Mayotte, terre de contrastes. Perdue dans l'océan Indien, on est ni totalement en France, ni totalement en Afrique. Là-bas, tout est ambivalent. Tout y est en demi-teinte, même les images de cartes postales. Même si ils existent, les paysages idylliques cachent une réalité bien différente.
L'archipel de Mayotte rencontre un certain nombre de problèmes environnementaux, notamment concernant la conservation de ses récifs coralliens et de ses lagons. Le tourisme y étant peu développé, c'est l'occasion de découvrir un territoire resté authentique.
Entre Madagascar et le Mozambique, pas loin d'Anjouan et des Grandes Comores, c'est la que se trouve l'ancienne colonie française. L'île compte plus de 180 000 habitants et est en passe de devenir un département d'Outre-Mer. Une faune et une flore exceptionnelle y vivent. Berceau de nombreuses espèces animales et végétales (endémiques pour certaines, puisque vous ne pourrez les trouver que sur l'archipel), l'île jouit d'un cadre tropical fantastique. Un récif de corail cerne l'île sur 160 kilomètres. Les espèces tropicales y prospèrent donc en toute quiétude, à l'abri du lagon. Baleines, poissons, dauphins, tortues, une variété incroyable, protégée du tourisme de masse, l'île étant relativement épargné par les flots de touristes assoiffés de safari. Toutefois, les problèmes sont là : récifs coraliens menacés, urbanisme laxiste, braconnage, sans compter les problèmes liés au traitement des déchets.
Avant de partir
Pour aller à Mayotte, l'avion reste encore un des meilleurs moyens. Certes peu écologique, mais à défaut de croisières en ferry photovoltaïque, c'est au moins le plus rapide. L'arrivée se fait par l'aéroport de Pamandzi, situé en Petite-Terre (Mayotte est composée de deux îles : Petite-Terre et Grande-Terre). Les compagnies aériennes desservant l'île ne sont pas nombreuses :
– Air Austral propose des billets assez chers, mais avec un niveau de confort en conséquence. En revanche, pas de liaisons direct Paris-Dzaoudzi.
– CorsairFly propose quant à elle des billets avec un meilleur rapport qualité-prix, le confort est minimum mais les liaisons sont directes au départ de Paris Orly Sud (2 fois par semaine).
Premier conseil, pensez à réduire au maximum le poids de vos bagages. Quelques kilos de valises en moins, et c'est plusieurs dizaines de kilos de CO2 qui ne seront pas relâchés dans l'air. Une manière de voyager durable malgré tout. Pour se déplacer de la métropole à Mayotte, le prix du billet d'avion reste tout de même assez élevé. Pour évitez la ruine, et surtout si vous êtes disponible, partez après le pic estival (soit au mois de septembre), les billets A/R sont plus économiques (comptez tout de même plus de 800 € A/R). Juste avant la saison humide (qui s'étant d'octobre à mi-mars), c'est vraiment la période idéale car vous bénéficiez, en prime, d'un encombrement moindre dans les aéroports. Sinon, réservez votre billet en avance pour partir dès le mois d'avril.
Une fois sur place
Une fois sur place, les îles de l'océan Indien sont à vous. Les Comores, Madagascar, La Réunion... Pour ce qui est des liaisons entre Mayotte et ces îles, comptez minimum 250 euros aller-retour. C'est un peu cher, mais l'avion reste toujours le meilleur moyen de les rejoindre. Les liaisions maritimes étant soient officieuses, soient inexistantes. Toujours est-il que si l'on séjourne quelque temps à Mayotte, cela vaut vraiment le coup d'aller y faire un tour. La Réunion est très métropolisée, beaucoup moins authentique que Mayotte, mais néanmoins agréable. Les Comores et Madagascar sont, quant à elles, assez peu occidentalisées.
Profitez de votre arrivée sur Petite-Terre pour découvrir le territoire. Comme un prémice à l'aventure mahoraise. Vous pouvez faire le tour du lac de Dziani. Un peu plus d'une heure à faire à pied, avec un magnifique point de vue sur le lagon et le lac en même temps. Depuis le pourtour du lac (qui est situé dans un cratère de volcan), vous avez la possibilité de rejoindre la plage de Moya qui n'est pas très loin. A pied ajouter deux heures.
