Un monumental centre de tennis pour postuler à l’organisation des JO de 2016, des musées dépoussiérés, des tours qui poussent et des hôtels relookés par la crème du design, Madrid la grise se modernise.
Pour découvrir la nouvelle Boîte magique à Madrid, soit le centre olympique de tennis conçu par l’architecte français Dominique Perrault, la balade commence au Sud de la ville, dans le quartier de San Fermin. Là, s’étendaient d’anciens terrains vagues. Et c’est dans ce site en voie de reconquête, où le métro est enfin arrivé, que se joue un morceau d’avenir de la ville. Car comme sa rivale Barcelone, la cité castillane veut se faire olympique, elle est candidate à l’organisation des Jeux de 2016, et cet écrin sportif inauguré le 8 mai en est un symbole fort (1). Mais la Boîte magique est, en dehors de la candidature olympique, un de ces nouveaux bâtiments phares qui foisonnent dans toute l’Espagne, et qui invitent à une nouvelle exploration architecturale de Madrid.
Au premier regard, le centre de tennis se présente comme un grand hangar industriel, paré d’une enveloppe de maille métallique aux reflets miroitants, dont Perrault a le secret. Le clou du spectacle, ce sont les toits ouvrants des trois grands courts principaux de tennis. Les toitures se soulèvent d’abord, très lentement ; puis ces cubes plats glissent comme sur des trains d’atterrissage, pour faire apparaître complètement le ciel, dans un long show de déplacement de la matière. Et qu’il pleuve ou que le soleil cogne, ce stade pourra ainsi assurer trois grands matchs simultanés dans ces courts indoor/outdoor, ce qui en fait un outil unique, un rival pour Roland-Garros. Ce centre olympique de 100 000 m2 peut recevoir 20 000 spectateurs, comprend 24 courts de tennis en terre battue, une piscine, des restaurants, et, il accueillera aussi bien les tennismen stars que les amateurs, mais aussi des spectacles, des meetings, des défilés de mode.
Ce bâtiment est à triple facette, un peu replié comme une huître métallique de l’extérieur, un éloge de l’ombre et de la lumière dans tous ses étages, ses coursives, ses différentes salles, et un jeu de construction plus spectaculaire au final qui complexifie ses volumes.
Le centre sportif n’est pas posé là uniquement pour se mirer dans son tennis national, dans sa prouesse technologique, ou dans le lac artificiel qui le borde. C’est «une invitation à la promenade, une nouvelle entrée vers le centre de Madrid, explique Dominique Perrault. Du grand parc de Ricardo Bofill, on pourra rejoindre le Rio Manzanares, rivière que la ville remet en valeur, on débouchera vers les Abattoirs qui vont être transformés en grand centre d’art. On se dirigera vers le centre, soit du côté très historique du Palais Royal, soit vers le Prado. Madrid s’est réveillée, elle était refermée sur elle-même, la voici extravertie, à la conquête de nouveaux territoires.»
Jeu de volumes
A la sortie de la Boîte, c’est vers le Triangle d’or des musées que l’on se précipite. S’y allonge donc l’illustre Prado, enrichi d’une nouvelle extension sans éclat réalisée par Rafael Moneo. Non loin, le musée Thyssen-Bornemisza néoclassique, lui aussi doté d’une nouvelle aile depuis 2004, regorge de merveilles, du Caravage à Hopper. Mais comme un aimant, c’est la CaixaForum, centre culturel conçu par les Suisses Herzog & de Meuron en 2008, qui attire. En lévitation, cette Caixa, ancienne centrale électrique, a vu sa base découpée, créant sous le bâtiment une plaza qui relie les rues très étroites du quartier de Lavapiés, ce qui démultiplie l’espace. Elle s’ouvre aussi sur une petite placette extérieure, dominée par un mur végétal de Patrick Blanc, clin d’œil à l’immense jardin botanique très proche. Cet underground abrite un auditorium. La brique Shell rose pâle de cette architecture industrielle a été conservée sur deux étages, mais elle est couronnée par un jeu de volumes chaotique en acier Corten, couleur rouille, qui culmine par une résille, sous laquelle se délecte le restaurant du musée. Cette œuvre composite et flexible épate, avec un charme têtu.
