Depuis la dictature d’Amin Dada, le pays s’est bien relevé. Entre les paysages croulant d’arbres fruitiers, la descente en kayak des rapides du Nil, l’île d’un vieil Anglais sur le lac Victoria et même une communauté juive endogène, je remplis bien mes deux semaines de séjour.
Kampala.
De la beauté de l’Ouganda
Après un crochet par la ville de Nakuru, son cratère et ses flamands roses, je prends le bus pour Kampala, la capitale de l’Ouganda. Il y a encore un an, pour moi ce pays c’était terra incognita, une tache blanche sur la carte. Et encore, je ne savais même pas exactement où elle se trouvait, cette tache. Depuis, j’ai vu le film Le dernier roi d’Ecosse, que je vous recommande, et en fait, Amin Dada mis à part, c’est assez ressemblant. La région est relativement montagneuse, il y fait beau, mais il y pleut aussi beaucoup, si bien que c’est très vert. Ca grouille de palmiers, de bananiers, de manguiers, d’arbres à fruits de la passion… un vrai pays de cocagne. Et tout ça traversé par des pistes de poussière rouge, le long desquels marchent des femmes vêtues de robes colorées aux épaulettes bouffantes. Les gens sont gentils et souriants, ils sont croyants mais ne prennent pas non plus la tête avec Jésus ou Mahomet, on peut plaisanter avec les filles, les bars passent aussi bien du hip hop que du zouk, du reggae ou du coupé décalé zaïrois. En plus le pays se développe et respire l’optimisme, vraiment ça le fait. Kampala, par contre, je n’accroche pas vraiment. Il y a moyen d’y faire la fête, mais quand même la campagne est plus excitante. Direct, je file à Jinja, la Mecque du rafting.
Jinja l’anglo-saxonne
Moi qui voyait dans l’Ouganda une terre inconnue, je tombe de haut. La base de rafting de Jinja, un joli campement qui surplombe le Nil, est un nid d’anglo-saxons. Soixante d’un coup, vlan. Certains sont des expats plutôt sympas qui travaillent pour des Ong, d’autres des étudiants qui deviennent généralement grossiers dès la deuxième bière. Mais le vrai souci, c’est qu’il y en a trop. Envolée, cette solidarité entre touristes que l’on rencontre dans ces pays exotiques. En tant que non membre du Commonwealth, je me sens étranger à cette communauté qui a ses propres règles de politesse, ses références culturelles et son humour. Du coup, je me fais pote avec une jolie Israélienne. Longue chevelure brune bouclée, peau mate, très voluptueuse, rien à voir avec ces Anglaises fadasses. Mais bon, pas d’affolement, je suis là pour faire du raft. Ou plutôt du kayak, car j’ai envie de maîtriser ma trajectoire.
Kayak sur le Nil
Le premier jour, je pars avec un petit groupe pour apprendre les principes de pilotage. C’est très agréable, on navigue au milieu de la jungle, les arbres grouillent de singes, de lézards géants, d’aigles pêcheurs et de nuées de cormorans qui passent leur temps à plonger autour de nous. Mais si la promenade est de toute beauté, elle est aussi un peu trop tranquille car on ne nous emmène pas sur les vrais rapides. Le lendemain, j’embarque donc sur un kayak en tandem, seul moyen d’accéder au grand frisson, l’instructeur installé derrière moi étant chargé de remettre le kayak à l’endroit d’un coup de pagaie si nous basculons tête en bas. La balade dure six heures, avec huit courtes sections très impressionnantes de rapides de niveau 5 (au dessus de 6, ce n’est plus naviguable). Dès le deuxième passage, nous sommes dans le dur. J’ai beau suivre les ordres et pagayer à fond, mes efforts sont dérisoires devant les vagues de folie qui nous attendent. Nous passons par miracle la première, puis la deuxième, mais j’ai à peine le temps de rouvrir les yeux dans les embruns que je réalise que nous dévalons un toboggan qui nous emmène droit à la base d’un mur liquide nous surplombant de deux bons mètres. Il nous avale tout cru, nous retourne et nous prend dans une machine à laver infernale qui me fait perdre tout repère. Je sors miraculeusement une demi seconde la tête de l’eau, le temps de voir arriver la quatrième vague, la pire, qui me renvoie illico au fond cul par dessus tête. Impossible de retrouver la surface, je panique, j’avale la moitié du Nil et lorsque je ressors, à moitié noyé, c’est un Antoine nettement moins conquérant qui s’accroche comme un désespéré au kayak du sauveteur le plus proche.
Abayudaya. Une communauté juive en Ouganda
J’entends parler d’une communauté juive installée dans les environs de Mbale. Curieux, je décide d’aller voir, des fois qu’il y aurait matière à un reportage. Ca peut toujours intéresser un magazine français et, en tout cas, moi ça m’intéresse de l’écrire. J’arrive donc un vendredi en fin d’après-midi, afin de profiter de Shabat pour interviewer les gens rassemblés pour l’occasion et faire des photos du cérémonial. Mais très vite, on me fait comprendre que personne ne peut répondre à une interview pendant le jour de repos du Seigneur, car cela reviendrait à me faire travailler. Mais si je le souhaite, je peux discuter et partir me cacher à intervalles réguliers pour écrire ce que les gens me racontent... Bien sûr, il est également inutile de penser à prendre des photos. J’assiste à la célébration d’ouverture de Shabat célébrée en luganda, en hébreu et en anglais, un office très animé avec guitares, djembé et tambourins (je ne voudrais pas dénoncer, mais normalement on n’a pas plus le droit de jouer de la musique que de travailler pendant le Shabat). Le lendemain, je recule devant les quatre heures de lecture matinale de la Torah, mais j’assiste au début des commentaires des textes par la communauté assise dans l’herbe autour du rabbin. J’en profite pour poser quelques questions aux fidèles, mais les véritables interviews et les photos, je ne pourrai donc les faire qu’au cours des jours suivants.
