L'île méditerranéenne baignée de soleil vit au rythme de la mer et de sa gastronomie séculaire. Promenade charnelle et colorée à travers villages, campagnes et ruines industrielles.
Si l’on était une ogresse, on s’allongerait de tout son long sur les collines et les vallons qui forment la Sicile, on poserait la joue, le ventre et la paume de la main sur ces terres chaudes de soleil et blondies par les blés, et l’on se nourrirait d’oliviers, de vignes, et d’amandiers car peut-être, dans une autre vie, serait-on végétarienne.
Mais il faut bien se résoudre à ne mesurer qu’un peu plus d’1,60 mètre, et se contenter de marcher ou rouler d’une région à l’autre sans en négliger aucune car c’est là que réside le charme fou de cette île immense: on y croise d’est en ouest et du nord au sud toutes les couleurs, toutes les saveurs de la Méditerranée, jusqu’au couscous de poissons, ce «cuscus di pesce» à déguster sur la côte ouest, face à la Tunisie, à Mazara del Vallo, près d’une petite gare blanche et jaune aux couleurs des arènes de Séville.
Ecriture jubilatoire
Bizarrement, c’est le rouge qui reste le plus longtemps collé à la rétine, le rouge des entrailles de poissons vidés par seaux entiers sur les pavés de la place du marché de Catane, à l’heure où les têtes de crevettes viennent chatouiller les yeux des calamars. Catane, ville magique comparée à la banalité de ces soi-disant lieux de fantasme que sont Taormina et Syracuse. Catane, étrange croisement de Berlin et Naples, cité massive et puissante adoucie par la mer, qui a vu naître Goliarda Sapienza, auteure de L’art de la joie, sublime roman-fleuve à l’écriture charnelle et jubilatoire, ce n’est sans doute pas un hasard.
Catane, que l’on aime d’emblée pour cette première phrase d’Eldorado, le plus beau roman de Laurent Gaudé: «A Catane, en ce jour, le pavé des ruelles du quartier du Duomo sentait la poiscaille».
Autre rouge, celui des tomates qui humectent les pâtes, bien sûr. On hésite presque à le mentionner tant il s’agit d’un lieu commun en Italie. Mais c’est plus fort que nous: même au réveil, on en mangerait de ces pasta alla Norma, spécialité de l’île, qui mêlent aubergines et ricotta, et aussi de ces pasta con alicci (aux anchois) ou ai ricci (aux oursins).
Et puisque l’on se trouve à Catane, il faut monter se perdre dans le noir charbonneux des flancs de l’Etna, percé des taches vert sombre que forment les restes des forêts de pins épargnés par la lave. Magie de la géologie, la neige y laisse des marques noirâtres quand elle sèche sous la cendre. L’Etna, 300 cratères dont deux en activité, que l’on voit rougeoyer, la nuit, d’en bas, de la côte.
Rouille
Si l’on veut du vert, il faut s’égarer dans les environs du village de Corleone, sur la route de Palerme à Agrigente. C’est là, dans une bergerie oubliée du monde, que la police italienne a mis la main, en 2006, sur le vieux Bernardo Provenzano, le capo di tutti capi (le parrain des parrains) de Cosa Nostra, la mafia sicilienne. Après trente-sept ans de cavale, l’homme avait été trahi par ses «pizzini», messages codés griffonnés sur des bouts de papier. Il faut croire que les vieux mafieux ont du goût: cette région encore sauvage compte parmi les plus belles de l’île avec ses eucalyptus et ses champs de blé vallonnés.
Mais la Sicile est loin de se résumer au rouge des tomates et du sang versé par Cosa Nostra. La Sicile d’aujourd’hui, c’est aussi le gris du béton et la rouille des usines abandonnées faute d’avoir su s’adapter aux nouvelles technologies. Béton de ces autoroutes surélevées qui chevauchent vignes et champs de blé, pour beaucoup inachevées, héritage des pratiques de la mafia qui a longtemps régné en maître dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. Béton des éoliennes hérissées sur les crêtes des collines. Béton des barres HLM qui ceinturent la ville d’Agrigente, au sud de l’île, une région qui recèle pourtant des trésors: de la vallée des Temples, à visiter au coucher du soleil quand la lumière coule sur les pierres millénaires, à la Punta blanca, la Pointe blanche, cette falaise de calcaire blanc glissant par vagues vers la mer et cette bâtisse en ruine, vestige de l’époque où la guarda di finanza traquait les contrebandiers depuis la terre.
