Escapade en voilier le long de la côte de Blosseville, au nord-est du Groënland, entre banquise, fjords et montagnes. Une région explorée il y a un plus d’un siècle par les Français.
L’ourse s’éloigne tranquillement à la nage de l’arrière du voilier, suivie par son ourson. Elle regagne sans se presser la rive de l’abri naturel où nous avons mouillé l’ancre cette nuit. L’ourson tourne de temps en temps sa tête blanche vers nous. Il y a comme des regrets dans son regard noir profond, la curiosité insatisfaite. Un bruit sourd nous avait fait surgir sur le pont alors que nous préparions le petit déjeuner dans le carré. Attiré par la réserve de morue salée stockée dans le cockpit, l’animal choisit la fuite à notre vue. Premier matin sur la côte de Blosseville, premiers ours.
Nous sommes sur la côte est du Groënland. Balayée par le courant polaire, un courant marin venu du nord qui charrie des monceaux de banquise ; son accès n’est possible en bateau qu’au maximum deux mois sur douze, et certaines années moins de quinze jours. Partie d’Islande, notre expédition doit compter avec cet élément. A cinq sur un voilier en aluminium de 16 mètres adapté aux navigations polaires, notre projet est d’explorer cette côte inhospitalière.
Rives inaccessibles
Sauvage et minérale, elle est constituée de montagnes basaltiques de plus de 2 000 mètres, d’éboulis et de glaciers vêlant leurs icebergs. Une maigre végétation : mousses, lichen, fleurs et saules arctiques poussent au ras du sol en de rares oasis parmi les rochers. Autant dire que l’homme n’est pas le bienvenu dans ce coin du monde. Seules traces humaines, certaines plages de galets sont jonchées de bois flottés venus de Sibérie, portés par le courant polaire, et de débris façonnés par les vagues. Le Groënland est une île pourvue d’une calotte glaciaire en son centre et peuplée sur les côtes par 56 700 habitants : la population d’une ville comme Niort sur la superficie de l’Inde ! 3 500 personnes vivent sur la côte est. Ammassalik, au sud-est, et Ittoqqortoormiit, au nord-est, sont les deux seules villes, séparées par 900 kilomètres de rivage désertique, dont la côte de Blosseville, où nous mouillons en cette fin juillet 2008.
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