Il est parfois difficile d’exprimer ce que l’on observe et ressent. Depuis cinq mois, nous travaillons comme psychomotricienne à Salomon Klein, un orphelinat de Cochabamba (Bolivie), et à Wiñay, une maison accueillant des enfants issus de milieux socio-défavorisés ou de la rue.
Cinq mois…un temps qui nous fût nécessaire pour rédiger cet article. Les multiples tentatives antérieures n’ayant jamais satisfait leurs auteurs. Comment retranscrire ce que l’on voit sans déformer la réalité ou diriger l’opinion du lecteur ? Nos sensations et émotions sont parfois tellement subjectives que nous vous invitons à prendre du recul sur cette histoire…
« En cette journée ensoleillée, nous passons le pas de la porte de Salomon Klein, en compagnie de Richard notre coordinateur. L’odeur âpre de ce lieu m’envahit instantanément. Nous découvrons chacune des salles qui semblent regorger d’enfants. La maison accueille 180 enfants de la naissance jusqu’à 6 ans. Les pleurs, les cris et la violence entre enfant semblent faire parti de leur quotidien. Dans chaque salle, ils se ruent sur nous, nous appellent, nous touchent. J’ai l’impression d’être un souffle d’espoir pour eux autant qu’une désillusion. Je me sens déchirée entre toutes ces demandes d’affections, qui dois-je regarder ? Lequel d’entre eux m’attrape la main? Je suis envahi et écartelée à la fois. Vais-je tenir six mois en vivant cela chaque jour ?
Les journées défilent et se ressemblent pour les enfants. Deux enseignements Montessori sont mis en place mais tous les enfants n’y ont pas accès. Il faut choisir… La psychomotricité reste difficile à mettre en place. Aucun espace ne nous est véritablement défini. Nous choisissons d’aider les « mamas » en apportant notre regard et nos connaissances, les idées sont parfois difficiles à expliquer. Nous sommes alors confrontées à des conflits interculturels.
Finalement, au bout de deux mois et demi, alors que nous commençons à maîtriser la langue, nous décidons de travailler à Wiñay avec des enfants plus âgés. Tous les garçons de la maison nous accueillent les bras ouverts. Ils nous renvoient déjà leur reconnaissance alors que nous venons tout juste de passer la porte. L’équipe aussi nous accueille avec le sourire. Notre intégration sera plus facile et rendra notre travail plus agréable. Les enfants aiment jouer, mais peu d’entre eux arrivent à écouter ou respecter les règles. Leur temps de concentration est court mais ils essaient. Entre eux, la violence est un de leur canal de communication privilégié.
Nous décidons, le jour de la fête des enfants en Bolivie, de leur offrir les marionnettes réalisées par des enfants français, plus ou moins, du même âge. Chacun d’entre eux accepte de réaliser une marionnette pour leur nouvel ami. Ils nous disent de leur propre initiative le mot « amis », ils les remercient au travers d’un film ou de leur photographie. L’échange interculturel commence… Ce projet, qui fût plus long à mettre en place que prévu, voit enfin le jour et semble être directement investi par ce groupe d’enfant. Nous sortons ravie de cette journée et impressionnée par leur motivation. Le travail sur les émotions commence donc mais notre plus grand regret sera que ce travail ne sera pas autant approfondi que prévu puisqu’il nous reste un mois sur le terrain. Le temps sera peut-être le seul témoin du résultat de ce travail. J’espère qu’ils garderont cette expérience gravée dans leurs souvenirs d’enfance…
Lien photo http://www.flickr.com/photos/otravezmehicemujer/1619350470/
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