Quelle heure est-il? Inutile, ici seuls les jours comptent. Surtout ils se décomptent. Sept jours de trajet et autant de fuseaux horaires traverses. Cahin-caha, le train avance. Il glisse sur les rails. Il balance, il tressaille. Première étape, le Transsibérien.
Quelle heure est-il? Inutile, ici seuls les jours comptent. Surtout ils se décomptent. Sept jours de trajet et autant de fuseaux horaires traverses. Cahin-caha, le train avance. Il glisse sur les rails. Il balance, il tressaille.
Dans le wagon, une porte claque. A cote des militaires russes boivent de la vodka. Ils parlent fort. Virils. Ce soir, ils dormiront tot. La provodnitsa, notre hôtesse de train nous abreuve de sa musique d'ascenseur. En gare de Moscou, elle nous accueille avec L'ete indien de Joe Dassin. Le Transsiberien au mois de décembre, notre ete indien. " Il fait chaud et ca sent le poney", ironise mon compagnon de voyage. C'est vrai. Dans le train, l'odeur est entêtante. La chaleur abassourdissante atteint les vingt-six degres.
A l'exterieur, on frise les moins vingt. La taïga s'étale. Blanche a l'infini. De temps en temps, une isba réveille cette monotonie. Un village de chalets colores. Un peu de chaleur, de la lumière et de la fumée. Puis la taïga revient. Elle deploie ses forêts de pins sibériens. Nous croisons aussi quelques villes. Perm, Omsk, Krasnoiarsk: leurs barres d'immeubles oubliées dans le ciel gris, leurs cheminées enfumées et leurs carcasses d'usines, énormes boyaux de métal rouillé. Nous passons notre chemin... A 60 km/h, la vitesse de croisière du Transsiberien.
Les Russes ont du mal à comprendre que nous soyons là pour le plaisir. "Crazy train", répète Ghenya, ma voisine de couchette. Pour ma part, je trouve ça fou qu'elle l'utilise comme moyen de transport. Même si l'avion est moins cher, c'est une habituée. Elle rejoint sa mère a Blagovechtchensk, une ville de l'Extrême-orient russe entre Khabarovsk et Vladivostok. Ghenya habite en Autriche avec son mari, rencontré sur internet. Il est agriculteur, "the king of the pumpinks", plaisante-t-elle. Avec ses joues trop maquillées et sa silhouette arrondie, on dirait une matrouchka. Mais loin des siens, la poupée russe ne sourit pas toujours. Alors elle se réjouit de rentrer chez elle quelques mois. " C'est bien de voyager mais c'est important de retourner chez soi." Elle a l'air de savoir de quoi elle parle, insiste, s'inquiète de nous laisser seuls en Russie. Nous nous quittons après trois jours de voyage. Il lui en reste encore autant. Nous sommes samedi, quelque part au bord du Transsiberien.
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Commentaires
Dens
11H25 15 AVRIL 2008
J'aime le train, moi aussi.
Moi aussi j'ai emprunté, pendant plusieurs mois, ce train mythique.
Et moi aussi j'ai bien tripé suite à la rencontre du peuple sibérien et de la taïga.
Vos mots sont jolis, mais ils ne sont pas justes.
Cette tendance à magnifier son propre périple aux yeux des autres me désole, car c'est finalement une image tronquée et touristique du voyage qui est véhiculée.
Je suis d'avis que le vrai voyage se fait pour soi, pas pour les autres.
Visiteur
07H56 05 MARS 2008
Je l'aime, ce train...C'est celui de Blaise C, à l'origine...En long, en large, et en travers, si,si, puisqu'il y a un bout de ligne qui remonte de Khabarovsk vers Komosmolsk sur l'amour. Le paysage, c'est une chose, impressionnant d'un bout à l'autre, départs au son de la marche de l'Armée Rouge, arrivées ivre-mort...Les premières années après la chute du mur, c'était copieux, bagarres, filles et coups de pistolet, tchétchènes , cosaques alcoolisés dans le train pour vérifier les billets, du Hugo Pratt...