Du gris de l'océan aux ocres de la dune, le plus vieux désert du monde a créé une palette de paysages et de couleurs sur un ruban de 2000 km de long. Tableau impressionniste.
Le vertige commence à droite, avec des montagnes de sable rouge, piquées de buissons révélateurs de couleur. En face a lieu le spectacle: avec une palette d’ombre et de lumière, le soleil levant redessine les formes des dunes. De douces courbes courent jusqu’aux sommets pointus. Ici point de rouge, mais un marron orangé. Plus loin, un mur de sable accroche le regard, c’est la dune 45. Quelques visiteurs grimpeurs créent une ligne mouvante sur son arête. Sur son flanc, des buissons épineux de nara –le melon du désert, dont les graines sont utilisées dans l’alimentation des autochtones– cohabitent avec des graminées couleur paille, créant d’étonnantes taches vertes et jaunes. La route continue.Tout n’est que douceur et rondeur. Certaines dunes prennent une teinte caramel. Des oryx, ces gracieuses antilopes aux cornes en épée, gambadent. Notre guide se fait poète: «On les appelle des “buveurs de vent”/. Ils se postent en haut des dunes pour abaisser leur température en inspirant l’air en mouvement.»
Ces images sont devenues la signature de la Namibie: des dunes couleur abricot avec en premier plan des arbres statufiés dessinant des ombres fantômatiques, quelques antilopes, un horizon infini. Le désert du Namib court le long de l’Atlantique, du sud de l’Angola à la frontière sud-africaine. Un ruban de 2000 km sur 100 à 150 km de large, qui a donné son nom à une nation d’Afrique australe, ancienne colonie allemande, longtemps considérée comme cinquième province par l’Afrique du Sud. Le pays n’a gagné son indépendance qu’en 1990. Agé de 60 à 80 millions d’années, il est pourtant le plus vieux désert du monde. Joseph, jeune guide Topnaar, une ethnie de tradition nomade installée au nord du milieu dunaire, nous promet «des couleurs pastel et la sensation d’espace» dans le parc national du Namib-Naukluft: 50000 km2 de sable, d’herbe et de pierre, au sud-ouest de Windhoek, la capitale. Un itinéraire sous le signe de la lumière.
Démarrage à la fraîche
Arrivés à Sossusvlei, point de départ de la randonnée, il faut prendre de la hauteur pour saisir l’immensité de la mer de dunes. Big Daddy serait la plus haute du monde avec ses 300 mètres de hauteur, exigeant un démarrage à la fraîche et une petite heure de marche. Nous piquons sur sa droite pour atteindre le lieu-dit de Deadvlei, en une quinzaine de minutes. C’est ici, dans une cuvette d’eau asséchée –un /vlei/ en afrikaans– que se cache l’image symbolique du désert du Namib: des arbres fantomatiques, acacias morts il y a cinq cents ans quand les dunes vinrent à les priver d’eau. L’aridité extrême a empêché leur décomposition et ces végétaux sont restés debout, créant un décor fantastique qui enchante les photographes. Le graphisme des branches et des troncs sinueux, le contraste des tons noirs, bleus et orange ainsi que le jeu des ombres projetées peuvent captiver longtemps. Du moins jusqu’à ce que la chaleur oblige à rebrousser chemin.
Les araignées déboulent
Joseph nous désigne les dunes qui fument: sur l’arête, le vent disperse légèrement le sable dans un mouvement poétique. De nombreux insectes se nourrissent des débris végétaux transportés par le vent et la vie animalière s’est adaptée aux conditions désertiques. Les lézards s’enfouissent dans le sable pour dormir, les araignées se mettent en boule et dévalent les pentes des dunes en cas de danger, les scarabées recueillent la condensation d’eau sur leur carapace et se désaltèrent en penchant délicatement leur tête pour faire glisser la précieuse goutte.
Avant de quitter Sossusvlei, chacun cherche à mémoriser la couleur orangée des dunes. Le sable du Namib vient de loin: du désert du Kalahari à des centaines de kilomètres; ou pour certains, plus à l’est dans le continent africain. Porté par les vents, il vient s’échouer dans la rivière sud-africaine Orange, qui lui donne cette couleur par un processus d’oxydation en le transportant vers l’océan. Les courants marins ramènent alors le sable vers le nord où il se déposera peu à peu sur les plages avant d’être emporté par le vent à l’intérieur des terres. Aujourd’hui, si les dunes proches sont orange, on distingue des tons saumonés au loin.En face, en pleine lumière, ce sont des ergs café au lait, mouchetés d’herbes, qui nous disent adieu.
