Des sentiers de pierre et de mousse balisés par le roi Arthur, un val où guerroyaient les chevaliers, le tombeau de Merlin… Randonnée au cœur de la lande bretonne, dans une forêt silencieuse qui bruisse de légendes.
«Avec ce temps, les chemins sont inondés», avait prévenu la directrice de l’Office de tourisme du Pays de Mauron à Tréhorenteuc (Morbihan). Ce matin, pluie et vent d’hiver enveloppent le Val sans retour, haut lieu de la forêt de Brocéliande. C’est le déluge au pays de Merlin, de Lancelot et de la fée Viviane, ces piliers de la légende arthurienne qui hantent les 7000 hectares de la forêt de Paimpont, puisque c’est le nom officiel de cette terre de mythologie celte qui servit de décor aux romans consacrés au roi Arthur et aux chevaliers de la Table ronde dès le XIIe siècle. Robert Wace, poète anglo-normand au service d’Aliénor d’Aquitaine, fut l’un des premiers dans son Roman de Brut (1155) à évoquer la présence des fées à Brocéliande. Depuis, les belles se sont sacrément accrochées à la lande, si l’on en juge l’abondante littérature qui leur est consacrée .
Brocéliande est une forme d’appellation d’origine contrôlée, une AOC dédiée au surnaturel et à l’imaginaire. «Tout le monde peut traverser la forêt de Paimpont, mais combien êtes-vous à approcher Brocéliande? Brocéliande n’existe pas dans la cartographie administrative: c’est une forêt que l’on porte en soi et dont on espère toujours la rencontre», écrit Claudine Glot dans Hauts lieux de Brocéliande. On quitte Tréhorenteuc par un lacet de goudron sous des nuages gris et un soleil blanc. Rue du Pâtis, un vieux four à pain trône à côté de la crêperie le Miroir aux fées. Aux premiers labours, le blé d’hiver est trempé. Les fossés sont gorgées d’eau qui court comme un torrent. Bien avant le Val sans retour, c’est déjà le silence qui surprend et enveloppera toute la marche. On perçoit juste les filets d’eau de pluie et le vent qui court dans les ajoncs. A l’entrée du chemin du Val sans retour, un grand panneau conjugue reboisement et opération de com: «500000 arbres plantés sur 250 hectares grâce à un financement du groupe Pinault et du Fonds forestier national.» La photo d’un maigre arbrisseau complète le message.
Sur le sentier en pente douce, des corbeaux farfouillent des blocs de mousse blanche charriés par les pluies. On pénètre dans un bois de taillis où le houx et le lierre poussent dru avant de découvrir un paysage sculpté dans le schiste rouge, théâtre d’une affreuse affaire de cocufiage. Morgane, qui était la demi-sœur du roi Arthur, était plutôt du genre fée rancunière. Trompée par un de ses amants –on n’est pas de bois à Brocéliande–, elle décida de retenir prisonnier dans ce val tous les amants infidèles qui s’y aventuraient. Seul le chevalier Lancelot, fidèle à la reine Guenièvre, put rompre l’enchantement du Val et délivrer ses prisonniers. On passe devant un ovni appelé l’Arbre d’or –un châtaignier doré à la feuille–, bien moins émouvant que les cinq troncs noircis qui l’entourent. L’ensemble est censé rappeler l’incendie qui ravagea durant cinq jours la forêt de Paimpont en 1990.
Mais Brocéliande se dévoile ailleurs: il faut franchir un petit pont de bois qui enjambe le Miroir aux fées, un étang à la surface brunâtre en cette saison et lisse comme un marbre de chocolat fondu. Puis se frotter aux ronces traîtresses qui surprennent le pied quand le sentier inondé est devenu impraticable. Le Val sans retour vomit en son sein une eau jaune comme une pisse de gueule de bois. Dans ce dédale de branches et de rochers couverts de mousses et de lierre, on ne sait plus qu’est-ce qui est bois ou pierre tant ils sont inextricablement mêlés aux autres. Il recommence à pleuvoir lorsqu’on attaque l’ascension de la crête de schiste qui domine le val sur sa gauche. Il faut se courber sous des tunnels d’ajoncs avant d’atteindre le sommet où une accalmie précède un timide soleil qui fait luire les rochers.
