A Birgunj et à Kathmandu, des affrontements violents entre maoïstes et opposants à la grève ont éclatés faisant plusieurs blessés. Le témoignage d'une internaute, étudiante travaillant dans une ONG népalaise.
Le camp maoïste de Birgunj a été entièrement détruit et pillé alors que les maoïstes se rassemblaient pacifiquement, la police locale serait impliquée. Des affrontements ont également eu lieu à Katmandu.
La situation est en train d'évoluer et visiblement pas dans le meilleur sens qu'il soit. Il faut rappeler aux voyageurs qu'il est fortement déconseillé de venir au Népal (on ne peut pas circuler ni visiter quoique ce soit...).
Selon Reuters, le gouvernement a demandé aux Nations Unies de maintenir sur place sa mission de maintien de la paix dont le mandat s’achevait le 15 mai.
Le Népal subit depuis le 2 mai une grève générale imposée par le parti maoïste (UCPN – Maoist) en vue d’obtenir la démission du premier ministre en place (Madhav Kumar Nepal appartenant au parti communiste marxiste-léniniste UML) ainsi qu’un remaniement de l’armée afin d’intégrer les combattants maoïstes. Fin novembre 2005 à Delhi, les 7 partis principaux du Népal s’étaient entendus sur 12 points qui devaient assurer le consensus entre les partis et la bonne conduite de la nouvelle démocratie. Aujourd’hui, le parti maoïste considère que ces points n’ont pas été respectés et demande des comptes à l’UML. Ils réclament également l’écriture de la Constitution promise depuis le début de la démocratie et qui devait être finie le 28 mai mais semble ne pas être prête du tout. A la suite de leur grande manifestation du premier mai, les leaders du parti maoïste (notamment la figure révolutionnaire du parti Pushpa Kamal Dahal plus connu sous le nom de Prachanda) ont appelé le peuple à se révolter et à entamer une grève générale à durée indéterminée. Cette grève appelée Aandolan (mouvement du peuple) est la troisième du genre au Népal.
Aucun magasin n’est autorisé à ouvrir (hormis certaines petites épiceries dans des horaires prévus par le parti), les véhicules particuliers sont interdits dans les rues, les usines restent fermées, tout fonctionne au ralenti. Les gens vont travailler à pied quand ils le peuvent, certains marchent jusqu’à 2 heures pour finalement ne pas pouvoir travailler. Seules les ambulances, les véhicules de presse, les véhicules destinés aux touristes étrangers, les véhicules diplomatiques et les vélos sont autorisés à circuler. L’approvisionnement en eau et en lait est maintenu mais reste chaotique dans certains quartiers de Kathmandu. Les enfants profitent des rues vides et de leurs écoles fermées pour jouer au football ou plus souvent au cricket sur les routes qui d’habitude sont bloquées par le trafic. Certains marchands des rues ont réussi à se procurer des légumes ou vendent leurs propres fruits, mais les prix ont flambés depuis le début de la grève. En tant qu’étrangère je suis une privilégiée, mon pouvoir d’achat reste largement supérieur et le quartier dans lequel j’habite, connu pour être peuplé d’expats, est particulièrement sûr.
Dans le reste de la ville, les manifestants se retrouvent en petits groupes à divers points de la ville et marchent tous en direction du point de rencontre principal non loin des ministères en fin de journée. La foule des manifestants est impressionnante et reste pour le moment largement pacifique à Kathmandu. Il suffit de se promener avec un bel appareil photo pour que les manifestants nous prennent pour des journalistes étrangers et prennent la pose. La plupart venant de petits villages très peu développés, certains voient des « blancs » pour la première fois et ne peuvent s’empêcher d’essayer de nous parler soit dans leur langue natale soit en népali. Dans d’autres villes des heurts entre manifestants et forces de l’ordre ou entre manifestants et opposants à la grève ont fait des blessés légers et rendent la situation moins cocasse…
Beaucoup de paysans ont du regagner leurs villages pour s’occuper des champs la saison des pluies étant en route. Une manifestation d’opposition à la grève est organisée vendredi 7 mai, et beaucoup d’amis, népalais ou étrangers résidents au Népal, vont y participer. Beaucoup semblent dire que les maoïstes sont en train de perdre de leur crédibilité en rendant la vie des gens si complexe (pour trouver du lait dans mon quartier il faut aller dans un magasin particulier à 6h30 car à 8h il n’y a plus de lait et certains propriétaires de magasins ont peur de laisser leur magasin ouvert). Pour ma part je vais devoir aller au bureau comme d’habitude, l’ONG dans laquelle je fais mon stage a décidé d’essayer de travailler normalement mais les bureaux sont pour la plupart vides et le travail manque cruellement. Cela nous donne l’occasion de discuter des évènements récents, de la détérioration de l’économie népalaise, des « donations » demandées par le parti aux particuliers et aux magasins, et de se questionner sur la position que devrait prendre l’ONG en tant qu’organisation de défense des droits de l’Homme.
Certains de mes amis disent m’envier d’avoir des «vacances» mais çà n’a rien de vacances. On essaie de travailler tout de même, et si on voulait profiter des nombreuses heures de libres, on ne peut de toute façon rien visiter ni aller visiter d’autres villes. Je plains sincèrement les touristes bloqués aux quatre coins du pays sans moyen de rentrer et je plains d’autant plus les familles népalaises qui luttent déjà pour s’assurer un standard de vie correct et qui ont été obligées par le parti d’envoyer au moins un membre de leur famille à la capitale pour les manifestations. Certaines des personnes envoyées par leur famille sont des enfants de 11 ou 12 ans qui assurent devant les caméras être venus à Kathmandu pour « soutenir le parti et écrire la constitution avec Prachanda ». Pour ma part je trouve çà franchement triste et comme toutes les personnes attachées à ce pays, j’espère qu’une solution va être trouvée au plus vite ou sinon ce seront encore des familles entières qui vont en souffrir.
Des informations plus détaillées sont données au jour le jour sur le site de l’ambassade de France à Katmandou, page « Le Népal ces jours-ci ».