Changement de décor. Nous rejoignons la mer de dunes à Sandwich Harbor, à environ 180 km au nord-ouest de Sossusvlei, là où elle se jette dans l’océan et où la rivière Tsauchab fait résurgence. Le paysage se transforme alors en une féerie étincelante: vagues scintillantes de schiste, pailletées de micas et poudrées de graminées jaune vert… Avant de céder la place à un décor plus monotone avec un relief quasi inexistant, des teintes monochromes de beige, des graviers à perte de vue. Un écrin qui ne vole pas la vedette à la Welwitschia mirabilis, la plante endémique la plus mystérieuse du Namib: une plante millénaire, dont le spécimen le plus âgé atteint deux mille ans en Angola. Elle ne développe que deux feuilles dans sa vie et requiert des pluies torrentielles pour se reproduire. Pas évident dans le désert.
A l’approche de Walvis Bay, l’unique port en eau profonde de Namibie, on distingue un matelas nuageux flottant sur l’horizon. Il s’agit du brouillard côtier créé par la rencontre des masses d’air chaud du Namib et du courant froid du Benguela. Onirique mais dangereux. Il enveloppe la côte d’un voile gazeux à l’origine de dizaines de naufrages. Les épaves, à fleur d’eau ou ensablées, ont donné au littoral le nom peu engageant de «Côte des squelettes». «Dites adieu à la lumière, nous allons franchir le rideau de brume», prévient Joseph.
Nous glissons effectivement vers un décor éteint où les puissants rouleaux d’une mer grise ajoutent au caractère désolé. Le brouillard s’épaissit au fil des heures pour atteindre son paroxysme au milieu de la nuit. Pourtant, chaque jour ou presque, en fin de matinée, il disparaît aussi régulièrement qu’il revient dans l’après-midi. Nous regagnons le parc du Namib-Naukluft, à une dizaine de kilomètres au sud de Walvis Bay, et retrouvons les dunes, plus jaunes et moins altières qu’à Sossusvlei.
Près de Sandwich Harbor, elles s’élèvent pour ne laisser qu’un étroit bandeau de sable entre elles et l’océan. Le lieu est accessible à marée basse et aux 4x4 uniquement. Grâce à sa résurgence d’eau douce et à sa baie protégée par un grand arc de sable, Sandwich Harbor servait autrefois de mouillage pour les navires. Cet environnement humide exceptionnel attire nombre d’oiseaux marins. C’est un moment magique quand les oiseaux migrateurs venus de l’hémisphère Nord –cinquante mille en moyenne– font halte ici, en été, avant de rejoindre Le Cap. En hiver, des pélicans blancs, des flamants, des sternes, des goélands et des cormorans du Cap fréquentent les eaux qui baignent les pieds des dunes; apportant à la Namibie une nouvelle palette multicolore.
Pratique
Y aller
Il n’existe pas de vols directs depuis la France. Vols avec une escale: Air Namibia, via Francfort ou Londres et Air France avec correspondance à Johannesburg. Avec deux escales, en Europe et à Johannesbourg: British Airways, Lufthansa, South African Airways. Vol charter hebdomadaire avec LTU depuis Munich.
Formalités
Passeport valable au moins six mois après la date du retour et billet aller-retour. Pas de visa.
Décalage horaire par rapport à la France: + 1 heure en hiver.
Santé: excellentes conditions sanitaires. Pas de vaccin obligatoire. Traitement antipaludéen recommandé dans la zone tropicale au nord du pays uniquement (désert non concerné).
Quand
Pendant l’hiver austral, d’avril à novembre, pour bénéficier
de températures agréables. Fortes amplitudes thermiques entre le jour et la nuit.
Comment
Déserts propose une randonnée en groupe de 11 jours-8 nuits dans le désert du Namib, avec nuits en bivouac, à partir de 2140 euros par personne.
Nomade aventure programme un circuit en groupe de 10 jours-8 nuits pour les familles avec enfant à partir
de 6 ans, comprenant le Namib, la côte et le parc animalier d’Etosha. A partir de 1990 euros par personne.
Chez Donatello: circuit libre
en voiture de 12 jours-9 nuits avec hôtels à partir de 2245 euros par personne.
Voir également les voyagistes Atalante, Terres d’aventure, Afrique authentique.
Lire
Guide Namibie, Bibliothèque du voyageur, Gallimard. Namibie.
Le Désert de la vie, d’Olivier Grunewald et Bernadette Gilbertas, éditions Nathan.
Commentaires
ific
12H06 06 SEPTEMBRE 2008
Bonjour,
merci pour l'article.
Une destination fabuleuse, des paysages à vous couper le souffle.... Pour une immersion "sympathique" dans le desert du Namib, je vous conseille de faire le tok tokkie trail. C'est une marche dans le désert qui vous permettra de découvrir la faune et la flore tranquillement et de mieux apprécier la beauté et la tranquilité des paysages.
En plus de Sossusvlei, il y a d'autres endroits vraiment magnifique: la bande de Caprivi (dans le fameux delta de l'Okavango), le damaraland et les élephants du désert....
Bref, pour tous ceux qui cherchent une destination "qui vous marque à tout jamais", c'est en Namibie qu'il faut aller.
Bonne route.
Ific.