On n’en a pas fini avec ce quartier, le centre d’art de la Reina Sofia est posé à deux rues. On n’y court pas seulement pour voir le Guernica de Picasso, mais pour découvrir l’extension que Jean Nouvel a greffée en 2005 sur cet ancien hôpital XVIIIe siècle dû à Fernando Sabatini. On ressent une sorte de pesanteur quand on pénètre dans la grande cour, sous le toit qui rassemble trois nouveaux pavillons disposés en triangle, et qui contiennent la bibliothèque, la librairie, des galeries, un restaurant et un café. L’architecte dit avoir créé « une ombre » au musée existant. C’est sombre, comme un théâtre d’ombres. Est-ce le rouge de l’acier peint dominant, la densité de cette extension coincée dans le quartier bruyant d’Atocha qui donne cet effet d’enfermement ? Mais des reflets mouvants d’arbres, de la circulation des voitures animent le toit, là on reconnaît une belle échappée de Nouvel.
Seize lieux d’art
En enrichissant de manière contemporaine son triangle devenu un carré d’as, on comprend que la destinée de Madrid n’est pas que sportive, mais aussi culturelle. Seize lieux artistiques sont coordonnés par l’architecte portugais Alvaro Siza qui, en 2007, a réinventé le lumineux centre de tourisme Colón. Il faut absolument réviser son Madrid historique, dont la Gran Via du début du XXe siècle, avec le premier gratte-ciel de 1920, le Telefonico. Traîner plaza Santa Ana, entre l’hôtel kitsch Reina Victoria rénové, rendez-vous des toreros pendant la feria de San Isidro, et le Teatro Español. Car pour qui n’y serait pas venu depuis longtemps, l’embellissement et la coloration de la ville explosent. Et c’est là, comme un cheveu sur les tapas, que l’on se demande quels sont les monuments qui font l’identité de la capitale espagnole?
«Il n’y a pas vraiment un monument iconique à Madrid, type Tour Eiffel, affirme Juan Fernández Andrino, architecte madrilène, et correspondant de l’agence Dominique Perrault. La mairie pense que le Centre international de Conventions (CICM), sera cette icône. Je ne le pense pas. Les périphériques M 30, 40 et 50 identifient bien le plan de la ville. Ce qui a changé à Madrid, c’est qu’il n’y a plus beaucoup de bâtiments en mauvais état, dans le centre, ils ont tous été ravalés. Avant, l’image de la ville était assez grise et triste.»
Tours financières
Ce qui est évident, c’est que partout se signalent des petites ou grandes architectures contemporaines intéressantes. Dans le luxueux Hôtel Puerta America cordonné par Jean Nouvel, chaque chambre a été conçue par des stars du design, de Ron Arad à Zaha Hadid. Mais il faut compter aussi avec l’église de Santa Monica de Vicens et Ramos, le Mirador Building de l’agence néerlandaise MVRDV, les logements sociaux en cours de l’Américain Thom Mayne. Les quatre nouvelles tours financières seront à coup sûr un nouveau point de repère. Sur le terrain de l’ancienne ville sportive du Real Madrid, se dressent la Torre CajaMadrid de Norman Foster, 250 mètres, la plus haute d’Espagne. Talonnée par la Sacyr Vallehermoso, signée des Espagnols de Carlos Rubio Carvajal et Enrique Alvarez-Sala Walter. La Cristal de César Pelli et l’Espacio de Leoh Ming Pei complètent ce petit skyline. Mais que font là ces belles fuselées, un peu irréelles et isolées ? Comment se construit, s’étend Madrid?