La plage de Moya, avec sa double baie est très connue pour les pontes de tortues (en toute saison). Cette espèce étant protégée, faites extrêmement attention lors de votre approche. Le braconnage est formellement interdit, mais hélas toujours actif. Pour être sûr de pouvoir observer des tortues, il faut venir à la tombée de la nuit, un soir de pleine lune et à marée haute. Respectez les consignes de la charte d’approche (soyez discrets, évitez de faire trop de bruit et n’éclairez pas l’eau avec vos lampes).
En route pour Grande-Terre
Pour allez d'une "Terre" à l'autre, pas d'autre choix que de prendre la barge, une sorte de bac qui vous conduira vers Mamoudzou. En partant de Dzaoudzi, la traversée est gratuite; dans l'autre sens, le prix est de 75cts. La traversée dure une demi-heure. Pour embarquer avec un scooter, comptez 5 euros de plus. Avec une voiture, c'est 15 euros.
La majorité des Mahorais habite Grande-Terre, qui est d'ailleurs beaucoup plus typique. La vie est relativement chère à Mayotte. Du fait de son insularité très isolée, tous les produits importés (et il y en a énormément) sont taxés à hauteur de 40% quand ils arrivent. Par contre, il y a moyen de trouver quelques produits locaux plus abordables, même si l'île produit très peu de denrées alimentaires. L'euro est évidemment en vigueur sur l'île. Autres conseils pratiques, l'île jouit de beaucoup d'avantages de la métropole : la Poste, France Télécom, réseau portable, tout y est.
Beaucoup d'activités sont possibles sur l'île, de très belles choses à voir et à faire, dans le respect de l'écosystème. Après, tout dépendra si vous êtes plutôt «brousse» ou mer.
Premières balades
Première visite à ne pas manquer : se promener dans le marché de Mamoudzou, la ville principale. Il est ouvert tous les jours. Charmant marché, avec une partie extérieure issue de l'ancien marché entièrement découvert et une partie intérieure, dans un hall tout neuf. Cuisine locale simple, mais goûteuse avec, à la clé, des découvertes culinaires garanties.
Si vous venez à Mayotte, apportez de quoi partir en expédition quelques jours. Le charme d'une nuit à la belle étoile en pleine nature, quoi de mieux. Vous pouvez même partir en exploration d'îlots isolés aux bancs de sable blanc. Paradisiaque.
Pour une journée sur les îlots du nord, vous pouvez partir avec des autochtones qui possèdent des barques, souvent des pêcheurs. L'île de Mtamboro est à voir, absolument. Comptez 20 euros par personne. Le prix comprend le trajet en bateau A-R, le repas de midi -préparé par les pêcheurs sur l'île (brochettes de viande et de poissons, manioc, banane, fruit à pain)- et surtout le cabotage d'îlots en îlots durant la journée. Tout au long du "chemin", de très beaux endroits pour plonger en palme-masque-tuba. Pour cette expédition, le départ se fait de Mtsamboro (tout à fait au nord de l'île). Par ailleurs, cette plage est également réputée pour la ponte d'oeufs de tortues. Vous pouvez donc y venir le soir.
Direction le sud de Grande-Terre. Pourquoi ne pas aller visiter l'îlot de Brandrele ? Pour se faire, vous pouvez louer des canoës sur la plage de Sakouli.
Prix pour une journée par personne : 25 euros. Une balade très sympa à faire à plusieurs. La traversée en canoë dure à peu près 1 heure jusqu'à l'îlot, sur lequel on
trouve plusieurs plages où l'on peut se reposer ou aller explorer les fonds marins. Juste en dessous de Sakouli, une autre plage de ponte pour les tortues, la plage de Sazilé.
Prévoyez bivouacs et provisions lors de vos expéditions, vous pourrez ainsi faire escale sur des îlots de l'archipel. Les campements sont autorisés sur toutes les îles et les plages. Des pêcheurs peuvent vous transporter dans leurs barques et vous mener à bon port. Pour 6 à 8 personnes, comptez 80 euros la barque aller-retour. Ils vous déposent un jour et reviennent le lendemain, ou quand vous le souhaitez. Prévoir tentes, nourriture et surtout sac poubelles, bâches et grilles pour le poisson.
Mayotte sous les eaux
L'île offre de magnifiques spots de plongée. Tous les endroits de la côte sont à voir. Le lagon qui entoure Mayotte est un paradis pour les plongeurs: des milliers d'espèces de poissons tropicaux et les coraux. La Passe en S, au sud de Mamoudzou, à ne surtout pas manquer. Elle partage les récifs de corail d'Ajangoua et Pamandzi, à l'est de Mayotte. Elle est longue de 4 kilomètres. Les fonds d'une beauté exceptionnelle. On peut même y observer les baleines. Elles viennent de la mi-juillet à la mi-octobre pour mettre bas. Vous avez la possibilité d'aller les voir, mais en respectant des règles assez strictes (charte d'approche). On peut également voir de nombreux dauphins qui nagent un peu partout dans le lagon. L'île compte environ une dizaine de clubs de plongée, vous trouverez donc votre bonheur facilement.
