Dans un cri rauque, l’otarie s’ébroue et tranquillement se retourne. Elle jette à peine un regard aux voyageurs. Nous sommes à 15 heures d’avion de la France, sur une plage de sable blanc. L’eau possède cette couleur d’un turquoise sombre reconnaissable entre mille. Celle du Pacifique.

Sur l’île qui autour de nous ceint la plage d’une ligne de basalte, l’homme n’a jamais eu le rôle principal. Il est là en tant qu’observateur. Tranquillement toléré à condition qu’il respecte les règles. Bienvenue dans l’archipel des Galápagos.
La panga, petit pneumatique qui relie le bateau à la terre, s’approche lentement de la plage. Les voyageurs sautent à l’eau et rejoignent le sable. Quelques pas seulement et les premiers cris fusent. « Regardez, une otarie et son petit ! », « Et le gros mâle qui sort de l’eau là-bas… ».
Devant ces spectateurs déjà conquis, la plage s’anime et la magie opère. Sur les rochers chauffés par le soleil, une otarie et son petit semblent endormis. Un peu plus loin, au bord de l’eau, deux frères d’à peine un mois jouent dans les vaguelettes. Ils se laissent approcher sans crainte et posent, telles des starlettes désabusées, sous l’objectif des voyageurs ébahis.
Nous sommes sur l’île de San Cristobal et c’est, pour les voyageurs du MV Santa Cruz, le premier véritable contact avec l’archipel des Galápagos. Arrivés un peu plus tôt dans la matinée sur l’île, ils ont embarqué sur le bateau de croisière qui, quatre jours durant, va les conduire, d’îles en îles à la découverte d’une faune incroyable. Pour l’heure, cap sur le Lero Brujo, dans la partie nord de l’île de San Cristobal. Cette première randonnée a pour vocation d’introduction à la richesse faunique de cet archipel unique au monde. Durant les trois heures de promenade, les voyageurs ne croiseront « que » des otaries des Galápagos, autrement appelés lions de mer et espèce endémique de l’archipel, quelques fauvettes jaunes et des crabes fantômes, crustacés aux couleurs vives qui s’enfoncent dans le sable pour se protéger des prédateurs.
Une première rencontre magique qui, à elle seule, pourrait justifier le voyage. Marcella, le guide naturaliste qui accompagne le groupe, explique : « En cette saison, durant les mois d’automne, les eaux sont froides, 20° C donc très riches en poissons. Cela coïncide avec la saison de reproduction des otaries ». Autour de nous plusieurs dizaines se chauffent tranquillement au soleil. L’envie de s’approcher, de caresser, est forte. Mais la pratique est formellement interdite.
Le parc national des Galápagos, qui couvre 97% de la superficie terrestre de l’archipel et 133 000 km² de fonds marins, autorise l’approche de la faune à une distance maximum de deux mètres pour ne pas perturber son comportement. Le mâle otarie, qui règne en maître sur la colonie, complète d’un mouvement de gueule l’entreprise de dissuasion. La promenade sur la plage dure plus de deux heures et tous les dix pas, un nouvel arrêt s’impose. Là pour admirer un mâle en train de s’étirer, ici pour photographier (sans flash, s’il vous plaît) une mère qui allaite son bébé.
Dire que le spectacle est incroyable ne rend que partiellement hommage à ce bout de terre où les animaux ont érigé leurs lois. Sur l’archipel des Galápagos, l’homme a œuvré pour n’être que toléré. Il a ainsi gagné le droit d’observer une nature sauvage qui ne le craint pas et n’attend rien de lui.