Nouvelle chronique montagne de notre correspondant François Carrel en trekking sur les hauteurs de l'Himalaya dans le Karakoram au nord du Pakistan.
Approcher les grands sommets de la chaîne himalayenne du Karakoram, tout au nord du Pakistan, est un rêve pour tout amoureux des montagnes : arriver au pied de la formidable pyramide du second sommet du monde, le K2 (8611 m), au terme d’un voyage qui reste long et exigeant aujourd’hui encore, est un moment magique.
Il faut tout d’abord rallier Islamabad, la capitale du Pakistan. Si la météo est conciliante, on prend ensuite un vol interieur jusqu’à Skardu, petite ville chiite du Nord-Pakistan, en volant tout près d’un autre sommet mythique, le Nanga Parbat, l’un des cinq sommets de plus de 8000 m que compte le Pakistan. Si le temps ne permet pas de franchir les montagnes, il faut alors remonter en deux jours de route le cours de l’Indus, fleuve majeur, aux flots gris et puissants. De Skardu, une demi-journée de jeep permet enfin de gagner la fin de la piste, d’où débute la marche de 6 à 8 jours nécessaire pour remonter l’un des plus grands glaciers d’Asie, le majestueux et presque rectiligne Baltoro.
Accompagné de porteurs locaux, les robustes Baltis, on gagne lentement de l’altitude, à raison de 4 à 7 h de marche par jour sur des chemins poussiéreux puis, une fois le glacier du Baltoro atteint, sur la rocaille qui en recouvre la surface. Bientôt, on rejoint le cirque mythique de Concordia, à 4600 mètres d’altitude, au pied du K2, du Broad Peak et des Gasherbrums, autres géants de plus de 8000 m d’altitude. Si l’on aperçoit le Broad Peak très tôt au loin, dès les premiers jours du trek, il faudra plus de quatre jours de marche pour en toucher le pied, quatre jours de cheminement parfois tortueux à travers l’incroyable maelström de glace et de rochers, glacier large d’un à deux kilomètres, et, dit-on, profond de 1500 m de glace à Concordia…
Il faut donc de sérieuses qualités de marcheur pour s’aventurer ici, couplées à une profonde envie de dépaysement et une bonne forme physique, mais il n’est nul besoin d’être un alpiniste aguerri. La plus belle façon de clore un trek sur le Baltoro reste le passage d’un haut col glaciaire, le Gandogoro, à 5600 m d’altitude, qui permet de rentrer vers Skardu en réalisant une boucle, en passant par la très belle vallée de Hushe, verdoyante et très peuplée, surmontée, elle aussi, de montagnes époustouflantes.
Même pour le Gandogoro, nul besoin d’être un expert du cramponnage : une bonne expérience de la marche suffit. Luc et Béatrice, un couple du Puy de Dôme rencontrés à Hushe au terme de leur trek organisé par la petite et solide agence haut-savoyarde Odyssée Montagne, n’avaient jamais fait de trekking en Himalaya. Ils sont ravis : “Je recherchais l’isolement, un environnement sauvage : je n’ai pas été déçue, sourit Béatrice. Ce trek m’emmène très loin, je ne m’attendais pas à toute cette minéralité”. “L’immensité, l’espace m’ont énormément dépaysé, poursuit Luc. Etre ici, ça vide la tête ; de même les conditions de vie des montagnards ici nous permettent de relativiser nos soucis d’Occidentaux…” Luc et Béatrice citent encore parmi les bonheurs de leur trek les visites aux camps de base du K2, du Broad Peak ou des Gasherbrum, où des dizaines, parfois des centaines, d’himalayistes campent en attendant le beau temps.
Comme tous les voyageurs du Nord Pakistan, Luc et Béatrice n’ont, à aucun moment, eu de sentiment d’insécurité : les soubresauts politiques qui agitent le Pakistan, pays immense, ne doivent pas effrayer les trekkeurs. L’image médiatique du pays décourage pourtant nombre de touristes, et cette année encore, après les attentats perpétrés dans les grandes villes du pays, nombre d’agences de trek et de voyageurs ont annulé leur periple sur le Baltoro ou sur les autres hauts lieux du trek dans le Karakoram, au désespoir des locaux pacifiques pour qui le tourisme représente une activité économique importante.
Un trek sur le Baltoro, avec une agence française comme Odyssée, coûte près de 4000 euros vol compris, pour trois semaines de voyage dont deux de marche, une somme conséquente à laquelle il faut ajouter les éventuels frais d’équipement personnel… En passant directement par une agence locale (North Pakistan, ATP, Jasmine ou Nazir Sabir pour les plus solides), on peut ramener le coût du trek à moins de 3000 euros.
Pour en savoir plus :
Le récit sympathique d’un trek sur le Baltoro, en 2005, sur l’un des sites francais les plus documentés sur le Nord Pakistan, Blank on the Map
Le site de l’agence Odyssée : www.odyssee-montagne.fr