Pour Dominique Perrault, «il n’y a pas, comme à Barcelone, de cohérence urbaine globale qui accompagne les JO. A Madrid, ce sont des grands morceaux de territoires autonomes qui sont aménagés, tel un puzzle éclaté. Il y aura un immense campus de justice sécurisé près de l’aéroport, l’agrandissement du stade de foot, mais la piscine sera ailleurs, tout comme des milliers de logements. Et, sans compter la crise qui met à l’arrêt nombre de constructions, on a du mal à déceler une stratégie qui pourrait améliorer la vie urbaine dans son ensemble.»
Comme l’architecte, on est tenté de sacrer l’aéroport Barajas de Richard Rodgers, inauguré en 2006, magnifique porte d’entrée en Espagne, comme un nouveau symbole identitaire. Le cheminement dans cette structure en forme d’arbres qui laisse voir le paysage extérieur, dans une continuité de canyons lumineux, qui accueillera près 70 millions de voyageurs, ressemble déjà à un voyage, et fait de Madrid, une ville internationale, tournée vers l’Europe et l’Amérique Latine. En Madrilène amoureux, Juan Andrino complète. «C’est aussi le paysage humain, avec l’immigration latino-américaine, qui a enrichi cette ville. A présent, Madrid est une ville mondiale moyenne, avant, ce n’était que la capitale de l’Espagne.»
(1) Le choix de la ville olympique 2016 sera annoncé le 2 octobre 2009.
PRATIQUE
Y ALLER
En avion, vol Paris-Madrid A/R à partir de 180 € (un peu moins de 2 heures). A partir de 73 € sur Easyjet à certaines dates. Budget d’une semaine : environ 500 €.
La période : éviter août et sa chaleur écrasante. Oreilles délicates s’abstenir, Madrid est une ville extrêmement bruyante.
DORMIR
DelasLetras Hotel & Restaurante, Anima Hotels, Gran Via, 11. De 125 € la chambre de base deux personnes de 24 m2 à 190 € pour une chambre 46 m2 avec terrasse et jacuzzi. Ambiance cosy-contemporaine, avec bar agréable sur rue et fumeur.
Tél. : (00 34) 91 523 79 80. www.hoteldelasletras.com
Hôtel Puerta America, Avenida de America, 41. Douze étages conçus par douze stars du design et de l’architecture, le tout coordonné par Jean Nouvel. A partir de 135 € la chambre single. Tél. : (00 34) 91 744 54 01. www.hoteles-silken.com/hotel-puerta-america-madrid
Hotel Reina Victoria, rénové et rebaptisé ME Madrid. Plaza Santa Ana, 14. A partir de 155 € la chambre. Tél. : (00 34) 91 701 60 00. www.memadrid.com
Hotel Petit Palace, Alcala-Torre, calle Virgen de Los Peligros, 2. Tél. : (00 34) 93 393 81 28.
MANGER
La Vaca Veronica, calle Moratin, 38, M° Anton Martin. Tél. : (00 34) 91 429 78 27. Grand choix de viandes et de produits de la mer, cuisine façon argentine.
La Manduca de Azagra, calle Sagasta, 14. Resto fétiche des architectes de Madrid.
BALADE ARCHITECTURALE
La Boîte magique, centre olympique de tennis, par Dominique Perrault, inaugurée
le 8 mai : M° San-Fermin-Orcasur, ligne 3.
CaixaForum, par Herzog & de Meuron, Paseo Prado 36, M° Atocha.
Tél. : (00 34) 91 330 73 00.
Centre d’art Reina Sofia, extension de Jean Nouvel : calle de Santa Isabel, 52, M° Atocha.
Tél. : (00 34) 91 774 10?00.
Les 4 tours du nouveau centre d’affaires, sur le terrain de l’ancienne « Ville sportive » du Real Madrid, près du Paseo della Castellana.