Entre San Francisco et Los Angeles, le long de la « route one », la côte est légendaire. Arrêt obligatoire à Santa Cruz, où les surfeurs s’échinent à dompter le Pacifique.
Il faut bien choisir, même en voyage. Alors pour longer la côte à l’extrême ouest des états-Unis, autant arriver par le nord et San Francisco, plutôt que par Los Angeles, et rouler ainsi du bon côté de la route.
A SF, un passage culinaro-bio s’impose, avant de prendre le volant. La ville est riche de bonnes tables et de longues terrasses. Et puis il est temps de partir. Le Pacifique pointe derrière la baie. Traverser Oakland, la libérale, sans tarder. Puis cap au sud. à la radio, le hip- hop de Trinidad James fait bien l’affaire, Van Halen aussi. Tout va à ce décor sans maisons, sans complexes hôteliers. Filer sous les eucalyptus, longer les champs de fraises, s’arrêter sur une plage avant que les rochers et les criques sauvages ne prennent toute la place. On croise des caravanes, des cyclistes, des Harley et des panneaux report drunk drivers (dénoncez les automobilistes ivres) qui confirment qu’on est bien loin des routes françaises.
Sur la « route one » balayée par le vent, on voit le ciel passer du trop-plein de soleil au noir de tempête en quelques minutes. Les plages de sable surmontées de dunes ocres ou d’herbes folles accueillent tour à tour kitesurfeurs et, plus loin, éléphants de mer par milliers, surtout en avril-mai, venus changer de peau à deux pas des badauds. Le paysage se transforme vite en roches arides. L’eau vire bleue marine. La côte a son petit caractère : capricieux.
Et puis, à deux heures de la baie de San Francisco, il y a Santa Cruz, ville de « province », de taille moyenne, posée entre la Californie du sud et celle du nord. On vit là sans trop se presser, en prenant le temps de profiter du cadre et de la nature, l’océan en tête. Le surf et le skate ne sont pas des gadgets miniatures qu’on porte autour du cou, mais bien une façon de vivre qui rythme les journées. Deux marques de légende, O’Neill et Santa Cruz skateboards, sont nées là. On voit partout des fans arborer le logo de Santa Cruz skateboards sur leur tee-shirt.
Les habitués surfent le matin de bonne heure, le soir après les cours ou le bureau. Certains vont travailler avec la planche qui dépasse du coffre. Les jeunes se contentent du skate. Les larges avenues, les rues calmes, propres, sages et les collines, bien moins pentues qu’à SF tout de même, sont parfaites pour rouler sans obstacles.
Une statue érigée à la gloire du surf accueille les visiteurs à l’ouest. On sait à ce moment-là, officiellement, qu’on est à Santa Cruz, car si on rate le petit panneau indicateur à l’entrée de la ville, quelques kilomètres avant, on doute longtemps d’être arrivé. Maisons en bois, conduite tranquille sont de mise. Pas un klaxon, pas une accélération, pas de m’as-tu- vu à la LA. Santa Cruz est une cité balnéaire modeste dans l’âme.
Toutes couleurs se mariant avec la mer sont acceptées pour habiller pavillons et condomiums, petits immeubles ne dépassant jamais trois étages, sable, gris, bleu, ardoise. On ouvre la fenêtre et l’odeur de plage fait rêver.
Santa Cruz transporte dans une Californie tranquille mais engagée. Ici sont passés bien des hippies, les premiers activistes du mouvement Occupy de Californie y avaient élu domicile. Les 60 000 habitants s’en souviennent encore, car l’Amérique avait les yeux tournés vers les militants installés dans la rue, prêts à en découdre comme dans le temps. La ville fut l’une des premières à autoriser la vente de marijuana à usage médical. Tous les musiciens de rue, les clowns, les peintres du dimanche installés sur le trottoir de Pacific avenue (qui n’en est pas vraiment une), l’artère commerçante principale, le rappellent volontiers aux touristes.
L’université rajeunit les lieux qui plaisent aussi à de nombreux retraités. Eux ont les moyens de s’installer près de l’eau. On les croise, un chien au bout de la laisse, discutant sur les bancs qui bordent le Pacifique. Le marché du bio n’a pas encore envahi Santa Cruz. La junk food a le monopole, mais les studios de yoga gagnent du terrain et prouvent que les bobos gagnent du terrain.
La jetée en bois blanc et la promenade le long de l’eau (le fameux boardwalk local) aident à se détendre après les heures de surf, quand la nuit tombe et que la fraîcheur revient, même en été. Le site compte des spots historiques. On surfe de père en fils, et filles. De vieux sexagénaires en combi et des ados en bande se partagent l’océan. Les amateurs du monde entier veulent passer par ces lieux, le Pacifique est généreux en vagues et rouleaux. Steamer Lane à l’ouest et Pleasure Point, de l’autre côté de la ville, valent de longues heures de bain car les bonnes vagues y sont nombreuses (et périlleuses).