Au fond du val, une grosse veine brune sinue parmi des arbres dénudés tandis que sur les pentes plus arides, le vert sombre des bosquets de résineux ponctue les camaieux de brun, de jaune et de vert de la lande. On s’attarde sur le Siège de Merlin, un rocher où l’Enchanteur avait coutume de s’installer, avant de redescendre sur un tapis de fougères fauves et de bogues de châtaigniers. La sortie du Val sans retour se fait en plein champ le long d’une haie de bocage hérissée de troncs noueux où des brassées de ramilles les font ressembler à de grosses chenille sombres.
A 13 heures passées, un dernier client termine son verre de blanc avant de déserter A la descente du Val sans retour et de l’arbre d’or, le bar épicerie de Tréhorenteuc. La patronne ne fait pas de casse-croûte à la morte-saison: «Quand j’achète quatre tranches de jambon, il m’en reste deux sur les bras.» Dans son épicerie cambuse, on achète un gros pain de ménage et une boîte de pâté Henaff(la grosse!) qui deviennent des tartines de bonheur devant un bock de bière, assis dans la salle basse où des jeux de cartes attendent les parties de belote et une imposante tête de sanglier crève le papier peint. La patronne déjeune derrière une porte vitrée: on entend des bruits de fourchette et le son étouffé d’une télé.
A l’autre bout du village, Michèle Laur ouvre l’église Sainte-Onenne. La directrice de l’Office du tourisme a débarqué à Tréhaurenteuc en 1974, pour «trois semaines de vacances» et «n’en est jamais repartie». Elle désigne une inscription au-dessus de la porte rouge de l’édifice: «La porte est en dedans», répète-t-elle, comme une promesse de quête dans l’imaginaire de Brocéliande. Dès le seuil de l’église, elle raconte l’histoire de son rédempteur, Henri Gillard, curé tricard pour sa hiérarchie, qui l’envoya prêcher en ce bout du monde en 1942. L’abbé transforma son placard en une œuvre singulière: captiver ses ouailles en conjuguant foi chrétienne, monde celtique et légendes arthuriennes. «Quand il fait connaissance avec Tréhorenteuc, Henri Gillard comprend que les gens d’ici ont l’esprit celte. Leur cathédrale, c’est la forêt. Il va créer un fil conducteur entre les mondes chrétien et celte», raconte Michèle Laur. Sur les vitraux de l’église, les symboles des différents univers spirituels se mêlent: les apôtres entourent le Graal, les chevaliers de la Table ronde communient avec le pain et le vin, tandis que la grande mosaïque du Cerf blanc, animal emblématique de la mythologie celtique, est représenté au bord de la fontaine de Barenton, une croix chrétienne autour du cou.
Bouc blanc.
Pour découvrir la véritable fontaine, il faut quitter Tréhaurentec, traverser le hameau, joliment nommé la Folle pensée où l’on croise un bouc blanc stoïc sous la pluie, un yourte énigmatique dans cette campagne et un voilier échoué sur l’herbe. Puis s’aventurer sur une sommière de terre rouge que surplombe un épais talus où des arbres accrochent leurs racines comme des serres recourbées. Un résineux s’est couché en travers du chemin et a continué de pousser en forme de virgule posée à l’horizontal.
