Car si les historiens n’ont pas repéré dans les Commentaires sur la guerre des Gaules de mensonges flagrants, Jules César - comme quelques siècles plus tard Napoléon - a systématiquement peint sous un jour favorable le moindre de ses faits et gestes. Transformant en savantes manœuvres et géniales intuitions ce qui ne fut parfois qu’heureux hasards. Si bien qu’aujourd’hui, nombre d’archéologues s’accordent pour dire qu’Alésia aurait pu être une… déroute du camp romain.
Tribus. Nous sommes en 52 avant Jésus-Christ. Toute la Gaule est envahie… Depuis six ans, Caius Julius César mène chaque année des campagnes méthodiques pour annexer les provinces du pays ; étendant ses raids jusqu’en Angleterre, Belgique et Allemagne. Jouant sur les divisions des tribus locales, il n’a jamais été vaincu. Mais cette année-là, un jeune aristocrate arverne a réussi à fédérer sous son autorité la quasi-totalité des peuples gaulois. Vercingétorix connaît bien César, qu’il a côtoyé lors de son apprentissage militaire. Il a même dirigé les cavaliers arvernes aux côtés des Romains avant de dénoncer cette alliance et de prendre la tête de la rébellion en Gaule.
Piège. Bon stratège, il sait qu’il a peu de temps devant lui. Sa fragile coalition peut se défaire à tout moment et, face aux solides légions de Rome, il ne peut se contenter d’escarmouches : il doit frapper un grand coup. D’où ce plan concocté avec soin peu après la victoire de Gergovie : feindre une retraite paniquée de sa cavalerie pour entraîner César à sa poursuite. L’attirer dans un endroit choisi, en faisant mine de se réfugier à la hâte sur l’oppidum d’Alésia - en fait une solide place forte qu’il a précédemment garnie de vivres (il réussira à nourrir ses 80 000 hommes pendant trente jours). Fixer ensuite les troupes ennemies à ses pieds et les prendre à revers avec une formidable armée de secours qu’il a pris soin de prévenir et de préparer depuis des semaines.
Le piège fonctionna au début comme prévu. Le siège dura plus de deux mois, montra la vaillance des deux camps, et la victoire ne se joua qu’à un cheveu gaulois au terme de combats sauvages. Que manqua-t-il à Vercingétorix pour l’emporter ? L’absence de coordination durant les assauts, une moindre combativité des peuples ralliés de fraîche date, le sang-froid et le professionnalisme de César ont sans doute fait la différence. Mais Alésia aurait pu être un triomphe pour nos ancêtres. L’acte fondateur de la nation gauloise. Et la face du monde antique en eût été changée.
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La Gaule de l’emploi
Les Gaulois chevelus ont certes existé, mais bien avant que Jules César ne vienne leur chercher des poux. Vercingétorix portait les cheveux courts et était glabre, comme tous les nobles gaulois de l’époque.
Alise ou Alaise ?
Les fouilles franco-allemandes des années 90, ainsi que les photos aériennes, imposent définitivement Alise-Sainte-Reine en Bourgogne comme le lieu de la bataille d’Alésia. Depuis le milieu du XIXe siècle, historiens et archéologues ont pourtant lutté pour proposer d’autres sites, dont Alaise, en Franche-Comté.
Plus fort qu’Austerlitz
Alésia fut un choc : 80 000 Gaulois retranchés affrontèrent quelque 70 000 Romains. L’armée de secours est estimée par César à 240 000 hommes. En fait, certainement beaucoup moins. A titre de comparaison, il n’y eut «que» 160 000 combattants à Austerlitz en décembre 1805.
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