Il fallait renouer avec une pratique ancienne: partir sur des voyages de reconnaissance et d’exploration qui permettent la création de voyages d’envergure… Une expé racontée par Laurent Boiveau, Guide accompagnateur Terres d'Aventure.
Pour l’Algérie, l’idée était de réunir trois massifs qui se succèdent au départ de Tamanrasset. Il s’agissait de créer un itinéraire englobant ces trois massifs contigus et de profiter du temps estimé (23 jours de marche) pour trouver un tracé qui donnerait ses lettres de noblesse à cet itinéraire.
Le choix était de partir du point le plus au nord, l’Immidir, pour finir plein sud dans le Hoggar, aux portes de Tamanrasset en terminant par les plus beaux paysages du Hoggar. L’Assekrem et la Taéssa donnent au voyage son but final.
Un Voyage à travers la géologie particulière du Sahara : le grès de l’Immidir, citadelle imprenable, la Tefedest, dorsale de granit, le Hoggar et son volcanisme, nous ont accueillis sous une forte chaleur cette saison. L’hiver semble s’être évaporé cette année, mettant à rude épreuve le pâturage et les chameaux. Ce fut une surprise que de découvrir une caravane "chamelière" constituée en grande partie de jeunes chamelles qui égayent le départ matinal d’un "chant harmonieux", révélateur de leur joie d’être bâtées. Le pli pris, la caravane se sépare en deux entités. Les chameliers tracent au mieux à la recherche du pâturage le plus propice et le groupe des marcheurs exploite les richesses de chaque massif.
Sur ces voyages de reconnaissance, les horaires ne sont souvent qu’indicatifs. Le descriptif de l’itinéraire, pourtant discuté autour d’un thé, est parfois approximatif. Il ne faut pas s’étonner d’arriver de temps en temps à une heure tardive. Mais tous ces aléas enrichissent le périple et permettent de rendre honneur à la beauté du paysage.
Rabdu, notre guide chamelier nous précise "juste au pied de la montagne", ou "juste derrière la dalle". Alors pourquoi ne pas prendre le temps de visiter. L’esthétisme des lieux finirait par nous faire oublier qu’une "heure touareg" est souvent extensible. La fatigue se fera oublier le soir après une bonne soupe appelée Zambo, suivie d’un plat mitonné avec soin.
Plateau de l’Immidir
L’Immidir nous dévoile toute sa verticalité, de profondes failles dissimulent une végétation inaccessible. Les canyons sont profonds et lacèrent un plateau qui regorge de gueltas et de peintures. Sa relative difficulté d’accès en a préservé sa faune, les gazelles se croisent en grands troupeaux. Khya, notre cuisinier, en comptera 35 d’un seul coup, on peut faire confiance aux touaregs pour un compte juste lorsqu’il s’agit de ce met de choix !
Tefedest blanche
Le col d’In Erene nous projette directement dans la plaine qui nous sépare de la Tefedest. Deux jours où les distances n’ont plus de référence, il faut avancer vers cet Eldorado… En effet la Tefedest regorge de puits, mais surtout d’ « eau qui coule », phénomène assez rare pour être mentionné. Soulager ses pieds sous une petite cascade avant de se réfugier sous l’ombre bienfaitrice d’un palmier ou d’un figuier est un petit plaisir qui prend toute son ampleur au cœur du Sahara. Pour les chamelles, c’est aussi un moment attendu en cette année pauvre en verdure. Un peu de brume de chaleur nous aura caché de temps à autre la beauté de la formation rocheuse typique en « œuf ». Ce granit lisse semble avoir été déposé par un animal mythique depuis longtemps disparu.
Laurent Boiveau
Guide Accompagnateur Terres d’Aventure