Malgré l’excitation, au moment de partir, on ne peut s'empêcher de douter. Il va falloir abandonner ses repères, laissez sa famille pour un inconnu un peu effrayant . Et puis une fois le voyage commencé, tout se met en place et la magie du moment fait s'envoler toutes les craintes.
Ainsi, dès notre arrivée à Mexico city nous rencontrons Israël, un policier amateur de langues étrangères qui nous prend sous son aile et nous propose de nous faire visiter la ville. Nous nous rendons tout d’abord au marché de Xochimilco, dont le nom signifie «là ou il y a des fleurs». Outre les jardins flottants, c est aussi un marché colossal ou il est facile de se perdre. Ayant décidé d’aborder les pays visités sous l’angle gastronomique, nous en profitons pour goûter les spécialités mexicaines. Ravis de nous faire découvrir leurs traditions culinaires, les Mexicains nous font goûter toutes sortes de plats et sont heureux de répondre a nos questions. Le maïs est à la base de beaucoup de recettes. C’est la forme de la galette et sa cuisson qui donnent son nom au plat; pliées en deux et fourrées ce sont des quesadillas ; roulées, elles s’appellent burros ; grillées, ce sont des tacos... Outre les saveurs, la visite de ce marché offre une explosion de couleurs et d’odeurs enivrantes.
Ensuite nous partons rencontrer Mr Garcia Chavez, un chef qui a une vison quasi philosophique de la cuisine. Discuter avec lui est passionnant et nous apprenons beaucoup à son contact. «La cuisine doit prendre du temps, il faut d abord choisir soigneusement ses aliments, les toucher, les sentir.Tous les sens doivent être mobilisés. Ensuite, il faut utiliser des ustensiles traditionnels, eux seuls permettent de conserver la saveurs des aliments». L’homme ayant étudié en France, ses plats sont une combinaison de gastronomie française et mexicaine, comme par exemple ses piments farcis (chile relleno) aux crevettes avec une sauce au vin blanc et… de la moutarde de Dijon. Divin!!!

Nous continuons notre visite de Mexico en compagnie d’Israël qui pour toute compensation souhaite que je lui chante «Aline» de Christophe. Il nous emmène à la Torre Latino Americana d’où l’ou on a une vue imprenable sur la ville. On prend alors conscience du gigantisme de la ville dont les confins sont noyés dans la pollution.
Apres quelques jours passés à Mexico City, nous partons à San Cristobal de las Casas via Oaxaca. Située dans le Chiapas, la ville de San Cristobal est charmante, ses ruelles aux maisons colorées lui donnant un air de fête permanent. A peine débarqués nous rencontrons Camilo qui nous emmène visiter un caracol (escargot) c’est-à dire une communauté zapatiste autogérée. «Tout comme les escargots, ces communautés avancent lentement mais avancent», nous explique en souriant Camilo. L’atmosphère a notre arrivée est étrange; le village est noyé dans la brume et tous les gens sont cagoulés car en opposition avec le pouvoir en place. Après avoir consulté nos passeports et nous avoir interrogé sur la raison de notre venue, nous sommes autorises à visiter la communauté. L’école, l’église, chaque bâtiment est recouvert de dessins a la gloire d’Emiliano Zapata et du peuple. L’un de ces dessins représente également des épis de maïs desquels émergent des visages d’hommes.
Le conseil du village nous explique ensuite l’origine de ces communautés. Créés sous l’impulsion du sous-commandant Marcos et en réaction a l’immobilisme du pouvoir face au sort des Indiens. Ainsi le personnage quasi mythique du sous-commandant, dont on ignore l’identité et même s’il existe réellement, a exhorté le peuple à prendre son destin en main et à s’organiser en villages indépendants.
Dans le Chiapas, le mot d’ordre est «Ici le peuple décide et le gouvernement obéi», message que l’on voit régulièrement le long des routes. Cette visite fut une expérience unique, de celles qui permettent de réaliser le quotidien d’une population, et que rarement en tant que simple touriste on a l’occasion de vivre. Il n’y a de la part de ces personnes aucune animosité; au contraire elles souhaitent qu’un maximum de touristes viennent les visiter pour pouvoir témoigner de leur situation et propager leur message. On peut même y être hébergé pour un temps en échange d’un coup de main à l’école ou dans les champs.

