Escalader les pyramides mexicaines est incontournable lors d’un voyage au Mexique. A Teotihuacan, à Tajin ou encore à Palenque, prenez votre souffle et lancez-vous ! Une fois arrivé au sommet, devant la beauté des lieux et le bonheur de respirer pleinement, vous aurez peut-être la sensation, pendant une seconde ou deux, d'être enfin Dieu.
Rien de présomptueux, telle était, en substance, la promesse faite aux sacrifiés. Seulement, eux, descendaient en deux morceaux. Le tâtonnement de vos descentes vous ramènera rapidement à la réalité du monde. N'est pas Dieu qui veut !
N’en déplaise aux réalisateurs d’Indiana Jones, la pyramide de Chichén Itza ne se trouve pas au Pérou mais bien au Mexique ! Le site se trouve au Nord de la province de Yucatán à 120 km de Mérida. La pyramide de Kukulkán (nommée aussi El Castillo) était au centre d’une grande cité maya fondé au Ve siècle après JC avant d’être récupérée par les tribus Toltèques du Nord du pays. Après avoir été vaincu, Quetzalcóatl, le dernier roi de Tula aurait décidé de s’installer dans cette cité abandonnée depuis quelques centaines d’années. Les visiteurs seront interloqués par la juxtaposition réussie de ces deux cultures et par la blancheur de la pyramide, seize siècles après sa construction.
A deux heures de route, le visiteur trouvera un autre lieu de la civilisation Maya : Tulum. La proximité de la mer des Caraïbes avec son eau turquoise embellit cet ancien port. Il fut d’abord baptisé Zama, ce qui signifie « Cité de l'Aube ». C'est en effet l'endroit rêvé pour observer un lever de soleil sur la mer. Tulum veut dire la nouvelle fonction de la cité qui devient une « forteresse », avec des remparts d’un côté et un précipice sur la mer de l’autre.
Les visiteurs seront plus impressionnés par les vestiges de ces murailles gargantuesques que par les pyramides qui, pour une fois, sont de petites tailles.
Rien à voir avec le gigantisme de la pyramide du Devin (Pirámide del Adivino), localisée à Uxmal, toujours au sud du pays (le Mexique, pas le Pérou !). En effet, dès l'entrée, la pyramide s'impose avec ses vingt-huit mètres de hauteur et avec sa pente très abrupte. Ceux qui feront la difficile ascension ne le regretteront pas, tant la vue est belle et dégagée sur le Quadrilatère des nonnes. Il faudra bien une journée pour visiter les quatre grands bâtiments situés dans ce dernier. Après avoir fait le déplacement jusque dans la jungle, il ne faudra pas manquer les fresques du palais du gouverneur qui sont les plus belles de tout le continent, selon les archéologues.
Pour éviter de perdre trop de temps sur la route, le plus simple est de prendre un avion à Cancùn pour rejoindre la capitale mexicaine. Par la même, vous éviterez une indigestion de culture Maya, largement représentée les trois premières visites. Ce voyage sera aussi un excellent pallier de décompression pour sauter quelques siècles et se pencher sur les civilisations aztèques.
Commerce
Les guides, locaux ou internationaux, vous diront que Teotihuacan, l’ancienne capitale du Mexique, est le lieu où l’imagination doit être reine. Les architectes de la ville, située à une soixantaine de Mexico, ont entièrement été guidés par la Nature et l’esprit créateur. Par conséquent, le voyageur prendra grand plaisir à s’asseoir sur les bords des pyramides de Teotihuacan (prononcez « thé haut ti hua canne») et d’imaginer la vie d’une des plus grandes villes du monde antique. Les premiers habitants étaient très certainement des agriculteurs qui sont devenus maîtres dans l’art de tailler une pierre noire pour en faire une lame fine et tranchante puis de brillants commerçants. L’âge d’or arrive au IIIe siècle ap JC, quand les habitants ont drainé les terres environnantes et organisé le commerce dans leur cité. A ce jour, deux mille ateliers de tisserands, de sculpteurs, de potiers et peintres ont été officiellement identifiés dans des fouilles et laissent entrevoir une production artisanale de masse. Fiers de ce succès, les Aztèques ont construit un site sacré pouvant accueillir 40 000 fidèles pour honorer les dieux du soleil, de la lune, de la pluie et Quetzalcoatl, le serpent à plumes. Personne ne sait vraiment pourquoi cette cité va péricliter, au VIIe siècle de notre ère. Plusieurs hypothèses s’opposent de la sécheresse persistante, à l’invasion de barbares jaloux de la richesse de cette ville, en passant par une révolution des classes moyennes. Une seule certitude, pour une fois, les conquistadors ne sont pas responsables, comme ce fut le cas à Tulum, par exemple. Des centaines d’années plus tard, le site a été redécouvert est devenu un lieu de pèlerinage. Les pyramides ont parues si extraordinaires aux Aztèques qu’ils ont baptisé la ville comme « cité des dieux ».
