J’ai atterri aux alentours de vingt-trois heures. Avec quelques heures de vols à mon compteur, lorsque je sors d’un avion, j’active mon radar automatique et mes reflexes du quotidien. Je trace sans lever les yeux jusqu’à ma valise. Le plus vite possible.
Mais là, je m’entrave les pieds dans une tripotée de retraités qui se fait un malin plaisir entre deux claudiquements de piler tous les dix pas pour photographier l’aéroport, les palmiers dans l’aéroport -«C’est un vrai palmier André! Mais non, c’est un faux. Si, c’est un vrai !»-, les vitres de l’aéroport, les hôtesses à l’aéroport. Note pour plus tard: ne jamais voyager avec un groupe issu d’un tour operator.
Je sors enfin, le souffle court, il fait trente degrés et mon jetlag me donne des hallucinations : «Est-ce que je ne me serais pas trompée de destination? Les hommes accroupis en équilibre sur leurs pieds, ça ressemble plutôt à Bombay». Voilà ma première impression de Dubaï. J’apprendrai par la suite que la moitié du Kerala vit ici. Ceci explique peut-être cela.
Je suis coincée pour près d’une semaine dans cette ville. J’avais quelques a priori avant d’y arriver, qui ont commencé à se confirmer dès ma recherche d’hôtels. Et pourtant, mes standards étaient très simples. Pas besoin de chambre avec vue panoramique, pas besoin de piscine sur le toit (jusqu’à cinq dans certains hôtels), pas besoin de mini-golf intérieur et pour moins de deux cents euros la nuit. J’avais juste une exigence: «un peu d’authenticité». Autant dire, mission impossible. Ce qualificatif ne doit pas faire partie des standards de l’hôtellerie de l’émirat.
J’ai fini après moultes recherches par dénicher un hôtel, le XVA Gallery Hotel. Dans le quartier «authentiquement historique» du musée de Bastakiya, le plus vieux de Dubaï semble-t-il, loin du centre -si centre il y a-, sans piscine, mais sans télé non plus.
Le taxi me dépose là, à Bastakiya, devant ce qui ressemble à minuit passé à un labyrinthe que Dédale ne saurait résoudre. Un authentique décor de cinéma en carton pâte, qui se voudrait de type riad ou d’architecture perse avec, pour agrémenter le tout, un faux gazon en plastique dans ce qui sert de ruelles.
J’ai passé une semaine dans ce «quartier» où par chance (!) on organisait tous les soirs de cette semaine des performances artistiques. La cour intérieure de mon hôtel a donc été investie de divers artistes performeurs plus ou moins –mais surtout moins– talentueux. Ce qui m’a valu entre autres de rester coincée pendant une belle demi-heure dans ma chambre lorsqu’un de ces artistes a jeté son dévolu sur ma porte, m’empêchant -au risque d’anéantir l’œuvre- de sortir de mes appartements. Heureusement, je n’avais pas de télé pour patienter. Authentique ! Au demeurant, cet hôtel est calme et agréable, les hôtes sont à votre service. Il sort des habituels hôtels à touristes.
Le jour est venu et j’ai enfin découvert Dubaï.
Dubaï et son paysage lunaire. A la différence des cartes postales, Dubaï dans la vraie vie est une ville qui subit les assauts du sable désertique qui l’entoure. Il donne à la ville une allure de fin du monde ou de début d’enfer. Le paysage est toujours un peu blanc et poussiéreux. Avec des terrains immenses en friche où les constructions, amas de grues et autres bulldozers prennent toute la place et brassent ce sable dans les airs. Pourtant avec la crise, on me dit que les constructions ont diminué. Certaines tours ont donc stoppé à mi-chemin leur ascension jusqu’au ciel. Paysage lunaire vous-dis je.
J’ai aussi découvert les élans assouvis d’architectes du monde entier dans les tours près de Jumeirah Beach par exemple. S’en donnant à cœur joie et avec une originalité inégalée pour faire se tortillonner des buildings, les farder de dorures, leur donner des allures de films de science-fiction et cela avec toujours plus de hauteurs. Architectes hommes sans doute, comme si c’était la taille qui comptait.
J’ai vu ces fameux centres commerciaux qui semblent être la seule attraction du coin pour les touristes en mal d’achats -exorbitants- compulsifs. Des «Mall» comme des sortes de poumons malades mais aseptisés renfermant des aquariums à faire pâlir le Marineland d’Antibes ou encore des pistes de ski avec remontée mécanique empruntée par des femmes en niqabs exultant sur les pistes.
J’ai vu la sur-consommation à en faire clôturer un compte en banque dans ces centres commerciaux vomissant de monde avec de rares sorties vers l’extérieur. Je pensais avoir quelques problèmes de claustrophobie en ascenseur. J’ai cru étouffer dans ces immenses Mall. En sortant avec peine du Dubai Mall, je me suis retrouvée en pleine séance photo : des touristes par centaines se faisant tirer le portrait devant la plus haute tour de Dubaï. Encore un architecte en mal de virilité. Des photographes improvisés offrant à ces pauvres hères un souvenir de rêve artificiel avec -j’ai compté- environ dix postures possibles face à cette tour. Mais quel intérêt trouve-t-on à accrocher dans son salon cet espèce de phallus de verre géant ?!
Hormis le sable, Dubaï est d’une propreté gênante. Tout est reluisant. Pas une personne ne traîne dans les rues. Le métro volant surveillé par plus de trois mille caméras est le plus propre et le plus luxueux que l’on pourrait imaginer. Dubaï est monstrueusement construite avec des tours qui se serrent les unes aux autres et nous dominent. Dubaï est une ville faite d’âmes de passages à quatre-vingt pour cent, d’expatriés venus pour se refaire un porte-monnaie et le vider ensuite dans des bitures nocturnes pour entre-temps le dépenser dans des boutiques de luxe aux noms à consonance française.
Dubaï est un monde à part où les niqabs cachant de véritables beautés des milles et une nuit côtoient les touristes en strass, d’une vulgarité sans égal.
Dubaï m’a laissée de marbre. De Carrare, comme ceux qui sont utilisés là bas sans doute. Mais m’a surtout laissée un goût étrange. Trop de trop. Trop de superlatifs visuels dans cette ville.
Lisse comme un macaron Ladurée, le bon goût en moins.
XVA Gallery Hotel
Building 7
DIFC Gate Village
Dubaï
Email: xva@xvagallery.com
Phone: +971 4 358 5117
Fax: +971 4 358 5172
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