La rouille, c’est à Porto Empedocle qu’on la trouve. Petit port d’un autre temps près d’Agrigente où l’on se baigne au pied des deux cheminées en brique d’une usine géante de l’électricien Enel construite à même la plage. Celle-là fonctionne mais beaucoup d’autres, spécialisées dans l’extraction de minerais, ont été réduites à l’état de carcasses, fers à béton en l’air, wagonnets flottant au bout de filins d’acier déglingués. Porto Empedocle, c’est aussi la ville du noir, le noir des romans d’Andréa Camilleri, enfant du coin, et de son célèbre commissaire Montalbano. Appelée «Vigata» sous sa plume, Porto Empedocle se verrait bien rebaptisée Porto Empedocle Vigata, le maire en a fait la demande pour célébrer son auteur fétiche. Certains le célèbrent déjà. Ainsi l’osteria della lampara, restaurant de poissons sur le port, où l’on vous sert d’office sur des nappes en papier de la salade de poulpes chaude, des spaghettis aux moules et des rougets grillés sous les portraits du vieux Camilleri (83 ans depuis septembre).
Squelettes
Et si l’on est dans le coin, il faut pousser jusqu’à Villagio Mose, fermer les yeux pour éviter le déchaînement de villas «mon chéri», de résidences pour semi-riches, de Mac Donalds et de boutiques de meubles bon marché; et grimper sur la colline retrouver Chiara dans son îlot de verdure, ses champs d’oliviers et ses pruniers. Chez Chiara, les chiens se prennent pour des chats parce qu’ils ont grandi ensemble et partagé les mêmes têtes de poissons. Chez Chiara, parmi les animaux et les outils de la ferme, se cache une chapelle construite en 1885, à la demande d’une ancêtre qui vivait à Palerme et refusait de venir là en villégiature si elle ne pouvait disposer d’un lieu de prière. Son mari a fait bâtir pour elle cette merveille de simplicité. Et Chiara aime à raconter comment les prêtres autrefois se déplaçaient de propriété en propriété pour célébrer la messe, recevant en récompense un café si riche qu’il était comme un gâteau, épaissi de chocolat et noisettes, que l’on avait coutume d’appeler «le café des prêtres».
La Sicile, c’est bien sûr le bleu de la mer qui la baigne de part en part, mais aussi le gris des squelettes exposés dans les catacombes de Palerme, une fascination pour la mort que l’on retrouve dans tout le sud de l’Italie, notamment à Naples où il est courant d’adopter un crâne que l’on vient caresser le week-end en famille. Dans les catacombes des Capucins, ont été inhumés jusqu’en 1881 quelque 8000 cadavres momifiés ou embaumés des représentants de la haute bourgeoisie palermitaine (femmes et enfants compris) et du clergé. Accrochés au mur comme dans un vestiaire, les morts semblent quasi-vivants. Vêtus de leurs habits traditionnels, certains présentent encore des lambeaux de chair et de cheveux.
La Sicile encore, pour ce prêtre en robe noire assis nonchalamment sur un prie-Dieu, borsalino posé sur les genoux. Et, sur la route de Palerme, en plein tournant, cette vierge blanche enchâssée entre quatre palmiers à la chevelure verte.
Pratique
Y ALLER:
- Par avion, trois compagnies desservent Palerme ou Catane: Air France et Alitalia via Rome (à partir de 250 euros A/R); Meridiana, direct (à partir de 180 euros, mais pas tous les jours hors saison).
- Aucune liaison directe par bateau. Possibilité de ferries à partir de Gênes et Naples.
- Location de voiture sur place: passer par autoescape.com, très bon rapport qualité/prix, (154 euros/semaine Palerme/Palerme).