La fontaine de Barenton surgit au milieu d’un taillis clairsemé. C’est un quadrilatère de pierres épaisses qui encadre une poche d’eau s’écoulant en un mince filet. Merlin et Viviane s’y filaient rencart tandis qu’Ivan, neveu du roi Arthur y infligea une mortelle dérouillée au chevalier noir. Une autre légende veut que verser de l’eau de Barenton sur le perron de la fontaine, déclenche des orages apocalyptiques, pas vraiment indispensables vu la météo du jour. Au fond de la fontaine, des mains pleines d’espoir ont jeté quelques centimes d’euros. L’esprit de Barenton se manifeste aussi par ces curieux dégagements de petites bulles d’azote qui remontent à la surface par intermittence. Et dans le soir qui tombe, on se rappelle avec bonheur que «ce sont les fées qui nous sourient», comme on dit à l’Office du tourisme de Tréhorenteuc.

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Commentaires
Seb
17H34 22 OCTOBRE 2009
C'est vrai qu'on avait adoré l'esprit sylvestre de la forêt de Brocéliande lors de nos reportages. Ah le val sans retour....
Sylvie
10H55 19 MARS 2009
Je viens de lire cet article, et j'avais l'impression de faire partie moi aussi de ce groupe de randonneurs découvrant le Val Sans Retour un jour de pluie. -Je ne savais pas qu'il pouvait faire aussi mauvais en Bretagne; j'y ai vécu 18 mois et les jours de pluie n'ont pas été nombreux- .
La seule faute que j'ai relevé c'est "Tréhaurentec" au lieu de Tréhorenteuc.
Le passage parlant d'un ruisseau ou d'une riviére "vomissant une eau jaune comme une pisse de gueule de bois" ne m'a pas choquée; au contraire j'imaginais parfaitement la scéne.
Pour finir, je dirais que Brocéliande -et plus particuliérement le Val Sans Retour- est un lieu magique d'où émane un magnétisme puissant. Allez y, vous comprendrez.
Astre_id
22H24 18 FEVRIER 2008
C'est un bel article qui donne envie d'aller chatouiller les fées.
Cela dit, et pour poursuivre l'aspect "sur-naturel" de Brocéliande... Qui ne s'y est pas égaré ? Voire même en tournant dans la forêt et en revenant plusieurs fois sur ses pas. Ce sont des histoires véridiques et l'on dit que la forêt est toujours "habitée".
D'autres y ont vu l'apparition "magique" de chevaliers en armures et à cheval (histoire vraie) qui ont surgi de la forêt.
Bref, Vive Brocéliande et Vive l'enchantement qu'elle procure. Cette forêt magique qui fait re-vivre la Queste en nous car toujours Queste il y a, n'est-ce pas ?
fred
17H29 18 FEVRIER 2008
Hum, il vaut mieux aller sur un site de Brocéliande, Tréhorenteuc, Paimpont, valsansretour, car cet article dit vraiment n importe quoi....
Visiteur
13H44 18 FEVRIER 2008
information à consulter sur le site ci-joint
Silencio
13H17 18 FEVRIER 2008
Ce ne serait pas Yvain (chevalier au lion) au lieu d'Ivan dans le dernier paragraphe ? ...
charlie
11H42 17 FEVRIER 2008
Début janvier, les centimes de la fontaine de Barenton étaient des euros...
Brocéliande, ou comment s'emerveiller à chaque sortie sylvestre
Arthur
10H40 17 FEVRIER 2008
Très sympathique article qui donne envie d'aller s'y promener... A part cette faute de gout concernant "Le Val sans retour [qui] vomit en son sein une eau jaune comme une pisse de gueule de bois. "
Voila une sacrée fausse note dans votre texte. Pour faire Moderne ? Il n'en était pas besoin et ça porte atteinte à tout l'article. Dommage.
sergent
10H38 17 FEVRIER 2008
Que d'eau...que d'eau...
C'est bien connu en Bretagne il pleut tout le temps ....et en plus maintenant il parait qu' "il pleut que sur les cons...".(N.S)
Avec une telle image promotionnelle nous on est tranquille en Bretagne,il risque pas de nous arriver comme sur la Cote d'Azur ....
sego
17H37 16 FEVRIER 2008
Trehorenteuc au lieu de trehaurentec...