Le mot rouge-gorge n'existe pas dans le lexique inuktitut. Ces oiseaux ne s'étaient jamais aventurés dans de si fraîches régions; jusqu'à ce qu'elles deviennent plus clémentes...
Cet ainé remarque le raccourcissement de l'hiver, le changement de qualité de la neige. Au printemps dernier, des hommes pourtant expérimentés sont tombés, avec leurs motoneiges, dans la mer soudainement mise à nue. La glace était anormalement mince. Le savoir des Inuit, spécialistes en lecture de la neige, deviendrait-il moins fiable?
Le changement climatique est attesté par les scientifiques (1) qui mesurent, analysent et concluent au réchauffement du sous-sol, à la diminution du permafrost (couche du sol toujours gelée), ce qui entraine des glissements de terrains et la déformation des pistes d'atterrissages. Or le transport aérien est vital au Nunavik, aussi bien pour l'approvisionnement alimentaire que pour les évacuations médicales.
Les déplacements deviennent également plus périlleux pour les troupeaux d'animaux. Les caribous s'adaptent en changeant leurs voies de migration, s'éloignant alors des villages, et des chasseurs. La consommation de nourriture traditionnelle, saine, se réduit au profit de la junk food (chips, coca...), connue pour ses aptitudes à créer divers troubles cardiovasculaires...
Autre effet non soupçonné: l'impact sur la santé mentale. Si les Inuit se sont récemment sédentarisés, chasser, pêcher ou camper reste inscrit dans leur mode de vie. L'accès à la toundra est facilité en été et en hiver (grâce au tapis de glace). Or, avec les intersaisons qui s'allongent, les habitants perdent la liberté de s'éloigner du village. L'isolement et l'ennui augmentent. Les psychologues y voient là une influence sur le développement des troubles psychiques. A l'automne et au printemps, les suicides sont plus fréquents.
Reste les compagnies minières qui, elles, se satisfont de cette situation. Les voies navigables sont maintenant ouvertes pour de plus longues périodes, entrainant une réduction des coûts de transport.
Dans le village, les aînés réfléchissent à une traduction du mot rouge-gorge.
(1) Science du 11 septembre 2009
Les auteurs:
Laure Gruel et Stéphane Moiroux ont été sélectionnés comme coup de coeur pour la bourse PJA, pour leur projet intitulé "Regards sur la Folie". Ils sont partis à la rencontre de quatre communautés amérindiennes, du Nunavik à l'Amazonie, et souhaitent interroger les perceptions de la «folie» et ses traitements. En parallèle, ils extrapolerons sur le quotidien de ces communautés... Un espace personnel leur sera bientôt dédié sur ce site.
Commentaires
Laure et Stéphane
17H21 14 OCTOBRE 2009
Ouchchen, évidemment le sujet est complexe et mériterait un article beaucoup plus long et développé, ce qui n'est pas le but de cette chronique (comme ce n'est pas notre but d'être journalistes. Nous avons une autre profession). Mais surtout, les informations de cet article ont été vérifiées et renseignées: rencontres avec la population de Kuujjuaq (nous y sommes depuis deux mois), avec le psychologue, lecture d'articles (développement social, revue de l'institut de santé publique du Québec, Nunatsiaq news) et rencontre de scientifiques venus faire une conférence sur le sujet (Y.Gauthier de L'INRS). D'ailleurs, ils ont développé un système de radar et de cartes données à la population permettant de renseigner sur l'épaisseur de la glace, pendant les intersaisons, afin de limiter les accidents. Si vous avez des informations sur le sujet, on est preneurs..
Ouchchen
13H25 10 OCTOBRE 2009
Eh ben voilà deux futurs journalistes comme les médias actuels les aiment : dans le pathos, sans guère de réflexion et plutôt mal informés. Quand on veut parler des hautes latitudes en abordant évolution climatique et changement de mode de vie des populations indigènes, on se renseigne correctement en climatologie et sciences annexes d'une part, et, d'autre part, en sociologie-ethnologie. Mais c'est du boulot...
luciane
16H55 06 OCTOBRE 2009
Bravo à tous les deux, c'est trés intéressant de savoir comment vivent ces minorités dont on ne parle jamais,les photos sont pleine de poésie.On attend bien sur la suite avec impatience !!
Visiteur
23H26 05 OCTOBRE 2009
j'aime beaucoup vos articles et j'attends avec impatience la suite. Tout de même pauvre rouge gorge