Y DORMIR:
Fattoria Mose, un «agriturismo» (chambres à la ferme) de rêve près d’Agrigente, avec piscine et bungalows individuels avec terrasses.
Appeler Chiara Agnello au: 0039 0922 606115
Toutes les infos sur: www.fattoriamose.com
Y MANGER:
A Catane: trattoria La Paglia, via Pardo, sur la place du marché aux poissons
A Mazzara del Vallo: La Bettola, juste à droite de la gare ferroviaire, pour le cuscus di pesce;
LIRE:
- L’Art de la Joie de Goliarda Sapienza, Viviane Hamy ou poche (Pocket)
- Eldorado de Laurent Gaudé, Babel
- La forme de l’eau d’Andrea Camilleri, poche (Pocket)
Plus d'informations sur la Sicile avec Easyvoyage
Commentaires
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12H09 10 NOVEMBRE 2008
Bon. Aucune réaction à mes commentaires qui ne sont toujours pas affichés. Je trouve paradoxal de noyer ma boîte aux lettres sous des lettres de relance et des exemplaires de votre journal, que d'ailleurs je n'ouvre plus tant il me déçoit, et de refuser de justifier tout simplement la décision de ne pas afficher mon commentaire qui, encore une fois, n'avait d'autre prétention que de relever la nullité crasse des jeux de mots qui ont envahi le texte, et dont le titre de cet article était un exemple si éclatant.
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11H09 10 NOVEMBRE 2008
Syracuse banal? Taormina banal? incroyable...est-ce que la personne qui a écrit ces lignes s'y est arrêtée, y a séjourné, y a flané...pourquoi par ailleurs n'y a-t-il rien sur Trapani ou Cefalu? trop banal j'imagine.
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07H47 10 NOVEMBRE 2008
vous avez "omis" TRANSAVIA dans le liste des transports aériens ....
eric
15H43 09 NOVEMBRE 2008
oui c'est tout a fait ca, alexandra n'a cependant pas parlédes courses de cheval clandestines le soir a Catane en été, quand ils les sortent de leur arrières cour, et de la séance d'hippo barbecue qui s'ensuit... Belle prose évocatrice, merci alexandra et a bientot chez les siculi j'espère
jeannine
11H34 08 NOVEMBRE 2008
ce que vous décrivez pour la Sicile est valable pour tout le sud de l'Italie, avez-vous déjà vu les champs d'oliviers millénaires du Salento ? connaissez-vous Lecce ?
derriere toute cette façade de beauté se cache un pays extrêment dur à vivre terriblement dangereux où il n'existe qu'une seule loi l'omerta
la beauté de l'Italie me fait peur j'aimerai la voir moins belle est tellement plus honnéte
c'est un pays qui actuellement fait payer à tous ses immigrés sa propre immigration.
l'Italie porte en elle comme une tare, une honte : le fait que pendant un centenaire elle a été la main-d'oeuvre maltraitée et bon marché de l'Europe
il ne faut pas se laisser aveugler par le soleil de l'Italie et ses pâtes.
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08H48 08 NOVEMBRE 2008
j'adore ce pays,j'y vais 1 fois/an avec mes enfants l'été les plus beaux temples gracs sont là bas;la mer,le soleil,le volcan...j'adore
j'ai découvert une toute petite boutique à Paris ou l'on peut retrouver toutes les saveurs de cette ile et surtout la meilleur huile d'olive jamais gouter en france.ce petit commerçant s'appelle la tete dans les olives .
le vendeur est super sympa il a un site internet que je viens de découvrir en essayant de trouver son adresse.
www.latetedanslesolives.com
voilà ce que j'ai copié de son site:
Premier grossiste d'huile d'olive extra vierge à Paris
vente au poids des arrivages de saison: tomates séchées, câpres au sel, olives en saumure, figues séches, épices, bottarga de thon bresaola de thon, fromages....
Récolte differencielles et personnalisée.
Pour de plus amples informations merci de nous contacter par telephone ou par mail.
enfin pour ceux qui aiment les saveurs siciliennes et pas trop cher ça rappel les vacances et les mangea mangea parceque la bas on mange bien beaucoup et souvent