Génération spontanée
L’histoire d’Abayudaya est fascinante. Au début du XX° siècle, les colonisateurs anglais envoyaient leurs missionnaires protestants convertir les locaux afin de mieux maîtriser les consciences et, partant, le pays. C’est ainsi que Kakungulu, un chef de guerre local de la ville de Mbale qui avait passé sa vie à se battre au côté des Anglais dans l’espoir de devenir vice-roi de l’Ouganda, reçut une Bible en 1919. Mais en la lisant, il réalisa qu’il se trouvait bien plus en accord avec l’Ancien Testament qu’avec le Nouveau. Dans ce cas, lui dit un missionaire, vous n’êtes pas chrétien, mais juif. Comme, au même moment, Kakungulu se voyait délaissé par les Anglais qui commençaient à le trouver encombrant, il sauta le pas. Il se déclara juif et se convertit en compagnie de ses trois mille sujets, accompagnés de leurs femmes et enfants. La communauté suivît ainsi pendant plusieurs années les enseignements de la Torah sans avoir jamais eu aucun rapport avec le Peuple d’Israël. Mais en 1926, Kakungulu rencontra à Kampala un comerçant juif qui lui enseigna les rites réellement en usage. Pendant l’intermède Amin Dada des années 70, la communauté fût persécutée et la majorité de ses membres choisît de se convertir au christianisme ou à l’islam. Mais ils étaient encore trois cents rescapés en 1979, qui sont devenus près de mille aujourd’hui. Israël a longtemps été réticente à reconnaître ces juifs marginaux, seul exemple connu de Peuple qui se soit élu tout seul, et ce sont les juifs américains qui se sont intéressés les premiers à leurs homologues ougandais. Ceux-ci ont été officiellement « convertis » entre 2002 et 2008 par des rabbins américains et israéliens envoyés pour l’occasion. Depuis quelques mois, la communauté a même son propre rabbin. A la suite de ces contacts, les juifs d’Abayudaya bénéficient aujourd’hui d’un important soutien international et ont ouvert plusieurs écoles, un dispensaire et une pension.
http://en.wikipedia.org/wiki/Abayudaya
Café multiconfessionnel
Ils ont également monté avec leurs voisins chrétiens et musulmans une coopérative de collecte du café, nommée « Mirembe Kawomera », ce qui signifie « paix délicieuse » en luganda. Ce joli projet bien dans l’air du temps est vendu en Amérique du nord sous le label du commerce équitable et assure des revenus décents aux agriculteurs de la région. C’est qu’ils ont le sens du marketing, à Abayudaya. Si vous voulez en savoir plus, ils ont un site :
http://www.mirembekawomera.com/
Banda Island. Farniente enfumée sur le lac Victoria
Après avoir été rejoint par Ohad, un ami israélien rencontré quelques jours plus tôt, je file sur Banda, une mystérieuse île du Lac Victoria sur laquelle j’avais entendu en France de flatteuses rumeurs. Nous embarquons pour trois heures de navigation avant d’arriver sur une plage adossée à un campement, l’ensemble peinant à s’extraire d’une jungle épaisse mêlée de plantations d’ananas et de fruits de la passion. C’est le royaume de King Dom, un excentrique quinquagénaire anglais venu prendre ici sa retraite après sa carrière d’artificier dans les mines d’or et de diamant de la région. Il n’y a pas grand chose à faire sur son île, en dehors de discuter, bouquiner, se balader en kayak, profiter de l’excellente cuisine et surveiller les hippopotames qui grimpent brouter les berges la nuit sous les aboiements indignés des chiens. Le maître des lieux est également adepte de toutes sortes d’alcools et de substances illicites, si bien que le schnaps de banane maison et l’herbe sont compris dans la pension complète, ainsi qu’une drôle de fleur locale qui procure de trois à quatre semaines d’hallucination suivies de plusieurs mois de perte de notion des distances. J’ai beau être d’un naturel curieux, cette fois je préfère me tenir à distance. Située à l’écart des flux touristiques, l’île est assez calme, mais il paraît qu’elle s’anime régulièrement pour le Nouvel An. Il y a quelque temps, King Dom y a fait une énorme fête avec une centaine de rastas venus de Kampala qui ont enchaîné les concerts pendant une semaine. Une autre fois, il a organisé un grand buffet habillé sur la plage avec illumination du lac à l’aide de gaz inflammables qu’il avait répandus à la surface avant d’y mettre le feu. A condition de bien préparer son coup, il y a du potentiel pour une bonne fête techno… Au bout de cinq jours, Ohad et moi nous arrachons de ce lieu de perdition et je repars vers le Kenya, que je m’apprête à traverser d’est en ouest afin de gagner la côte swahili, soit Mombasa puis l’île de Lamu, supposée paradisiaque, où je compte terminer mon séjour africain avant de partir pour l’Iran.
Une version abondamment illustrée de ce blog figure à l’adresse http://lestribulationsdantoine.blogspot.com
Commentaires
Visiteur
11H14 23 OCTOBRE 2008
j'adore votre reportage sur Massai Mara, çà me rappelle bien des souvenirs, j'y suis allée 2 fois en 1995 et 2000 et franchement c'est le top des safaris par rapport aux autres parcs du Kenya, vous avez eu de la chance de voir des lions d'aussi près, c'est mon seul regret, je les ai vus de loin ...et dormir dans un bengalow le long de la rivière Mara avec les hippos sous le nez, çà fait vraiment un effet "boeuf" !!