Notre visite des alentours de San Cristobal se poursuit. Nous nous rendons à San Juan Chamula où nous avons la chance d’assister au culte des Mexicains, mélange de religions catholique et de croyances ancestrales. Dès notre entrée dans l’église, nous sommes saisis par la magie du lieu. Le sol est recouvert d’épines de pin, ce qui permet de rester en contact avec la terre. Le long des murs, une trentaine de statues de saints est alignée. Des gens sont agenouillés devant et des bougies sont allumées à même le sol. Au total, il y en a des milliers. Leur couleur dépend de la requête des gens : fertilité, argent, santé…
Celui qui officie et demande l intervention des saints doit boire du « posh », un alcool local et en offrir au saint vénéré. Les oeufs qui sont censés ôter tout mal font aussi partie du rituel. Malgré notre scepticisme à l’égard de toute religion, nous sommes saisis par l’émotion. A part le murmure des incantations, rien ne vient troubler la sérénité du lieu. Au Mexique comme dans beaucoup de pays d’Amérique Latine , la religion catholique a dû, pour s’imposer, accepter de cohabiter avec des croyances et des rites millénaires, quitte à voir ses dogmes malmenés.
A l’évocation de ces souvenirs les images se bousculent dans nos têtes. Il nous faut évoquer la splendeur du Carnaval de Chiapa de Corzo et la beauté du Canyon de Sumerido... Après un passage par Palenque et Tikal, nous nous rendons au Belize ou nous rencontrons Mike sur une île pas plus grande que deux stades de football. Nous avons l’occasion de partager son quotidien et il nous fait découvrir la cuisine locale. Au Belize comme sur la côte Caribe du Guatemala, le riz au lait de coco accompagné de poisson frit est la base de la nourriture.

C’est à Livingston au Guatemala que nous faisons une rencontre extraordinaire. Edgar, dit Tatulo, nous saute littéralement dessus à peine arrivés au débarcadère. Immédiatement le courant passe entre nous. Il est bavard, drôle et nous donne plein d’informations. Il souhaite nous faire découvrir la culture garifuna. Les Garifunas sont des descendants d’esclaves présents du Belize jusqu au Honduras. Ils ont su conserver leurs croyances, leur langue (dans laquelle on retrouve des mots de français) et leur musique.
L’histoire de Tatulo mérite d’être racontée tant elle est originale. Il faut d’abord dire que longtemps Livingston a eu une mauvaise réputation à cause de sa délinquance endémique. Tatulo lui-même détroussait les voyageurs. Et puis, pragmatique, il a réalisé qu’à long terme l’unique source de revenus de la population allait disparaître. Il a donc décidé d’aider les touristes et de leur faire partager sa culture afin de participer au développement de sa ville. Nous passons ainsi quatre jours en sa compagnie, à partager sa table, à faire des parties de pêches et à explorer les alentours. Les gens sont accueillants et il fait bon vivre sur cette côte qui ressemble a une petite Jamaïque.
On y écoute beaucoup de reggae et les gens se saluent en disant «Hey rasta». C est un vrai bonheur d’observer les enfants s’amusant dans les barques au bord de la plage et les pêcheurs ramenant leurs grands filets au lever du soleil.
Au moment de partir et de quitter Tatulo, nous avons un pincement au coeur, Les adieux sont longs et douloureux. Nous espérons que toutes les rencontres seront aussi enrichissantes, les gens aussi chaleureux et les expériences aussi inoubliables que ce que nous avons connu jusqu à présent…

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