Comment se loger ?
Pas de camping à Mayotte pour le moment. En revanche, comme dit précédemment, on peut bivouaquer sur les îles, ce qui est encore plus sympa que de rester cloisonné sur une aire de camping.
Il y a peu d'hotels à Mayotte (neuf en tout) avec un niveau de confort assez inégal. Pensez à privilégier le logement chez l'habitant. Ce type d'hébergement se développe de plus en plus, et les Mahorais seront ravis de vous recevoir. De plus, ils vous feront découvrir avec plaisir leur culture.
Quelques adresses sympas :
– Le Santal Logi, chez Taambati à Bouéni : 25 euros la chambre avec petit-déjeuner. Pour certains, la meilleure adresse de l'ile. Un couple de locaux accueille les touristes dans un cadre magnifique. La maîtresse de maison initie les visiteurs à différentes traditions et arts mahorais (poterie, cuisine, masque de beauté, massage).
– Le Gite du Mont Combani : ce sont des chambres d'hôtes perchées sur les hauteurs qui offrent une vue magnifique sur l'île.
– Le Cocolodge, dans le Nord de l'île. Un gîte/table d'hôtes avec une vue splendide. Environ 40 euros la nuit pour deux personnes.
En brousse
Nature, faune et flore... Mayotte, c'est l'île aux parfums. De nombreuses plantations d'ylang-ylang, de bananiers, de vanille, de canneliers parsèment l'île. Au-delà des plages, il faut aller en brousse, dans les terres. La végétation y est très riche. C'est vert et relativement bien préservé. A voir aussi, les magnifiques baobabs le long des plages ou sur les collines. Les terres mahoraises regorgent également d'animaux atypiques. Les makis, sorte de lémuriens locaux, sont omniprésents. Beaucoup d'espèces d'oiseaux cohabitent également : hérons, pluviers, martins-pêcheurs, colibris, pailles-en-queue, etc... Bref, un fantastique concentré de richesse.
Pour aller plus loin :
- l'association des naturalistes de Mayotte peut vous donner de précieux conseils pour votre voyage.
- Jetez un coup d'oeil aux conseils de l'ADEME concernant les voyages durables.
- le Comité de tourisme de Mayotte.
- le site internet de Mayotte Hebdo, le journal de l'île, pour vous tenir informer de ce qui s'y passe.
- les conseils du Routard, et le Guide du Routard du tourisme durable.
Commentaires
Mayotte 9sept6 Outremer
15H47 23 MAI 2010
Bonjour à tous,
Tout d'abord merci à Géraldine pour le message en réponse à celui de Morgane.
Oui, il est vrai que ça met du baume au cœur lorsque l'on voit des articles ou reportages qui traitent de Mayotte sans y citer la clandestinité. Comme le fait si bien TF1 ou encore France télévisions. Pour vous dire même l'émission Thalassa qui est censée parler de la mer, l'autre jour n'a présenté exclusivement que ça. Or, nous avons de nombreuses richesses (pour ne citer que quelques unes: le lagon mahorais est l'un des plus vastes et plus beau du monde, les belles plages à chaque coin de l'île....) Sur ce, je ne peux que vous dire bienvenue à Mayotte.
morhao
06H57 22 MAI 2010
@ géraldine,
Salut,
Je ne connais pas la cote d'azur mais connais assez bien Mayotte ainsi que ses plages...
Mon post voulait revenir sur l'invitation au bivouac sur les plages de cette ile. Mayotte dispose de nombreux coins perdus, de nombreuses plages "paradisiaques" qui t'invite à te croire seul au monde. Cependant ces dernières années le nombre d'agression sur bivouac isolé ou non a largement augmenté (comme les dé troussages successifs sur Saziley pourtant gardée et très fréquenté, le viol collectifs sur la plage du préfet etc...) Quand tu habites à Mayotte l'insécurité est palpable puisque la grande majorité des habitants (locaux ou expat d'ailleurs) connait les cambriolages ainsi que de plus en plus l'agression physique. Ce n'est pas des on dit mais un quotidien puisque ton entourage direct est touché.
