Au centre du Karnataka, loin, très loin (au moins 300 kms d'une route digne de ce nom), se trouve Hampi, un sanctuaire inscrit au Patrimoine Mondial par l'Unesco.
Une petite bourgade qui heureusement interdit les immeubles et dont la vie se déroule paisiblement.
Sa situation excentrée le préserve de vagues massives touristiques qui pourraient tout dénaturer.
Ca pourrait ressembler à ANGKOR si les temples étaient ici enfouis dans l'épaisse jungle, mais la sécheresse du lieu fait plus penser à BAGAN, au MYANMAR.
Sur près de 650 kilomètres carrés, de part et d'autre de la rivière TUNGHABADDRA qui baigne HAMPI, se dressent des dizaines de temples, une citée royale aujourd'hui abandonnée, des vestiges si grandioses que l'on a du mal à imaginer la vie foisonnante de ce lieu il y a quatre siècles.
Un des plus grands empires hindous qui comptait un demi million d'habitants et dont il ne reste aujourd'hui que deux clans : ceux qui y vivent, commerçants pour la pupart et ceux qui veulent en faire un sanctuaire en chassant les premiers.
De tous les temples et sanctuaires, VIRUPAKSHA reste le seul en activité, au dessus de la rivière, il accueille les pélerins qui se fendent de quelques bananes en offrande à LAKSHMI, l'éléphante sacrée du lieu.
Après la visite, ils descendent pour les pujas (ablutions) rituelles à la rivière et les femmes reviennent étendre leurs saris dans la cour du temple.
Contrairement à nos églises qui ne sont guère ouvertes à autre chose qu'aux cérémonies religieuses ou aux prières, les lieux sacrés de l'Inde sont aussi et avant tout lieux de vie et de commerce.
Et donc d'activité fourmillante...
Pour la méditation, loin de l'agitation, il faut grimper les plateaux de granit sur lesquels reposent les éléments du sanctuaire.
Flâner dans les temples, ce qu'il en reste, marcher encore, traverser des villages, escalader un peu, suivre un chemin qui longe les rizières, traverser la rivière et continuer jusqu'au bord du vide pour découvrir un horizon unique.
Un paysage qui devient lunaire, désertique à tout le moins, un enchevêtrement de rocs, ronds, empilés les uns et les autres, comme si un géant s'était amusé, ici, avec une forme primaire de lego, un sacs de billes monstrueuses, pour se moquer de la démesure des jeux de constructions qui ponctuent la région.
Et l'on s'attend à tout instant à ce que ce Gargantua sorte de derrière une colline, l'oeil malicieux et envoie une dernière bille pour faire éclater les tas de roches, les faire rouler, dévaler la plaine, balayant les vestiges humains.
Puis il s'éloignerait, dans un grand rire, avant que de s'asseoir à l'ombre d'un temple en ruines pour penser à la grandeur et à la décadence de l'Homme...
A sa fatuité ?....