Ombre et lumière
Après un retour forcé par Mexico, vous pourrez rejoindre les pyramides d’El Tajin après trois bonnes heures de route assez fastidieuses, en bus. Pourtant, le déplacement vaut la chandelle. Après avoir passé les habituels kiosques destinés aux touristes, vous serez surpris par la quiétude et la richesse des lieux. Après avoir passé une première pelouse, vous découvrirez son monument principal : la pyramide des 365 niches qui représente bien l'architecture Totonaque. Le jeu des ombres et des lumières rend cette pyramide sublime parce qu’unique. Jusqu’au XIIe siècle, chaque niche était peinte en rouge à l’intérieur et bordée de bleu. Chaque jour du calendrier solaire, une statue était honorée par un don de fleurs, par exemple. Cette pyramide n’est pas la seule bien au contraire. Les quartiers comptent une bonne dizaine de pyramides en bon état où vous prendrez plaisir à flâner. L’UNESCO qui gère le site a eut la bonne idée d’implanter de nombreux panneaux explicatifs se fondant dans le paysage. Vous découvrirez les rituels de sacrifices perpétués sur des terrains de pelote (ou jeu du bol), bordants les pyramides. Ainsi, les jeunes guerriers allaient jusqu’à se percer la verge pour solliciter de l’eau auprès du dieu de la pluie. Avant de partir, ne manquez pas la fameuse danse des hommes-oiseaux ; ces indiens totonaques qui se jettent du ciel attachés à un pilier par une corde.
Après une demi-journée de bus, le changement de décor sera radical en arrivant dans les montagnes de l’ouest du pays. Monte Albán est implanté à deux mille mètres d’altitude, à dix kilomètres de Oaxaca. Les pyramides, comme les autres bâtiments de Monte Albán, ont été littéralement sculptées dans la montagne et sont les symboles d'une topographie sacrée. Par conséquent, elles sont parfaitement intégrées au paysage montagneux. Ici, vous retrouverez des terrains de jeu de bol. Jusqu’au VIIIe siècle, les Zapotèques (qui sont des Aztèques) y jouaient avec les épaules, les hanches ou la tête. Le but du jeu était de faire passer la balle dans un anneau en pierre le plus de fois possible. Le gagnant ou le perdant était sacrifié, selon les circonstances.
Silhouette
Pour finir ce séjour thématique et boucler la boucle, retour chez les Mayas en visitant le plus grand site cérémoniel : Palenque. Une pyramide de neuf étages accueille le fameux « temple des inscriptions » qui doit son nom aux trois grands panneaux qui narrent les exploits d'Hanab Pakal II, roi et parent des dieux locaux qui vécu au VIIe siècle ap JC., ainsi que l'histoire de la dynastie de Palenque avant son règne. Le Temple reproduit les trois niveaux cosmiques, le ciel, la terre et le monde inférieur. Cette structure est ornée de reliefs en stuc. À l’intérieur, une dalle recouvre des marches qui descendent au cœur de la pyramide et, en deux volées, mènent à la crypte funéraire de Pakal. Les murs de la crypte sont ornés de bas-reliefs qui illustrent, entre autres choses, la mort de Pakal et sa descente dans l’inframonde. Jusqu’au début du XIXe siècle, de nombreux observateurs pensait que les silhouettes des sculptures et bas-reliefs de Palenque représentaient les Dix tribus perdues d’Israël, des Polynésiens ou des Egyptiens.
Ce lien entre les pyramides mexicaines et égyptiennes est tellement prégnant dans l’inconscient collectif que les scientifiques du pays viennent d’organiser une exposition pour les différencier au musée national d’anthropologie, à Mexico. Passez quelques jours dans la capitale mexicaine peut s’avérer payant lors d’un voyage thématique sur les pyramides. En effet, Mexico est une source inépuisable de trésors pré-hispaniques. Ainsi, en mars 2006, les archéologues ont découvert une pyramide de dix-huit mètres de haut, dont la construction remonte à l'an 500 de notre ère, dans le quartier défavorisé d'Iztapalapa, dans le sud-ouest de l'agglomération. Au début de l’année 2008, toujours dans Mexico, des sculptures aztèques ornées de têtes de serpent ont été déterrées. Toutes ces découvertes sont ensuite exposées dans le vaste musée d’anthropologie déjà cité. Avant de quitter le sol mexicain, une petite visite dans ce dernier vous permettra de différencier une dernière fois les civilisations pré-hispaniques afin de ne pas confondre Mayas et Aztèques… comme Indiana Jones !