nous le seul produit en hausse constante depuis le début de l’année. La durée moyenne des voyages sur mesure est extrêmement variable, et c’est ce qui les rend attractifs par rapport aux séjours dont la durée est, par définition, fixe. Je dirais que la moyenne des voyages sur mesure se situe entre 3 et 4 jours environ, mais cela varie chaque semaine.
Les gens partent moins longtemps, c’est donc un manque à gagner pour vous…
Pas vraiment. Le panier moyen a subi une forte pression à la baisse. Les clients font des arbitrages : ils préfèrent les voyages sur mesure aux séjours plus longs, mais partent plusieurs fois dans l’année. En fait, c’est psychologique, ils regardent au coup par coup : lorsqu’ils réservent pour l’été, ils ont « oublié » ce qu’ils ont dépensé pour les vacances de février…
Ce panier moyen justement, quel est-il ?
On est à 600€ pour les vols, on voit donc bien que le domestique a un poids important (on est à 1000€ environ pour les vols internationaux). Pour les séjours, c’est environ 1400€ et on remarque que le long courrier est en expansion. Par exemple, pour 200€ de plus, les gens préfèrent partir en République Dominicaine qu’en Tunisie. Le rapport qualité/prix domine, en faveur des destinations lointaines. On est aujourd’hui dans un rapport un quart / trois quarts entre longs et moyens courriers, alors qu’on était à 20-80% avant…
Pour les hôtels, le panier moyen est de 260€ (et cela grâce aux grosses promotions, sinon, on est plutôt à 300€), 850€ pour les packages dynamiques, 400€ pour la voiture, 1400€ pour les croisières et un peu moins de 500€ pour les locations.
En fait, deux produits font baisser le panier moyen des locations : l’essor du camping, et le succès des destinations « montagne », qui sont deux fois moins chères que les départs au soleil (notamment en région PACA, dont les prix sont particulièrement élevés cette année).
Les Français partent plus en camping ?
Oui, on fait un carton sur le camping, qui augmente de 6% par rapport à l’an dernier. C’est un produit qui a longtemps souffert de son image mais qui a su se revaloriser. On est aujourd’hui loin du camping des flots bleus ! On parle d’ « hôtellerie de plein air », les campings étoilés sont de plus en plus nombreux…et certains sont même mieux outillés que certains hôtels ! On se rapproche de l’image du camping qu’ont les Européens du Nord, qui passent des vacances « de luxe » en camping 4 ou 5 étoiles.
C’est vrai aussi que les tarifs n’ont rien à voir : on propose des semaines à 99€ en camping, difficile à battre en hôtel…
Vous avez été nommé directeur général de Lastminute au Royaume-Uni et en Irlande. Quelle différence y a-t-il entre les clients français et anglais ?
Le profil type des clients est semblable, mais les Anglais sont beaucoup plus tournés vers l’international. Les Français préfèrent partir en France, et c’est une tendance qui s’accentue : de 60% l’an dernier, on passe à deux tiers cette année… Les demandes pour du locatif en France sont en hausse de 20% par rapport à l’été 2008, et les réservations d’hôtels dans le territoire national représentent pour nous un tiers du business global des hôtels.
Où en êtes-vous de la bataille juridique qui vous oppose à Voyages-SNCF ?
Nous avons gagné le procès en février dernier, Voyages-SNCF a été condamné. Nous lançons le dossier au Tribunal de commerce de Paris cette semaine, et d’ici à la fin de l’année, nous devrions proposer des packages dynamiques en chemin de fer ainsi que des billets de trains «sec». Nous pensons qu’il y a vraiment un marché à prendre, et que nos concurrents n’ont pas réussi à le faire décoller.
Site : http://www.fr.lastminute.com/
Photo : http://www.flickr.com/photos/shavejonathan/2731567003/
Commentaires
Globetrotter
11H45 24 JUILLET 2009
Quel chauvinisme! mais ce n'est pas mon cas, je préfére voyager à l'étranger, on découvre beaucoup plus (c'est vrai que certains n'ont pas beaucoup de curiosité).