Tombée de la nuit. Nous avions rendez-vous avec Brett, medecine man. Nous le trouvons derrière son mobil-home, près d'une petite cabane circulaire. «Voulez-vous venir faire un Inipi? Avez-vous besoin d'être purifié?»
L'Inipi, est l'une des sept cérémonies sacrées des Lakotas. Elle se pratique dans une hutte, construite de branches de saule courbées, recouvertes de tissus, couvertures, voire bâches plastiques. Devant son ouverture (toujours à l'ouest): un crâne de bison, une pipe et un bâton orné de plumes. Plumes d'aigle et de condor -rapportées d'un meeting de guérisseurs en Amérique du Sud-. Un peu plus loin, un grand feu où rougissent des pierres sacrées.
Le medecine man, grand homme aux fines tresses, surveille le feu pendant qu'un autre s'assure de l'obscurité de la loge. Aucune lumière ne doit percer. Après une prière à Wakan Tanka -le Grand Esprit-, les pierres peuvent être apportées à l'intérieur, dans un trou circulaire et central. C'est l'heure de commencer la cérémonie. Les neuf personnes entrent et s'installent, dans le sens de la course du soleil, autour des pierres. Au dehors, reste le gardien de la porte.
A l'intérieur, l'espace parait beaucoup plus large. De petits sacs de tabac sont accrochés au plafond, en offrande aux esprits, mais aussi pour les appeler. Un chant commence, accompagné d'un tambour à la cadence rapide. Le chant est repris en chœur, très aigu, très intense, puissant. Le medecine man parle en lakota, quelquefois en anglais. Il guide les prières, les chants et la réflexion. Comme une ponctuation, il verse régulièrement de l'eau sur les pierres chaudes. Le frémissement entendu indique le très prochain nuage de vapeur à venir. La chaleur se fait d'abord sentir sur la nuque et les épaules. Puis, le reste du corps est enveloppé dans cette chaude couverture évanescente. Les chants se font plus intenses. Le medecine man verse à nouveau de l'eau sur les pierres. La chaleur s'accentue. Le gardien ouvre la porte. Personne ne bouge. L'arrivée d'air frais est appréciée. Quelqu'un a t-il quelque chose à dire? La parole est libre, pour prier et pour se confier. Les bonnes nouvelles sont annoncées, les difficultés et inquiétudes confessées. Quelques rires, quelques pleurs et une absence de jugement envers ceux qui racontent les souffrances. Tout ce qui est dit est confidentiel. On referme la porte. On chante, on prie, le medecine man rappelle le lien qui unit l'homme à la Grand-Mère Terre, aux animaux, aux ancêtres, aux esprits des pierres, à chaque être vivant de la planète. Chacun a sa place. Chaque élément constitutif de la cérémonie a sa signification (ordre du placement des pierres, nombre de branches de sauge utilisées, couleurs des sacs de tabac, omniprésence du cercle...).
La porte sera ouverte quatre fois, et la cérémonie durera trois heures. Même si la structure reste la même, le contenu, les chants, les herbes utilisées varient selon les medecine men. La fréquence aussi. Certains pratiquent trois fois par semaine, d'autre trois fois par an. «Le sweat lodge, c'est comme le confessionnal, plus on en fait moins c'est efficace », indiquera un autre guérisseur.
Pour White Bird, l'inipi est «
un rite qui nous prépare à voir en nous-mêmes et à recevoir les esprits, à nous éclairer intérieurement de façon à entrer en communion avec la nature et toutes les choses créées.» C'est une pratique spirituelle, mais également de guérison. Dans la perspective holistique des Lakotas, tout est lié: le physique, le mental, l'esprit, les émotions. Agir sur l'un, c'est agir sur les autres.
Sortie de la loge de sudation. Il fait nuit, coup d'œil à la “rotondité lunaire” comme dirait Fersen, un repas -soupe de viande- va être partagé à l'intérieur de la maison toute proche. Tout le monde se rhabille rapidement.