Top Résa, le salon des professionnels du tourisme, s’est tenu à Paris du 22 au 25 septembre. L’occasion de faire le point, un an après le début de la crise, sur les nouveaux comportements des consommateurs de voyage et les réponses apportées par la profession pour la saison à venir.
L’été meurtrier n’a pas eu lieu. Certes, avec un recul par rapport à l’an dernier de 6,4% du nombre de clients de voyages à forfait (séjours et circuits) entre le 1er mai et le 31 août 2009, la profession du tourisme est affectée mais les dégâts sont limités. Selon l’association des tours opérateurs français (CETO), à l’origine de ce bilan, cela correspond à une baisse du volume d’affaires de 11%. Un recul des ventes qui aurait pu être pire sans l’avalanche estivale de promotions et de « ventes flash ». C’est un bouleversement des comportements d’achat des clients, créé par la crise, que constatent les professionnels du tourisme qui se sont réunis au salon Top Résa, du 22 au 25 septembre.
Plus tard et moins cher
Quelles sont donc ces nouvelles habitudes ? En premier lieu l’achat tardif, la vente de dernière minute dans le jargon professionnel, répondent en choeur les tours opérateurs. « 40 à 50% des ventes s’effectuent désormais le mois du départ » explique René-Marc Chikli, président du CETO. La recherche du meilleur prix explique cette nouvelle attitude. Avec internet, le consommateur peut facilement comparer les offres. Selon Jérôme Laurent, directeur marketing de Go Voyages, « le client consulte jusqu’à 21 sites avant d’effectuer son achat ». L’avènement des compagnies aériennes low cost a également installé l’idée que l’on peut voyager à prix cassés. Le consommateur est donc devenu aguerri et de plus en plus exigeant en matière de qualité et de prix. Pour séduire ce nouveau client, les professionnels multiplient les réponses.
Côté prix, ils adaptent leurs systèmes informatiques pour mieux piloter leur plan tarifaire. Il s’agit de pouvoir proposer de la vente de dernière minute et surtout de la vente précoce à tarif attractif. Le fait marquant : cet hiver, les prix vont baisser de 5 à 15%, au prix d’une renégociation de toutes les prestations assure-t-on. Autre nouveauté : l’engagement sur le prix. Go Voyages est fier du succès de sa garantie du prix le plus bas. « Si un client nous envoie la capture d’écran d’un opérateur proposant un meilleur prix pour le même vol, la même destination et à la même date, nous remboursons la différence de prix et offrons 20€ » explique Jérôme Laurent. Vacances Transat vient de lancer cette même garantie du meilleur prix, pour des circuits. Pas facilement applicable toutefois. « Avec cet engagement, je cherche à éveiller le client à décider sur un autre critère que le prix » répond Patrice Caradec, son président. Au delà du prix, c’est la valeur de la marque qui va faire la différence « Ce sont nos produits exclusifs (hôtels clubs de la marque, ndlr) qui se sont le mieux vendus cet été » indique Antoine Cachin, président du directoire de Fram.
Beau temps pour les croisières
Le constat est le même chez Look Voyage pour ses clubs labellisés Lookéa . L’activité croisière a également bien résisté à la crise. « L’essence même du produit croisière rassure. C’est une offre facilement identifiable en terme de budget et de concept » confie Corinne Renard, directrice commerciale de la Compagnie Internationale de Croisières qui représente 14 opérateurs sur le marché français. Alors l’hôtel club et la croisière, valeurs refuge du tourisme ? Pas seulement, le vol sec a également du succès. Le consommateur préférant en temps de crise monter lui même son voyage et maîtriser, ou penser maîtriser, ses coûts. C’est parce que le vol sec représente l’essentiel de son activité que Go Voyages a pu se flatter cet été de réaliser une progression de 37% du nombre de départs. Des résultats encouragés par une baisse moyenne de 20% des prix dans le transport aérien. Tous produits touristiques confondus, les destinations de proximité (France et pourtour méditerranéen : Tunisie, Espagne, Maroc) ont bien fonctionné au détriment du long courrier.
Kenya, Turquie, Liban, Oman, Philippines...
En cette période de rentrée, difficile d’établir des tendances marquantes pour l’hiver. Ce qui est sûr, c’est qu’il faudra composer avec la grippe A et des clients plus exigeants. Les professionnels réunis à Top Résa sont venus avec des propositions de voyage toujours plus alléchantes, chacun mettant de nouvelles destinations à l’honneur. Le Kenya, la Turquie, le Liban, Oman, les Philippines, sont ainsi de plus en plus présentes dans les brochures. Des segmentations plus fines apparaissent : les familles, les « aventuriers », les amateurs d’écotourisme ont leur voyage, et plus seulement chez les spécialistes. Et si l’on voyait le bon côté de la crise ? « Le client est de nouveau traité comme un client » constate René-Marc Chikli. « C’est la période des aubaines, reprend Patrice Caradec. On trouve des offres à des prix plus compétitifs et, avec des groupes plus petits, davantage de confort et d’attention du personnel ».
Selon une étude du Credoc* menée en juin 2009 sur les « Conditions de vie et aspirations des français », 56% de la population envisage de partir à l’horizon des 6 mois. « L’envie de voyager est toujours là » confirme René-Marc Chikli. Le voyage, antidote à la crise?
* Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie.
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