Sinon il y a la fête foraine qui longe l’eau et se traverse comme un travelling. The Lost boys, un film d’horreur teen avec Kiefer Sutherland, vieux déjà de 25 ans, a été tourné en ville. On dit que les Indiens ne viennent pas par ici, car l’énergie citadine fait faire de mauvais rêves aux enfants. Pour éviter la foule et le tourisme de masse, on file côté est – en voiture car la marche est beaucoup trop longue – déjeuner et se poser tranquille ou chiller, maître mot californien. Le Harbor café s’impose pour les hipsters et les femmes en mini short, tous tours de tailles confondus. Ambiance spicy Bloody Mary et plats trop gras. Le restaurant The Crow’s sert du poisson frais et la vue qui va avec. On s’installe avec les familles réunies pour la sortie du week-end. Comme toujours, comme souvent, on parle à son voisin si ce n’est pas lui qui entame la conversation.
Tout le monde se regroupe dans les mêmes pâtés de maison, et ailleurs, plus personne. Dès qu’on quitte le centre, ses commerces, ses bars, ses églises, les rues sont vides. On surfe, on conduit, on marche rarement. à part les clochards qui parlent tout seul, les vieux beatniks jamais revenus de leur trip, ou les skateurs, les trottoirs sont vides.
Santa Cruz cache bien son jeu la nuit tombée. Sur les hauteurs, dans de grandes maisons où hip-hop et dubstep font bon ménage, on « rend hommage à la fertilité de la terre » en soirées semi-privées. Couleurs psyché pour la déco, look tie and die chez beaucoup d’invités, ambiance baba cool et volutes de fumée. Les fêtes ne pullulent pas, mais il suffit de se renseigner auprès des jeunes habitants pour les trouver, quand elles ont lieu. Pour les autres, le Red roof, bar à la lumière rouge donc, est parfait si l’on veut boire un verre mais pas manger.
S’attarder, c’est s’ennuyer. On reprend la « one » pour retrouver les routes sinueuses et les criques inatteignables. Certaines d’entre elles se laissent conquérir après des marches délicates. Mais le bout du chemin ne déçoit jamais.
Direction Monterey, Big Sur, et au loin Los Angeles. Les fans du new age feront une pause à l’institut Esalen de Big Sur, où les groupes de coaching font fureur et les retraites en solitaire sont possibles. Sa réputation n’est plus à faire. L’institution dédiée à la « psychologie humaniste » est née il y a cinquante et un ans et a inventé des massages relaxants vraiment relaxants. Mais la détente est difficile à toucher du doigt, car on n’accède pas si facilement au sésame. Si l’on n’appelle pas à l’avance, si l’on n’insiste pas, si l’on ne fait pas preuve de motivation, on reste aux grilles de la propriété. L’improvisation n’a pas lieu d’être. Après Esalen, pendant des heures il n’y a plus rien le long de la route. à peine un ou deux cafés, toujours hors de prix. Avant de retrouver la ville, Santa Barbara, ses jeunes gens chics, ses voitures de sport, un autre monde…
ADRESSES
San francisco
Mission Chinese On y sert un mélange de cuisines japonaise, chinoise, coréenne, toujours épicé, qui laisse sans voix. Il se pourrait que Danny Bowien ouvre
un restaurant à Paris…
2234 Mission street, San Francisco.
www.missionchinesefood.com/sf/
Taqueria Vallarta Restaurant mexicain typique de ce que l’on trouve en ville, mais les tacos y sont meilleurs qu’ailleurs.
3039 24th St, San Francisco.
Tommy’s Des tequilas d’exception, qui rendent gentiment accro à la margarita en quelques gorgées.
5929 Geary Blvd, San Francisco.
www.tommystequila.com
Oakland
Bakesale Betty Pas d’enseigne, mais une longue file d’attente qui confirme qu’on est bien arrivé. Y aller pour le sandwich poulet frit et son coleslaw épicé (le menu
ne change pas, il n’y a que cela)
et la patronne aux cheveux bleus.
2228 Broadway, Oakland
www.bakesalebetty.com
Santa cruz
The Crow’s L’un des restaurants où les habitants aiment se retrouver. Poissons frais et bières fraîches sont les rois du menu.
2218 E Cliff Dr, Santa Cruz
www.crowsnest-santacruz.com
Harbor café Repères de surfeurs. On y vient pour l’ambiance
et la terrasse, plus que pour
la délicatesse de la cuisine.
535 7th Ave, Santa Cruz.
Penny ice creamery Ouvert tard
le soir, le Penny ice creamery
est un repère pour les jeunes
gens de la ville.
913 Cedar Street, Santa Cruz.
www.thepennyicecreamery.com
Big sur
Institut Esalen Dans ce temple
du new age, les 75 minutes
de massage relaxant coûtent
100 euros. Et les valent…
55000 Highway 1, Big Sur.
www.esalen.org
Sur l’autoroute 101
Madonna Inn L’hôtel tout habillé de rose vaut le coup d’œil.
100 Madonna Road
San Luis Obispo, CA
www.madonnainn.com

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