La ''grande'' est un grand gars qui voyage pas mal et qui n'a pas trop peur de sortir de sa cage dorée (qu'il n'a pas d'ailleurs) Mais en effet il me semble que camper "seule" sur un plage est prendre un risque tangible et qu'il ne faut donc pas l'encourager. Un gars se fera détrousser, une femme risque largement et malheureusement une agression sexuelle.
Ma réflexion sur les structures françaises (commissariat par exemple) ne visait qu'à mettre en évidence le fait que si mayotte semble être "française" (non résolu d'ailleurs mais c'est un autre point) la vie quotidienne en est éloignée, ainsi un peu de "vigilance" ne nuit pas. Dans certains coins de france je laisserais mes affaires pas dans d'autres. A mayotte les vols sont tellement fréquents que la police ne prend plus les plaintes sauf en cas d'agression physique...
La vie quotidienne est loin d'être un enfer et loin de se résumer à l'insécurité, cette ile est un joyaux de biodiversité et de paysages à découvrir cependant l'insécurité est un des paramètres à prendre en compte si l'on veut y passer un bon séjour...
Bonne journée
MOrgan (qui peut être un prénom masculin et qui n'a jamais mis les pieds sur la cote d'azur ceci dit)
Géraldine
10H35 21 MAI 2010
Bonjour,
Pour Morgan, donc sur la Cote d'Azur tu laisses tes bijoux, portable, casse croute sous ton parasol sans surveillance afin d'aller plonger dans l'eau et tu reviens et rien n'a bougé? En plus y a un commissariat de police à deux pas. Tu me fait rire ma grande.J'en dirai pas plus pour une femme seule qui a la bonne nouvelle d'aller camper à la belle étoile sur la Croisette. Tu dois surement voyager dans une cage mobile.
Bonne journée
Sada
13H00 20 MAI 2010
A Mathilde Fischer et Quentin Lesiourd,
Enfin, merci à vous 2 d'avoir écrit cet article sur l'île au lagon, c'est un magnifique article qui montre bien la beauté de cette belle île. Et merci à Libération de l'avoir publié car on commençait à se fatiguer de lire tout le temps que des articles sur une immigration clandestine.
Les photos sont magnifiques aussi. ça donne vraiment envie d'y aller.
Et à ceux qui souhaitent s'y rendre, n'oubliez pas de passer par ma ville natale, Sada au sud de Mamoudzou pour acheter des symboles de Mayotte, le Chapeau de Sada et la bijouterie de Sada.
Aller aussi gouter à la cuisine spéciale des bouénis, une cuisine simple et pas du tout grasse.
Merci au plaisir de vous accueuillir chez moi, chez nous à Mayotte avec plein de souvenirs inoubliables.
Morhao
06H29 19 MAI 2010
Bonjour,
la description de mayotte est juste cependant avant de prévoir un séjour là-bas il faut aussi prendre en compte l'insécurité qui est réelle et malheureusement prenante.
Les vols sont quotidiens (sur les plages les sacs et objets laissés sans surveillance disparaissent rapidement sur des plages très fréquentées comme N'gougea comme sur des bouts de paradis désert d'ailleurs), des agressions plus plus ou moins violentes ont lieu régulièrement surtout lorsque l'on est isolé. Les contexte socio-économique et surtout politique très tendus expliquant en partie cela... Cet archipel est magnifique, la population aussi sympathique qu'ailleurs mais il ne faut jamais baisser la garde sous peine de voir son séjour gâché. L'ile invite à la robinsonnade mais tout les bivouacs doivent se faire sans affaires précieuses et en groupe assez nombreux. Je déconseillerais à une femme seule ou à un groupe de femme de bivouaquer seul là-bas. Le fait d'avoir des structures françaises nous fait rapidement relâcher son attention
Pour le logement très économique le couch surfing est assez pratiqué.
MOrgan
Visiteur
00H39 19 MAI 2010
Bonsoir,
Un article intéressant mais certaines réflexions sont assez surprenantes. Ainsi en est-il sur le fait de voyager "léger" en avion pour économiser les rejets de CO2... Le mieux serait peut être de ne pas voyager du tout.
Dans le même esprit, les réflexions sur le caractère top occidentalisé de la réunion et sur le côté authentique (indigène ?) de Mayotte... Cela fait un peu tintin au Congo à la recherche d'exotisme. De plus, le fait que vous incitiez à vous y rendre risque fort d'accélérer l'occidentalisation.